Le Royaume-Uni ajuste sa stratégie militaire en reprenant des principes de la LPM 2024-30 française

Les débats autour de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 ont été visiblement suivis de très près au Royaume-Uni, où une très attendue mise à jour du « Defence Command Paper », un document d’orientation stratégique publié en mars 2021, vient d’être dévoilée.

Pour rappel, la LPM 2024-30, adoptée la semaine passée par le Parlement [et qui doit encore attendre un avis du Conseil constitutionnel pour être promulguée], prévoit un investissement de 413 milliards d’euros.

Celui-ci doit notamment permettre de conforter la dissuasion, d’assurer la réactivité des forces françaises [avec un échelon national d’urgence renforcé pouvant être projeté sous des délais d’alerte allant de 48 heures à 10 jours], de renforcer significativement la réserve opérationnelle, de garantir les stocks de munitions , de renforcer les capacités d’intervention dans de nouveaux champs de conflictualité [espace, fonds marins, cyber], de favoriser l’innovation en se focalisant sur les technologies de rupture et d’accélérer la robotisation [drones, munitions rôdeuses, robots terrestres, etc.] et d’accroître les forces morales [ce qui passe par une nouvelle mouture du « plan famille »]. Le tout en insistant sur la « cohérence », ce qui se traduira par l’étalement de certains programmes d’armement en cours, ainsi que sur le concept d’économie de guerre.

Or, à bien des égards, le Defense Command Paper Refresh [DCP23] reprend à son compte de tels objectifs. D’abord, et comme la LPM 2024-23, ce document insiste sur la nécessité de maintenir la dissuasion nucléare ainsi que sur la « cohérence ».

« Comme la Russie l’a si bien montré, il ne sert à rien d’avoir une armée massive, tant en hommes qu’en équipements, si elle ne peut pas être soutenue sur le terrain avec toutes les exigences de la guerre moderne », a fait valoir Ben Wallace, le ministre britannique de la Défense, qui a par ailleurs annoncé qu’il quitterait prochainement ses fonctions.

S’il ne dit rien au sujet des programmes d’armement en cours, le DCP23 prévoit en revanche un nouvel investissement de 2,5 milliards de livres sterling pour réhausser les stocks de munitions et améliorer la préparation au combat. Et cela après le déblocage, au printemps, d’une enveloppe de 5 milliards de livres sterling à cette fin. Cela étant, l’objectif est de porter les dépenses militaires britanniques à 2,5 % du PIB… quand « les circonstances fiscales et économiques le permettront ».

Quoi qu’il en soit, le document parle de revoir les relations entre le MoD et l’industrie de l’armement, en reprenant peu ou prou les principes de « l’économie de guerre » définie dans la LPM française. Il s’agit de raccourcir les délais de livraison, de gagner en réactivité afin d’intégrer au plus tôt les évolutions technologiques et d’assouplir les normes de temps de paix. Cependant, le DCP23 ne s’attarde pas sur une éventuelle réforme du processus d’approvisionnement des forces britanniques… Lequel a été vivement critiqué par un récent rapport parlementaire…

Comme en France, le DCP23 entend mettre l’accent sur les technologies dites de rupture. « En 2021, nous avions annoncé que nous investirions 6,6 milliards de livres sterling dans la recherche et le développement. En fait, nous investissons désormais beaucoup plus pour rester en tête dans les technologies qui se révèlent vitales sur les champs de bataille ukrainiens, telles que l’intelligence artificielle, le quantique et la robotique », a dit M. Wallace. Cet effort portera aussi sur le « soldat augmenté », les armes à énergie dirigée, les matériaux ou encore les missiles hypersoniques.

Par ailleurs, et à l’image de l’échelon national d’urgence renforcé français, le document évoque la mise en pace d’une force de combat capable d’intervenir rapidement partout dans le monde selon le principe « Get there first » [« arriver en premier »], en rassemblant des unités à « haut niveau de préparation » et en « tirant parti de capacités dans tous les domaines ».

S’agissant des effectifs, le DCP23 ne revient pas sur la diminution du format de la British Army, « réduite à sa plus petite taille depuis les guerres napoléoniennes », a noté The Telegraph. En revanche, en cas de crise, celle-ci pourra s’appuyer sur une réserve « rénovée » qui fera appel à d’anciens soldats. Un tel dispositif existe déjà en France, avec la réserve opérationnelle de niveau 2 [RO2]. En outre, 400 millions de livres sterling seront investis pour améliorer les conditions d’hébergement des militaires d’active et celui de leurs familles.

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