À force de réduire ses dépenses militaires, l’Afrique du Sud aura-t-elle encore des forces armées?

Durant son histoire, et en raison de ses liens avec le Commonwealth, l’Afrique du Sud participa aux deux guerres mondiales, puis, à partir des années 1960/1970, mena des interventions dans son proche environnement pour contenir l’influence soviétique, comme ce fut le cas en Angola. En janvier 1988, son armée fut même engagée dans la bataille de Cuita Cuanavala, aux côtés des combattants de l’UNITA [União Nacional para a Independência Total de Angola] contre les forces angolaises, elles-mêmes appuyés par 5.000 soldats cubains.

À la fin des années 1980, les forces armées sud-africaines disposaient d’un budget équivalent presqu’à 10% du PIB. Et de telles ressources lui permirent d’envisager de se doter de l’arme nucléaire. Les bouleversements politiques, avec notamment la fin du régime de l’arpeithed et l’émergence de nouveaux équilibres régionaux (fin des guerres civiles en Angola et au Mozambique), changèrent la donne, même si des moyens relativement conséquents continuèrent de leur être alloués, ce qui leur permit, par exemple, de commander, en 1999, 26 avions de combat Gripen (livrés 2008) ou encore de participer à des missions de maintien de la paix dans le cadre des Nations unies.

Seulement, et, comme le souligne une note du Trésor, malgré de « nombreux atouts » (ressources naturelles abondantes, forte insertion dans le commerce mondial, infrastructures performantes, sophistication financière, etc), l’Afrique du Sud connaît une situation économique difficile, sur fond d’inégalités sociales encore « très marquées » et un taux de chômage de 26,7%.

Résultat : pour équilibrer les finances publiques et trouver des marges de manoeuvre budgétaires, les forces sud-africaines sont mises à contribution plus souvent qu’à leur tour. Ce qu’a dénoncé le général Lindile Yam, le chef d’état-major de la South African Army, qui est très remonté contre l’intention du gouvernement de tailler à nouveau dans les dépenses militaires.

« Ces coupes budgétaires ont des conséquences négatives sur les efforts faits pour mener des opérations », a ainsi prévenu le général Yam, en s’écartant du discours qu’il avait prévu de tenir devant la presse, le 18 octobre. « Nous sommes tombés à moins de 1% et peut-être allons-nous vers 0%, je ne sais pas », a-t-il continué, avant d’accuser les responsables politiques de son pays de « jouer un jeu dangereux ». Et d’insister : « Un danger arrive, que personne ici ne semble voir. »

« Avec 1,9% [du PIB], nous pourrions continuer et dire que nous allons conserver une certaine crédibilité », a continué le général Yam. En cas de guerre, a-t-il poursuivi, « nous ne resterons jamais les bras croisés, même si nous devons marcher à pied. […] Nous irions mais nous saignerons et vous devez le savoir », a-t-il encore fait valoir, après avoir appelé les Sud-Africains à se rendre compte dans quel état ils ont mis « leur armée », laquelle doit avoir les moyens de ses missions, qui sont le contrôle des frontière (afin d’empêcher, notamment, la contrebande qui sape l’économie du pays) et la protection des lignes de communication ainsi que des routes commerciales. Si ces dernières ne sont pas sécurisées, l’Afrique du Sud « ne saurait être stable et pourrait se retrouver dans une situation où un citoyen paierait 150 rands (10 euros) une miche de pain », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, ce dernier a aussi évoqué la menace terroriste en évoquant le Mozambique voisin, où, dans la province du Cabo Delgado, sévit le groupe Ahlu Sunnah Wa-Jamma qui, récemment créé, appartient à la mouvance jihadiste. Cette année, il aurait commis au moins une vingtaine d’attaques

« Regardez ce qui se passe chez notre voisin. Des terroristes […] décapitant les gens. Si c’est au Mozambique, c’est ici », a estimé le général Yam.

Enfin, des questions se posent désormais sur la capacité de l’armée sud-africaine à participer aux opérations des Nations unies. En tant que puissance régionale, l’Afrique du Sud a engagé des contingents relativement importants, ces dernières années, dans de telles missions, que ce soit en République démocratique du Congo ou encore au Darfour. « Mais nous n’avons pas les moyens de faire cela maintenant », a prévenu le général Yam.

Cela étant, les propos tenus par le chef de la South African Army ne sont pas surprenants. En 2014, un bilan stratégique mettait déjà en garde contre les conséquences des coupes budgétaires drastiques imposées aux forces armées. Ce rapport prônait à l’époque de doubler les dépenses militaires d’ici 2030 afin de permettre à l’Afrique du Sud, qui dispose par ailleurs d’une industrie de l’armement assez dynamique,  de tenir son rang. Une recommandation tombée dans les oubliettes…

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