Il y a cent ans, la cavalerie française remportait une victoire décisive à Usküb, après un audacieux raid à cheval

Septembre 1918. Sous le commandement du généralissime Foch, le forces alliées, renforcées par l’arrivée du contingent américain, ont repris l’initiative après avoir tenu le choc lors de l’offensive générale allemande lancée sur le front occidental, au printemps, par le général Ludendorff. Elles donnent des coups de boutoir contre la ligne Hindenburg et progressent selon trois axes pour ensuite converger vers les Ardennes.

Pendant que, le 25 septembre, la 4e Armée française, commandée par le général Gouraud, et la 1ère Armée américaine du général Pershing se préparent à mener victorieusement la seconde bataille de Champagne, d’autres soldats français, ceux du Corps expéditionnaire d’Orient, venaient de remporter un succès majeur en Macédoine aux côtés des Serbes face aux troupes bulgares.

Dès l’automne 1914, les Alliés envisagèrent d’ouvrir un second front face à la Triple Alliance, qui, constituée par les empires allemand, austro-hongrois et Ottoman, fut rejointe par le royaume de Bulgarie en octobre 1915.

Dans un premier temps, l’objectif fut de prendre le contrôle des détroits menant à la mer Noire afin de pouvoir ravitailler la Russie et d’encercler les empires centraux. Cette manoeuvre se solda par un échec et les troupes alliées se replièrent à Salonique afin de faire basculer la Grèce dans le camp allié (qu’elle rejoindra en juin 1917), prêter main forte à la Roumanie quand elle entrera en guerre (ce qui sera effectif en août 1916) tout en appuyant les troupes serbes face à la Bulgarie.

Seulement, l’entrée en guerre de la Roumanie, trop tardif, n’eut pas l’effet escompté. Les forces roumaines furent défaites au nord par les troupes austro-allemandes du général Falkenhayn ainsi que par les armées bulgares et turques au sud. En janvier 1917, les trois quarts du territoire roumain passèrent donc sous le contrôle des empires centraux, qui disposèrent ainsi de réserves de céréales et un accès aux champs de pétrole et de gaz.

Commença alors une période difficile pour l’Armée française d’Orient, aux prises, pour ne rien arranger, avec des épidémies de paludisme, de dysenterie et de scorbut. En outre, des désaccords entre Français et Britanniques sur la suite des opérations dans les Balkans figèrent la situation, dans l’attente de voir la Grèce basculer dans leur côté.

Cela étant, les troupes françaises et serbes remportèrent quelques succès, notamment contre les forces bulgares, en s’emparant de Monastir en Serbie (novembre 1916).

La révolution d’Octobre 1917, qui aboutira au traité de Brest-Litovsk, changea la donne. L’état-major allemand put renforcer ses troupes sur le front de l’ouest, ce qui eut pour conséquence de contraindre les moyens des troupes alliées en Orient, dont le rôle, par la force des choses, se limita à maintenir l’intégrité du front macédonien tout en y fixant les forces ennemies.

Cependant, durant les premiers mois de 1918, Berlin redéploya ses troupes du front d’orient vers celui de l’ouest, dans le cadre de l’offensive planifiée par le général Ludendorff tandis que les forces austro-hongroises se heurtaient à la résistance italienne. Quant à l’Empire Ottoman, il fut obligé de revoir ses priorités en raison de la situation au Proche et au Moyen-Orient. Ne restait donc plus que l’armée bulgare comme adversaire sur le front des Balkans.

En septembre 1918, fort de ses succès à Bofnia Kochnitsa [Albanie] le nouveau commandant en chef des Armées Alliées en Orient, le général français Louis Franchet d’Espèrey (il a été nommé en juin) reprend l’initiative contre la Bulgarie.

En septembre, une offensive est lancée selon deux axes. Les troupes françaises et serbes ont l’ordre de marcher en direction de Belgrade, en passant par Usküb (Skopje aujourd’hui) afin de couper en deux les armées bulgares, tandis que les Britanniques et les Grecs doivent se diriger vers la Bulgarie par la vallée du Vardar et du lac Doiran.

Le plan du général Franchet d’Espèrey est audacieux. Au lieu de s’attaquer aux défenses allemandes et bulgares en plaine, il décide de passer par la montagne au niveau du Dobro Polje et du Sokol, à plus de 1.800 mètres d’altitude. Et pour cause : ce secteur est le point faible du dispositif ennemi.

C’est ainsi que, le 14 septembre, l’infanterie franco-serbe mène une offensive afin de percer le front au niveau du Dobro Polje. C’est un succès, au prix de lourdes pertes.

« Le 15 septembre au matin, après une violente préparation d’artillerie, des troupes serbes et françaises ont attaqué les organisations ennemies de la zone montagneuse du Dobro Polje. Toute la première position bulgare a été brillamment enlevée sur un front de onze kilomètres. Malgré les difficultés du terrain, de nombreux prisonniers, de l’artillerie et un important butin non encore dénombrés sont tombés entre les mains des troupes alliées », annonce alors un communiqué.

Il reste alors à exploiter cette rupture du front. Et ce sera donc à la brigade de cavalerie du général Jouinot-Gambetta de jouer. Cette unité se compose alors des 1er et 4e régiments de Chasseurs d’Afrique et du Régiment de marche de Spahis marocains sous les ordres du lieutenant-colonel Guespereau.

Les cavaliers français se lancent alors dans un raid à travers les massifs montagneux de Macédoine, dans des conditions climatiques éprouvantes, tant pour les hommes que pour les chevaux « barbe » (qui passe pour être le meilleur cheval de selle de guerre de troupe [*]).

Dans la nuit du 28 au 29 septembre, la brigade du général Jouinot-Gambetta finit par atteindre Usküb, après un raid de plus de 80 km à travers la montagne. Au petit jour, les spahis et les chasseurs d’Afrique lancent l’assaut.

« La voltige du Régiment de marche de spahis marocains escalade les pentes du Vodna, couvert à l’ouest par le 1er escadron. Formé en deux vagues, les escadrons, progressent par bonds successifs. Vers 9 heures, les abords de la gare sont atteints. Le 2ème escadron, aux ordres du capitaine Foiret, occupe rapidement la crête 1063 dominant Usküb, puis aidé par le 1er escadron déloge l’ennemi occupant encore le terrain. Il est 9h30, un important mouvement de camions est observé au nord de la ville. Les troupes ennemies se replient. Il faut les attaquer et les harceler partout où cela est possible. Pendant que les deux escadrons continuent de tenir le mont Vodna, les trois autres entre dans Uskub, franchissent la rivière Vardar et victorieux mais exténués, couvrent le nord de la ville », rappelle le 1er Régiment de Spahis.

Dans un message, le général Franchet d’Espèrey écrit alors : « Cavaliers, qui, par votre audacieuse manoeuvre, à travers un massif où d’autres que vous ne seraient jamais passés, avez, en atteignant Usküb, coupé la retraite à l’ennemi, et acculé une armée à la capitulation. »

Cette victoire, obtenue sans chars et sans l’appui de l’aviation, aura constitué l’une des dernières charges à cheval de l’histoire de la cavalerie française. Et elle aura donc eu surtout pour conséquence la capitulation des forces germano-bulgares. Le 30 septembre 1918, la Bulgarie signe un armistice, négocié avec le général Franchet d’Espèrey.

Plus tard, ce dernier écrira que « cette opération d’envergure prouve qu’au XXe siècle, comme au XIXe siècle, les victoires se remportaient encore avec les jambes. »

[*] Denis Bogros : Histoire du cheval de troupe de la cavalerie française

Photo : Les jardiniers de Salonique

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