Selon son nouveau modèle, l’armée de Terre comptera 2 divisions et 11.000 soldats de plus

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Le général Jean-Pierre Bosser présentera, le 28 mai prochain, le plan « Au Contact! », c’est à dire le nouveau modèle de l’armée de Terre dont il est le chef d’état-major (CEMA). Lors d’une récente audition devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées, il en cependant dévoilé les grandes lignes.

Suite aux attentats commis les 7 et 9 janvier à Paris et au lancement de l’opération Sentinelle, il est donc apparu nécessaire pour l’armée de Terre de pouvoir mener à la fois des opérations extérieures et intérieures.

« L’armée de Terre marchait jusqu’à maintenant sur deux pieds : l’intervention d’une part et la préparation opérationnelle  et la remise en condition d’autre part. Depuis janvier dernier, la protection s’est ajoutée à l’intervention », a souligné le général Bosser. Il s’agit, pour ce dernier, de mettre en place une « armée homogène, qui couvre l’ensemble du spectre opérationnel, qu’il s’agisse de l’intervention, de la protection ou de la prévention » car « son ennemi étant le même à Gao et à Paris, ses soldats sont les mêmes à Gao et à Paris ».

Aussi, selon le CEMAT, l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM), qui sera examiné en juin par l’Assemblée nationale, doit « rechercher un nouveau point d’équilibre entre le contrat opérationnel, redimensionné par l’engagement durable sur le territoire national, et les moyens nécessaires pour disposer d’une force terrestre en nombre suffisant, bien préparée et correctement équipée ».

Selon le général Bosser, pour qu’elle puisse assurer les missions qui lui sont confiées, l’armée de Terre a besoin d’une force opérationnelle terrestre de 77.000 hommes alors qu’elle n’en compte que 66.000 actuellement. « Cette nouvelle trajectoire d’effectifs ne remet pas en cause l’optimisation et la modernisation que l’armée de Terre conduit dans le cadre du projet des armées ‘Cap 2020’ : comme le modèle futur de l’armée de terre le prévoit, elle s’y intègre », a-t-il précisé.

Le plan « Au Contact! » compte créer de nouveaux commandements, dont celui du « territoire national. « Il est impérieux qu’un seul et même chef soit désigné à la tête de ce commandement, pour faire des propositions sur un certain nombre de problématiques abandonnées depuis la chute du mur de Berlin en matière d’actions sur le territoire national », a expliqué le général Bosser. Il s’agira d’une structure une « reliée à l’État-major des armées et au circuit interministériel, pour préparer et piloter le déploiement de nos unités » dans le cadre d’une opération intérieure (OPINT).

Il est également prévu de créer un commandement dédié aux forces spéciales. « L’armée de Terre est ‘actionnaire majoritaire’ des forces spéciales, à hauteur de 80 %. Il nous a donc semblé cohérent de les regrouper au sein d’un seul pilier, pour en faciliter l’employabilité interarmées », a fait valoir le général Bosser, alors qu’il existe déjà une « Brigade des Forces Spéciales Terre » (BFST).

En outre, 5 autres commandements spécialisés devraient voir le jour, dans les domaines de la formation et de l’entraînement, du « renseignement renforcé », des « systèmes de commandement renforcés par la cyberdéfense », de la « logistique » et de la « maintenance ».

Un autre axe majeur du plan présenté par le CEMAT est l’aéromobilité. Cinq ans après la dissolution de la 4e Brigade aéromobile, il est désormais question de recréer une brigade d’aérocombat, « capable de faire manoeuvrer des unités de contact ».

« L’armée de Terre disposant de 95 % des hélicoptères de combat, il m’a paru judicieux de concentrer, sous les ordres d’un chef unique, la sécurité des vols, la navigabilité, le maintien en condition des hélicoptères, les écoles de formation de pilotes, et l’outil consacré à la troisième dimension que constitue la brigade d’aérocombat », a avancé le général Bosser. « À sa tête, un état-major sera capable de mener des opérations de troisième dimension : raids en profondeur, flanc-garde ou opérations à caractère interarmes, comme l’utilisation d’hélicoptères de manoeuvre pour transporter une force, saisir un pont, récupérer des otages, exfiltrer des personnes », a-t-il ajouté.

Quant à la force opérationnelle terrestre, elle sera organisé autour du programme Scorpion (Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation). « C’est Scorpion qui déterminera l’organisation et non l’organisation qui s’adaptera à Scorpion », a lancé le général Bosser.

« Cette force de combat Scorpion sera scindée en deux divisions, composées chacune de trois brigades interarmes. Il s’agira de deux brigades de haute intensité, équipées du char Leclerc rénové, de deux brigades médianes, équipées des blindés Jaguar et Griffon, qui constituent le coeur de Scorpion, et de deux brigades légères que sont les brigades parachutistes et d’infanterie de montagne. Ceci permettra de mener des actions de haute intensité et des actions ‘ultralégères' », a détaillé le CEMAT.

À l’image de l’armée de l’Air qui a rétabli l’échelon « Escadre », l’armée de Terre ressuscite les « Divisions », supprimées en 1999. Quoi qu’il en soit, comme la force terrestre devait compter 7 brigades, il est donc prévu de répartir les régiments de la 7e dans d’autres brigades.

« Ma volonté est de rééquilibrer les effectifs des brigades pour les densifier. Il existe en effet des brigades dont les effectifs varient parfois du simple au double, ce qui pose des problèmes de préparation opérationnelle », a affirmé le général Bosser, qui, en outre, n’a pas l’intention de supprimer des régiments.

Enfin, s’agissant de la réserve opérationnelle, le CEMAT n’a pas manqué de critiquer la façon dont elles sont organisées ainsi que leur cadre juridique. « Nous avons là un potentiel humain d’une immense qualité dont on ne tire pas le meilleur parti. Aujourd’hui, on compte environ 15 700 réservistes. L’objectif est de passer à 22.000 et de pouvoir engager en permanence 1 000 réservistes sur le territoire national, dans la durée », a-t-il dit, après avoir évoqué l’hypothèse de créer des « unités de réserve dans les zones où il n’existe plus aucun régiment ».

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