La mission impossible du sous-marin Turquoise

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Si la Première Guerre Mondiale évoque les tranchées, les Poilus ou bien encore les premiers As de l’aviation militaire, il ne faudrait pas non plus oublier que certaines de ses batailles ont eu lieu sur d’autres front, aussi bien sur terre que sur et sous les mers.

Ainsi, en 1915, alors que l’Empire ottoman s’est rangé aux côtés de l’Allemagne, un force franco-britannique, renforcée par des soldats venus d’Australie et de Nouvelle-Zélande, dont c’était le baptême du feu, tenta de s’emparer du stratégique détroit des Dardanelles afin de pouvoir continuer à assurer une liaison maritime avec les troupes russes installées sur les rives de la Mer noire.

Seulement, cette offensive se soldera par un échec, notamment après la bataille de Galipoli (plus de 100.000 tués de part et d’autres durant l’été 1915) et l’entrée en guerre de la Bulgarie contre la Serbie, qui a contrait la France à mobiliser une partie de ses effectifs pour épauler l’armée serbe. Le repli des Alliés est alors décidé en janvier 1916.

Cette opération pour le détroit des Dardanelles n’a pas seulement mobilisé des troupes terrestres : la bataille s’est également jouée en mer. C’est ainsi que, le 19 octobre 1915, le sous-marin Q-46 Turquoise, aux ordres du lieutenant de vaisseau Marie Léon Ravenel, appareille de Moudros, sur l’île de grecque de Lemnos, pour une patrouille en mer de Marmara.

Mis en service en 1908, le Q-46 Turquoise est un sous-marin de la classe « Émeraude ». D’une longueur de 44m90 pour un déplacement de 425 tonnes en plongée, il est propulsé par 2 moteurs à pétrole blanc et 2 moteurs électriques « Sautter-Harlé », lesquels lui permettent de naviguer à environ 9 noeuds en plongée et à 11 noeuds en surface. En mesure de « descendre » jusqu’à 40 mètres de pronfondeur, il dispose de 6 tubes à torpilles de 450 mm (4 à l’avant et 2 à l’arrière) et d’un canon de pont de 37mm. Son équipage se compose de 25 marins.

Seulement, la route pour rejoindre la mer de Marmara est semée d’embûches. Il faut en effet franchir les barrages de filets, les mines, les torpilleurs ennemis et les batteries côtières.

Ce que réussira le sous-marin « Turquoise », malgré l’explosion d’une mine et après avoir évité une torpille et des tirs de batteries côtières. Mais ces péripéties ont endommagé le navire. Suite à un grenadage, son périscope est inondé.

Et des incidents s’enchaînent : un début d’incendie est vite maîtrisé (grâce au second maître torpilleur Olivier Eudes) dans le poste central mais la lumière est coupée, la commande électrique du gouvernail de direction est victime d’un court-circuit, le compas gyroscopique donne des signes de faiblesses, la transmission du gouvernail de plongée se casse et de l’eau s’infiltre dans la coque à cause d’un joint défaillant.

Mais l’équipage du sous-marin français fait front et répare continuellement ce qui peut l’être. Certains marins finissent même par avoir des malaises, à cause du surmenage, de la tension et de la promiscuité. Malgré ces avaries, il s’efforce de mener à bien la mission qui lui a été confiée. C’est ainsi qu’il tente de torpiller un vapeur, met en fuite une canonnière pourtant mieux armée avec son canon de 37 mm, attaque un poste de guet situé sur l’île Khairsiz-Ada, évite les attaque de deux torpilleurs et d’un sous-marin allemands.

Au bout de quelques jours, son équipage épuisé, ses réserves de combustibles étant pratiquement toutes consommées, le lieutenant de vaisseau Ravenel prend la décision de rentrer à Moudros. Mais avec un périscope toujours embué et des systèmes de navigation défectueux, il est très compliqué de diriger le sous-marin avec précision. Aussi, ce dernier finit par s’échouer, le 30 octobre, sur une rive du détroit des Dardanelles, près de Nagara.

Pris sous le feu d’une batterie turque, le sous-marin est criblé. Et son équipage est finalement fait prisonnier. Toutefois, l’enseigne de vaisseau Louis Guérin, officier en second, tentera, avec le second maître Marcel Becque, de détruire le sous-marin pour lui éviter de tomber aux mains de l’ennemi. Cette action leur vaudra, plus tard, respectivement la Légion d’Honneur et la Médaille Militaire.

Quant à la marine ottomane, elle renfloue le sous-marin Turquoise, qu’elle renomme « Mustecip Ombasi ». Mais les dégâts étant trop importants et devant l’impossibilité de se procurer les pièces de rechange nécessaires pour le réparer, le navire français restera à quai jusqu’à la fin de la guerre et servira à des actions de propagande. Il sera rendu à la France en 1919, avant d’être démantelé.

Parmi les marins français faits prisonniers, cinq perdront la vie au cours de leur captivité,  à Bilemédick. Pour la petite histoire, le lieutenant de vaisseau Ravenel, promu capitaine de corvette en 1920, sera affecté à la direction du port de Constantinople.

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