Les transferts mondiaux d’armes « majeures » ont atteint un niveau record depuis la Guerre Froide

En matière de vente de matériels militaires (comme pour d’autres domaines), comparer des données d’une année sur l’autre ne permet pas de déterminer de grandes tendances, dans la mesure où ces dernières peuvent être fluctuantes. Pour cela, il faut considérer deux périodes assez longues, comme l’a fait la dernière étude que vient de publier l’Institut de recherche international sur la paix de Stockholm (Sipri) sur les transferts d’armes dans le monde.

Et, le premier enseignement de ce rapport est que le volume des transferts internationaux d’armes « majeures » a augmenté de 8,4% entre les période 2007-2011 et 2012-2016, pour atteindre, selon le Sipri, un niveau que l’on n’avait plus revu depuis la fin de la Guerre Froide.

Cette hausse sensible est essentiellement due à deux régions, à savoir l’Asie-Pacifique et le Moyen-Orient. Car, dans le même temps, les importations d’armes à destination de l’Europe ont diminué de 36% entre les deux périodes considérées. Même chose pour l’Amérique latine (-18%) et l’Afrique, avec toutefois quelques disparités. Par exemple, les flux à destination de la Colombie ont baissé de 19% tandis que les importations mexicaines ont bondi de 184%.

S’agissant de l’Asie-Pacifique, les tensions liées aux différents contentieux territoriaux, associées à l’effort conséquent de la Chine en faveur de la modernisation de ses forces armées, ont conduit plusieurs États à augmenter leurs dépenses militaires. Ce qui s’est traduit par une hausse de 7,7% des importations d’armes à destination de cette région. Ces dernières représentent 43% du total au niveau mondial.

L’Inde, qui a lancé le programme « Make in India » afin de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers, reste encore le plus grand client asiatique en matière d’achats d’armements, avec 13% des importations de la région, en hausse de 43% entre les périodes 2007-2011 et 2012-2016.

« Si la Chine est de plus en plus en mesure de substituer les importations d’armes par des produits nationaux, l’Inde reste tributaire de la technologie de nombreux fournisseurs volontaires tels que la Russie, les États-Unis, des États européens, Israël et la Corée du Sud », note ainsi Siemon Wezeman, chercheur principal du programme Armes et dépenses militaires du SIPRI.

En Asie du Sud-Est, les importations d’armes « majeures » ont progressé de 6,2% d’une période sur l’autre. Et le Vietnam y a largement contribué, avec une hausse de 202% de ses achats auprès de fournisseurs étrangers. Le pays a notamment acquis 6 sous-marins de la classe Kilo auprès de la Russie au cours de ces dernières années. Et cela, afin de faire face aux ambitions chinoises en mer de Chine méridionale.

Pour le Sipri, cette hausse des flux d’armes vers l’Asie s’expliquerait en partie par « l’absence d’instruments régionaux de contrôle des armements ».

Au Moyen-Orient, les importations d’armes « majeures » ont augmenté de 86% entre 2007-2011 et 2012-2016, pour représenter 29% du total. Cela s’explique par le contexte géostratégique, marqué par défiance des monarchies sunnites à l’égard de l’Iran chiite.

L’Arabie Saoudite est ainsi le second pays importateur mondiale d’armes (derrière l’Inde), avec une hausse de 212% de ses achats. Mais cette augmentation n’est pas la plus élevée de la région : le Qatar fait mieux, avec une progression de 245% de ses importations d’armes.

« Au cours des cinq dernières années, la plupart des États du Moyen-Orient se sont principalement tournés vers les États-Unis et l’Europe dans leur quête accélérée de capacités militaires avancées », souligne Siemon Wezeman. « Malgré les bas prix du pétrole, les pays de la région ont continué à commander plus d’armes qu’en 2016, les percevant comme des instruments essentiels pour faire face aux conflits et aux tensions régionales », ajoute-t-il.

Quant aux pays exportateurs, seulement 5 se partagent le gâteau (ou presque). Sans surpris, les États-Unis arrivent au premier rang, leurs exportations d’armes, dont la moitié est destinée au Moyen-Orient, ayant augmenté de 21% entre les deux périodes étudiées.

« Les États-Unis fournissent des armes majeures à au moins 100 pays à travers le monde — beaucoup plus que n’importe quel autre État fournisseur », a commenté Aude Fleurant, directrice du programme Armes et dépenses militaires du SIPRI. « Les deux avions de combat avancés équipés de missiles de croisière et autres munitions à guidage de précision ainsi que les systèmes de défense anti-aérienne et anti-missiles de dernière génération représentent une part importante des exportations d’armes américaines », a-t-elle précisé.

La Russie arrive en seconde position, avec 23% de parts de marché, réalisées notamment auprès de l’Inde, du Vietnam, de la Chine et de l’Algérie, ce dernier pays étant le plus grand importateur d’armes en Afrique, avec 46 % des importations dans la région.

Vient ensuite la Chine, dont la part des exportations mondiales d’armement est passée de 3,8% à 6,2%. Cette évolution n’est pas une surprise : ces dernières années, hors armes légères, ses ventes d’armement à l’étranger avaient bondi de 88%. Les sociétés chinoises proposent des produits relativement compétitifs, notamment en matière de coût, voire de qualité. Et si leurs débouchés concernaient essentiellement le Pakistan, le Myanmar et le Bangladesh, elles ont sensiblement augmenté leurs livraisons en Afrique (+122%).

Quant à la France, avec 6% des parts de marché, elle se classe 4e, juste devant l’Allemagne (dont les exportations se sont effondrées de 36%). Mais le Sipri anticipe de meilleurs résultats pour les années qui viennent.

« Le rythme moins soutenu des livraisons françaises d’armement pourrait bientôt se terminer en raison d’une série de contrats importants signés ces cinq dernières années », a-t-il fait observer. Selon le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, les prises de commandes constatées en 2016 ont atteint le niveau record de 20 milliards d’euros. Et cela, après une année 2015 qui avait été aussi faste.

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