La garde-côtière américaine va se déployer dans le Pacifique pour y contrer les activités chinoises

Ces dernières années, les organisations de défense de l’environnement ont attiré, à plusieurs reprises, l’attention sur le phénomène de la pêche illégale au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, due à la présence de plusieurs centaines de chalutiers chinois. Ce qui risquait alors [et risque toujours] d’avoir des répercussions sur la sécurité alimentaire des populations locales ainsi que sur l’économie des pays concernés.

« Cette surpêche et la dégradation de l’habitat qui va avec a des conséquences sociales et économiques désastreuses, car la pêche est souvent un recourt pour des populations déjà exsangues. Voir de gros navires industriels piller les ressources peut donc potentiellement créer des tensions entre les différents groupes. Les populations côtières dépendant de la pêche peuvent aussi choisir de migrer vers les pays voisins ou l’Europe, avec toutes les violences et incompréhensions que cela peut engendrer. En cela, la relative stabilité de l’Afrique de l’Ouest se trouve menacée », avait alors souligné Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom, en 2016.

Par ailleurs, durant l’été dernier, et comme avait déjà été les cas les années précédentes, une imposante flottille de chalutiers chinois a été repérée au large des îles Galapagos, sous souveraineté de l’Équateur. Selon l’ONG Oceana, entre le 13 juillet et le 13 août, cette flotte chinoise aurait effectué plus de 7.300 heures de pêche [soit 99% de l’activité de pêche constatée durant cette période] et prélevé des milliers de tonnes de calmars et de poissons dans cette aire marine protégée. Il va sans dire que les relations entre Quito et Pékin ont été tendues…

Un phénomène analogue a été observé près de l’Argentine… Ce qui a pu donner lieu à une réponse forte de la part de la marine argentine, laquelle a envoyé par le fond un chalutier chinois en 2016.

L’Asie n’est évidemment pas épargnée. Mais l’approche des chalutiers chinois peut être différente selon les régions concernées. Ainsi, des centaines vont régulièrement pêcher le calmar dans les eaux nord-corénnes. D’après la récente étude Global Fishing Watch, conduite par un collectif de chercheurs de plusieurs pays, il est estimé que la valeur du stock de calmars ainsi préleveés aurait atteint les 440 millions de dollars en deux ans. Cela étant, on ignore si Pyongyang et Pékin ont un accord sur la pêche…

Mais d’autres pays de la région font face à ces flottes de chalutiers chinois. Le 10 octobre, la Malaisie a indiqué en avoir arraisonné six dans ses eaux territoriales et fait état de 89 intrusions entre 2016 et 2019. En outre, pour Pékin, le recours à ces bateaux de pêche est aussi un moyen de faire avancer ses revendications territoriales en mer de Chine méridionale.

Ainsi, en décembre 2019, une trentaine de chalutiers battant pavillon de la Chine, escortés par un navire de la garde-côtière chinoise, ont été signalés dans les eaux de Natuna, un archipel sous souveraineté indonésienne mais revendiqué par Pékin, en vertu de sa « ligne en 9 traits ». Et les protestations de Jakarta n’y ont rien fait. Un incident similaire s’est d’ailleurs produit en juillet dernier.

Cette tactique a été employée par la Chine pour mettre la main sur le récif de Scarborough, alors sous souverenaineté des Philippines, en y envoyant, en 2012, une importante flotte de chalutiers sous protection militaire. En 2016, la Cour pemanente d’arbitrage [CPA] de La Haye, saisie par Manille, avait réfuté les prétentions chinoises sur ce bout de territoire. Depuis, la situation n’a guère changé… Mieux même : l’île philippine de Pagasa a connu un scénario identique, avec l’envoi, en 2019, de 200 chalutiers chinois. Et avec des manoeuvres d’intimidation de la marine philippine à la clé.

Dans la stratégie maritime chinoise, de tels bateaux de pêche forment une « Milice maritime des forces armées populaires« , présentée dans un rapport du Pentagone publié en 2019 comme « une force civile de réserve facilement mobilisable. »

« Je pense que nous avons l’impression que c’est une partie relativement mineure de l’arsenal chinois et nous nous trompons », expliquant Gregory Poling, le directeur de l’Asia Maritime Transparency Initiative [AMTI] du Centre for Strategic and International Studies, en 2019, dans les colonnes de l’Opinion.  » Aucun de ces bateaux ne pêche réellement, ils représentent plutôt une milice maritime. Quand nous suivons leurs activités, nous ne les voyons jamais faire autre chose que de chercher à intimider les autres », avait-il ajouté.

D’où la décision annoncée le 23 octobre à Washington par le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Robert O’Brien. En effet, accusant la Chine de « pêche illégale » et de « harcèlement » des bateaux de pêche des pays voisin, ce dernier a fait savoir que l’US Coast Guard était « en train de déployer des patrouilleurs rapide appartenant à la classe Sentinel dans le Pacifique occidental ». Ils auront à mener des missions de sécurité maritime et à porter assistance aux pêcheurs « en collaboration avec des partenaires de la région qui ont des capacités de surveillance maritime limitée. »

En temps de paix, l’US Coast Guard, qui est une force militaire,
relève du département de la Sécurité intérieure [DHS]. Mais, en cas de conflit, elle est susceptible de passer sous l’autorité de l’US Navy.

Cela étant, l’an passé, déjà, l’un de ses patrouilleurs – le Bertholf – a accompagné le contre-torpilleur USS Curtis Wilbur lors d’une opération de liberté de navigation [FONOP] dans le détroit de Taïwan. À cette occasion, il avait été mis sous le contrôle opérationnelle de la 7e Flotte de l’US Navy, basée au Japon.

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