Hussard et As de la Grande Guerre, Charles Nungesser est le parrain de la 54e promotion de l’École militaire interarmes

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Il aurait pu être une figure emblématique de l’armée de l’Air, au même titre que l’as Georges Guynemer… Il sera finalement le parrain de la 54e promotion de l’École militaire interarmes, qui forme les officiers semi-directs de l’armée de Terre. Cette dernière porte en effet, depuis le 25 juillet, le nom « lieutenant Charles Nungesser ».

Joueur, aventureux, charmeur, hâbleur, anti-conformiste, flambeur… Tel était le lieutenant Charles Nungesser. Né à Paris en mars 1892, il n’a que 17 ans quand, criblé de dettes de jeu, il part au Brésil pour y rejoindre son oncle, puis en Argentine. Là, il va exercer plusieurs métiers improbables, comme gaucho, boxeur – il a terrassé d’un crochet habile un colosse argentin qui avait commis l’erreur de l’insulter – ou pilote de course automobile. Et il va prendre le virus de l’aviation en s’initiant, dans des conditions rocambolesque, au pilotage.

De retour en France, il s’engage au 2e Régiment de Hussards avant le début de la Première Guerre Mondiale, au cours de laquelle il va très rapidement s’illustrer.

Le 3 septembre 1914, lors d’une reconnaissance dans les lignes ennemis, le hussard Nungesser abat, avec un camarade, les 4 occupants d’une voiture Mors et s’en empare. Il s’avère que les militaires allemands abattus étaient des officiers qui avaient en leur possession des plans de leur haut commandement.

Après moult péripéties, le jeune cavalier parvient à transmettre ces précieux document au général Langles de Cary, qui, pour le récompenser, lui donne la voiture volée. C’est ainsi qu’il sera appelé le « hussard de la Mors ». Grâce à ce fait d’armes, il se voit décerner la Médaille Militaire. Et Nungesser en profite pour demander son affectation dans l’aviation. Ce qui lui sera assez rapidement accordé.

Précédant Guynemer de quelques semaines à l’école de pilotage de Bourges-Avord, très bien noté, Nungesser obtient le brevet militaire n°1803 le 2 mars 1915 sur Henry Farman H.F.20. Puis, il est affecté à l’escadrille de bombardement VB.106, dotée de Voisin X. Le 31 juillet de la même année, il « descend » un Albatros allemand. Cette victoire, qui ne lui sera accordée que tardivement, l’artillerie l’ayant également revendiquée, sera la première d’une longue série.

Après 53 missions de bombardement, l’adjudant Nungesser obtient d’être muté au sein d’une escadrille de chasse. Ce sera la N-65, équipée de Nieuport XI, un avion léger et maniable (surnommé le « bébé Nieuport). Ses débuts avec son supérieur sont un peu difficiles. Ayant pris l’habitude de faire de l’acrobatie aérienne, il prend 8 jours d’arrêts pour avoir pris son chef au mot : ce dernier lui avait en effet dit d’aller faire sa voltige au-dessus des lignes allemandes… Ce qu’il fit.

Deux jours plus tard, Nungesser attaque deux avions ennemis : il en abat un et met l’autre en fuite. Du coup, ses 8 jours d’arrêt sont annulés et il obtient, par-dessus le marché, la Légion d’Honneur!

Mais, début1916, l’aviateur subit un coup du sort : il est très gravement blessé lors du vol d’essai d’un prototype d’avion de chasse. La mâchoire fracturée, les jambes brisées, il est dans le coma. Les médecins le croient même perdu… Finalement, de constitution solide, il se rétablit… Puis rejoint son unité après avoir refusé de prendre un congé de convalescence. Guynemer disait que « quand on a un pays comme la France, on n’a rien donné tant qu’on n’a pas tout donné »… Nungesser en est l’illustration même.

Malgré les séquelles de ses blessures, qui l’obligent à se déplacer avec des béquilles, Nungesser enchaîne les missions… avant d’être victime d’un nouvel accident, avec encore une fracture de la mâchoire. Quatre jours plus tard, il retrouve son escadrille, montrant une capacité hors du commun à supporter la souffrance.

Le 24 avril 1916, Nungesser est promu sous-lieutenant. Il frôle encore une fois la mort en rentrant au terrain avec un avion criblé de 42 impacts. Trois jours plus tard, diminué par un genou déboîté,  il livre un combat à 1 contre 6. Il parvient à abattre un appareil ennemi : c’est sa 5e victoire homologuée, celle qui donne le titre d’as!

Alternant les séjours à l’hôpital et la vie en escadrille, Nungesser termine l’année 1916 avec 21 victoires au compteur. Et, malgré les avis de médecins, qui veulent le réformer, il poursuit sur sa lancée, n’hésitant pas à engager le combat même si les conditions paraissent défavorables.

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Son avion se distingue des autres grâce à l’insigne personnel peint sur le fuselage : un coeur noir contenant une tête de mort et deux tibias croisés, surmontés d’un cerceuil encadré par deux chandeliers. Les élèves de l’EMIA 54 ont d’ailleurs repris ce symbole pour leur insigne de promotion. « Le coeur noir était son blason, celui qui inspirait la terreur dans le coeur de l’ennemi »…

Le 16 août 1917, il abat un bombardier Gotha G.III. Il s’agit de son 30e appareil ennemi. Un an plus tard, presque jour pour jour, il obtient sa 41e et dernière victoire aérienne, après avoir été une nouvelle fois victime d’un accident… de voiture cette fois.

À la fin de la guerre, le lieutenant Charles Nungesser est le troisième As français, derrière Guynemer et Fonck. Il ne compte plus les décorations : Légion d’Honneur, Médaille Militaire, Croix de Guerre avec 28 palmes et 2 étoiles, etc.

Mais la France des années folles ne sied pas forcément à un esprit aussi aventureux. En 1919, Nungesser fonde un école de pilotage à Orly : n’étant pas gestionnaire dans l’âme, ce sera un échec. En 1922, ce bourreau des coeurs finit par se marier avec Consuelo Hatmaker, une riche héritière américaine. Mais il est hors de question pour l’aviateur de vivre comme un nabab et de profiter de la fortune de son épouse.

L’année suivante, Nungesser part aux États-Unis pour participer à des meetings aériens, au cours dequels, à l’époque, des cascadeurs tentaient (et réussissaient) l’impossible. Il aura même le premier rôle du film « The Sky Raiders ».

Séparé de son épouse, Nungesser rentre en France en 1925. Et il nourrit un nouveau projet : décrocher la prime de 25.000 dollars à l’équipage qui réussira à traverser l’Atlantique Nord et à relier Paris à New York. Il s’associe alors avec François Coli pour relever le défi.

Le 8 mai 1927, à bord d’un Levasseur PL.8 baptisé L’Oiseau blanc, sur lequel était peint le fameux coeur noir à tête de mort, Charles Nungesser décolle du Bourget avec François Coli pour navigateur. On ne les reverra jamais plus…

À noter : La promotion « Lieutenant Charles Nungesser » a ouvert une boutique en ligne où les collectionneurs pourront se procurer son insigne :
http://www.boutique.emia54.fr/

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