62% des militaires de carrière envisagent de quitter l’armée

Entre la vocation, le désir de servir et de s’engager pour les autres, la recherche de valeurs, les envies d’ailleurs, la soif d’aventures, l’opportunité d’avoir une première expérience professionnelle, la tradition familiale ou encore le prestige de l’uniforme, les raisons qui poussent un jeune homme (ou une jeune femme) à se rendre dans un centre de recrutement (CIRFA) sont à la fois nombreuses et variées.

Cela étant, une fois que le contrat d’engagement signé, il faut veiller à éviter les désillusions, qui surviennent quand la réalité n’est pas conforme à ce qu’avait imaginé la recrue. Ainsi, dans son rapport sur la Fonction militaire, le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire (HCECM) constate un niveau élevé du taux de dénonciation des contrats, en particulier chez les militaires du rang, au cours de la période probatoire de 6 mois (renouvelable une fois, sous certaines conditions).

Ce taux de dénonciation de contrat concerne davantage l’armée de Terre (entre 20 et 28% depuis 2005) que la Marine nationale et l’armée de l’Air (entre 10 et 20%).

« Cette réalité est préoccupante pour les gestionnaires. Une part n’en demeure pas moins naturelle. Rejoindre une unité militaire revient à découvrir un monde en soi, dont les modes de fonctionnement et de rapport aux autres sont marqués par de fortes particularités qui peuvent désorienter une jeune recrue », explique le HCECM.

L’armée de Terre s’est donné pour objectif de réduire ce taux de dénonciation de contrat à 15%. Ce qui est « très souhaitable mais sans doute difficile à atteindre », note le rapport, qui appelle à prendre des mesures pour prendre en compte l’évolution de la société française afin de « prévenir tout creusement d’écart rédhibitoire entre la fonction militaire et les jeunes qui pourraient être appelés à la rejoindre. »

Quant à ceux qui n’ont pas dénoncé leur contrat au terme de la période probatoire, ils sont nombreux à envisager de quitter l’armée, même si le statut militaire, la participation active à la défense du pays, l’impression d’être utile, les valeurs, les rapports humains et l’esprit de cohésion sont de « puissants leviers » pour y rester.

Ainsi, un sondage de la DICoD [Délégation à l’information et à la communication de la Défense, ndlr], réalisé pour le rapport du HCECM, indique que 62% des militaires de carrière interrogés envisagent de rendre de leur uniforme.

Ceux ayant une ancienneté de 11 à 20 ans, qu’ils soient officiers ou sous-officiers, sont les plus nombreux (70%) à considérer un autre avenir dans le civil. En outre, la Marine nationale est la plus affectées, avec 81% de ses militaires de carrière songent à partir. Elle est suivie par l’armée de l’Air (72%), l’armée de Terre (67%) et la Gendarmerie nationale (52%).

En revanche, la situation n’est pas la même pour les militaires sous contrat, dont 46% « seulement » disent envisager de quitter l’armée. Les sous-officiers (44%) et les militaires du rang (52%) sont les plus nombreux à songer à cette option.

Et cette fois, c’est au sein de l’armée de Terre où le désenchantement des militaires sous contrat est le plus palpable (55%). La gendarmerie n’est pas très concernée par le problème, seulement 14% de ses militaires contractuels ayant des velléités de départ vers le monde civil.

Quoi qu’il en soit, ce chiffre de 62% de militaires de carrière envisageant de quitter l’armée est un « score particulièrement élevé, […] qui traduit un phénomène d’usure à mettre en parallèle avec l’expression de la difficulté à concilier vie militaire et vie personnelle et le manque de moyens pour remplir les missions », est-il expliqué dans le rapport du HCECM.

En effet, trois raisons sont mises en avant pour expliquer ce chiffre : la difficulté de concilier vie privée/vie militaire, le manque de moyens pour remplir les missions et les problèmes liés aux mutations. D’autres considérations peuvent être prises en compte, comme par exemple les évolutions de carrière ou encore les efforts nécessaires pour décrocher des brevets techniques.

« Certaines forces armées sont confrontées au désinvestissement d’une partie de leurs sous-officiers face aux exigences des parcours de qualification. La marine, en particulier, subit le refus d’une partie de ses officiers mariniers de se présenter au brevet de maîtrise dans certaines spécialités tandis que sont constatées des renonciations au brevet d’aptitude technique (BAT) car les sacrifices demandés pour répondre au niveau de qualification attendu apparaissent trop importants en comparaison des compensations qui en résulteront », avance le document.

Plus généralement, le HCECM met en garde contre des « facteurs de démotivation » liés à la dégradation « ressentie » du soutien, la faible disponibilité des matériels hors opérations extérieures (OPEX) et les difficultés d’entraînement.

« La dégradation de la disponibilité de certains matériels et du soutien de proximité pèse sur le moral des militaires et contribue à fragiliser la fidélisation. Ce sentiment s’accentue depuis la mise en place des bases de défense » en 2008, souligne le Haut Comité.

Étant donné que l’effort en matière de maintenance des équipements engagés en OPEX se fait au détriment de ceux restés en France, la préparation opérationnelle en pâtit.

« Lorsque les parcs d’équipements sont affectés par des difficultés durables de disponibilité, cela se traduit par une réduction des possibilités d’entraînement tandis que l’intensification des engagements opérationnels accentue les difficultés à préserver les compétences tactiques collectives, voire individuelles, faute de temps disponible. Les militaires ont le sentiment de ne pas avoir les moyens suffisants pour s’entraîner et redoutent une baisse de leurs capacités opérationnelles », relève le HCECM, dont ses membres ont rencontré « des équipages de blindés qui n’avaient ni tiré, ni manœuvré avec leur matériel de dotation depuis près de 2 ans. »

148 commentaires sur “62% des militaires de carrière envisagent de quitter l’armée”

  1. Qu’allez vous dire quand un jour les soldats armerons leurs chars et leurs famas s’il en reste pour aller demander des comptes à la représentation nationale ? Il va arriver un jour où un général « couillu » demandera à ses « grognards » de virer de l’assemblée nationale « tous ces jeanfoutres » qui sabordent et sabotent à loisirs la maison France !

    1. Je vous conseille de relire la presse de 1962, mais il est vrai qu’à cette époque il y avait encore les soldats du contingent capable de s’opposer à la soldatesque insurrectionnelle !

    2. N’oubliez pas que la république est un régime de guerre civile ou le peuple doit se soumettre à ses intérêts idéologiques.
      Comme disait Maurras « la république gouverne mal mais se défend bien. »
      Ils armeront les banlieues immigrées et les groupuscules qui tiennent la rue pour eux, mais ils ne partirons pas d’eux-mêmes. Quand aux intérêts des français, il faut être naïf pour ne pas voir le comportement constant des républicains, prêts à sacrifier des millions de français pour ne pas remettre en cause leurs choix idéologiques.

    3. Posez vous la question suivante, elle est capitale :

      si demain le peuple patriote descend dans la rue pour demander des comptes aux traitres qui ont le pouvoir et que des incidents graves surviennent, de quel côté seront les forces de police et de l’armée ??

      je ne me fais aucune illusion……..

      1. Je peux répondre, à coup sûr du côté du pouvoir légaliste après une sévère épuration de ses rangs des réfractaires et des patriotes. Il y aura une résistance clandestine, cela se devine à nombre de réactions venant de la base, mais elle sera durement chassée.
        Cela s’est vu à toute époque y compris l’occupation allemande.
        Ceci dit, sans ces forces de l’ordre, actuellement ce serait les milices gauchistes et islamistes qui feraient régner l’ordre. Regardez les patrouilles de la charia en Belgique étendard Allemagne.
        Nous sommes dans une situation ambiguë ou les forces de l’ordre et l’armée en fond servent à maintenir au pouvoir un régime hostile à la France et au bien commun.
        N’oubliez pas qu’à partir du grade de colonel, dans la gendarmerie comme dans la police, il y a beaucoup de francs maçons qui sont fidèles parmi les fidèles au régime républicain.Même si là aussi, il en existe de patriotes qui entreront en résistance.

        1. @ Robert,

          Bon, si vous y tenez tant, on peut rétablir le régime de Pétain. Mais notez toutefois que sans l’occupation allemande, ça perdrait de son charme.

        2. « les forces de l’ordre et l’armée en fond servent à maintenir au pouvoir un régime hostile à la France et au bien commun »
          vous avez mille fois raison !
          et c’est effrayant !
          mais nous ne sommes qu’une minorité à l’avoir analysé et compris…….

    4. J’aime lire ces commentaires qui montrent à quel point certains militaires sont en dehors de la société, qu’ils prétendent défendre, mais qu’ils méprisent en fait. Essayez donc de faire votre putsch d’opérette … Il vous faudra massacrer beaucoup de gens !

      1. Surtout qu’on ne voit pas vraiment l’intérêt d’un putsch.

        A la rigueur, on pourrait rejouer le psychodrame de 1962 à l’occasion du référendum d’autodétermination de la Nouvelle Calédonie, en 2018. Mais je sens que la motivation n’y est pas.

  2. Ce constat me fait doucement marrer !!!! Depuis des dizaines d’années, l’armée a découvert un nouveau mode de réflexion sur les ressources humaines permettant de tenir aussi, la masse budgétaire : On embauche à tout va, puis on démotive dès que le gars commence à prendre du grade, on n’en garde quelques uns pour faire du sous-off, le reste, on fait en sorte de les démotiver pour qu’ils se barrent, puis on en réengage mais automatiquement, à l’échelon plus bas. Ainsi le budget alloué au solde est contenu !! Figurez-vous que je viens de passer à l’avancement : 31 ans de carrière, adjudant, commandant de brigade. Le gestionnaire du RH m’a expliqué que je coûtais un bras à la gendarmerie !! En effet, il y a pléthore de jeune adjudant qui ont donc un échelon moins haut que moi, donc qui coûte moins cher, pour un poste que ces jeunes gradés pourraient tenir. Donc il est temps que je dégage !!!!! Dans les 5 ans à venir, la gendarmerie va voir partir prés de 50 000 gendarmes, en retraite, remplacés par ….. 50 000 gendarmes qui débuteront dans l’échelon, donc gain au niveau des soldes, les jeunes gradés viendront prendre la place des vieux qui vont représenter une grosse partie de ces départs.
    Ce concept est parfaitement pris en compte dans toutes les armes, alors le problème que se pose actuellement, et que nos technocrates n’avaient pas prévue, c’est que les jeunes partent de plus en plus vite et que le recrutement n’est pas si mirobolant. Et oui, le bouche à oreille commence à fonctionner et avant de s’engager, les jeunes savent qu’au boute de quatre ans, on va commencer à faire du ménage dans les rangs !!! Donc l’armée est devenu uniquement un passage vers l’emploi. Et en gendarmerie, pour l’instant, tout le monde est content et se frotte les mains, par contre, ce qu’ils ne voient pas c’est que très peu de jeunes pensent faire une carrière complète. Au bout de deux ans en tant que sous-officier, ils pensent déjà à leur reconversion. Alors ils se portent volontaires pour passer des diplômes de secouristes, permis poids lourds, permis TC en école, rejoindre des spécialités etc… pour pouvoir rebondir, en cours de carrière, ailleurs, dans le civil.
    Dans dix ans, les postes de brigades ne seront plus tenus que par des jeunes, sans expérience, désabusés car ils n’auront pu obtenir une spécialité, et ils partiront au bout de 20 ans de service.
    Mais je suis persuadé que, pour l’instant, c’est une volonté des RH, dirigés par la volonté de nos politiques. Encore une fois, un vue à court terme !

    1. « l’armée est devenu uniquement un passage vers l’emploi »

      C’est très possible, ça. Mais ce n’est pas nécessairement un mal.

  3. Je me permet un commentaire général de l’ensemble des posts et suite à mes échanges avec @Lafolix. Tout d’abord le chiffre principal, 70% des engagés de 11 à 20 ans pensent poser la casquette. Ce chiffre est alarmant cela veut dire que l’Armée peut être en cessation d’activité demain. En effet cela concerne une population cadre encore sous contrat ou de métier qui peut partir à sa discrétion. Tout chef d’entreprise qui présenterait à son board un truc pareil serait immédiatement démis et remplacé. En ce qui concerne les primo engagés je retiens le chiffre de 37% de 2 à 5 ans qui n’est pas si mauvais mais qui pareillement dans une entreprise normale créerait un choc sans précédent. En ce qui concerne les posts, surtout des moins de 30 ans il y a quelque chose de frappant, c’est que ce sont les mêmes doléances que dans le civil. La vie de famille, les amis c’est important et l’entreprise doit s’adapter à ces nouveaux modes de vie des générations Y et 2.0. Le civil y répond maintenant en s’étant adapté à ces générations et surtout on a remarqué que ce management moderne ne diminuait pas la productivité au contraire elle l’augmentait. La grande question visiblement c’est comment les Armées doivent s’adapter à ce management moderne. Or cette institution valorise l’adaptation tactique des Hommes et Femmes mais elle est peu connue pour sa grande capacité d’adaptation en tant qu’institution…
    De plus les Armées manageaient dans les années 90 et 2000 à la hache car il y avait trop de candidats par rapport aux postes. Cela a du laissé beaucoup de ressenti et peut être explique le chiffre atterrant de 70% pour les 11 à 20 ans. Finalement en étant provoquant ce ne sont pas les menaces intérieurs ou extérieurs qui sont le plus grand danger pour la Nation mais la décomposition des ressources humaines des Armées qui pourrait rendre l’Armée complètement inopérante! Marc Bloch avait vu juste.

  4. Sous officier dans l’AT, je fais partie de cette génération désabusée qui a décidée d’arrêter. Je me suis assez vite rendu compte que j’étais trés loin d’être le seul dans le cas.
    Ayant évoqué la question avec un représentant du CEMAT, on m’a répondu que cette « hémorragie » parmi les jeunes comme moi n’était pas inquiétante. Le départ des anciens l’étant bien plus (ceux qui étaient poussés au départ il y a encore quelques années)…
    La situation est-elle réellement appréhendée par nos chefs?
    Faisant partie de la génération qui doit apprendre sur le tas tout en exécutant au mieux les ordres avec la b*** et le couteau, je plains les générations à venir qui ne pourront plus forcément compter sur quelques anciens.

Les commentaires sont fermés.