Afghanistan : Les Etats-Unis mettent la pression sur le Pakistan

En septembre 2011, l’ancien chef d’état-major interarmées américain, l’amiral Mike Mullen, avait mis les pieds dans le plat en accusant l’ISI (Inter-Services Intelligence, les services de renseignement pakistanais) de mener une guerre par procuration en Afghanistan via le réseau Haqqani, un groupe d’insurgés bénéficiant d’une large autonomie par rapport au mouvement taleb afghan.

« En choisissant d’utiliser l’extrémisme violent comme instrument politique, le gouvernement pakistanais – et plus spécifiquement l’armée pakistanaise et l’ISI – compromet non seulement la perspective d’un partenariat stratégique avec nous mais aussi l’opportunité pour le Pakistan d’être une nation respectée jouissant d’une influence régionale légitime » avait déclaré, plus tard, l’amiral Mullen, devant la commission Défense du Sénat américain.

Apparu dans les années 1980 pour combattre l’Armée Rouge, ce réseau porte le nom de son fondateur, Jalaluddin Haqqani, lequel s’est taillé une forte réputation contre les Soviétiques. A l’époque, ce dernier est en relation avec la CIA qui, dans le cadre de l’opération Cyclone, lui fournit des armes, et en particulier les fameux missiles sol-air Stinger. A cette occasion, le représentant démocrate du Texas, Charlie Winston, dira de lui qu’il est « la bonté incarnée ».

En 1991, ce converti aux préceptes des Frères musulmans depuis les années 1970 s’empare de la ville de Khost, alors aux mains des communistes et rejoint, quatre ans plus tard, les taliban qui voient en lui un génie militaire. Par la suite, il va prendre une part active à la conquête par le mouvement du mollah Omar de Kandahar et de Kaboul, après avoir étendu son influence dans l’est de l’Afghanistan.

L’année d’après, il mène une violente campagne d’épuration éthnique contre les tadjiks, lui-même étant pachtoun. Il devient ministre des Frontières et des Affaires tribales du régime taleb et gouverneur de son Paktia natal. Actuellement, le réseau Haqqani soutient les groupes islamistes pakistanais, entretient des relations avec al-Qaïda et est très actif contre les troupes de l’Otan déployées dans l’est de l’Afghanistan.

« Plus qu’un réseau, c’est une mafia énorme, un empire économique violent et puissant présent dans des secteurs économiques divers en Afghanistan et au Pakistan et qui se livre à des trafics en tout genre, des enlèvements à l’extorsion » a expliqué Michael Kugekman, spécialiste de l’Asie du Sud au Centre international Woodrow Wilson, à Washington.

Pendant longtemps, le réseau Haqqani a pu bénéficier des largesses de l’ISI, dont l’objectif est de faire de disposer en Afghanistan d’un régime favorable à Islamabad afin de donner au Pakistan de la « profondeur stratégique » face à l’Inde. D’où les accusation lancées par l’amiral Mullen en septembre 2011, après l’attaque de l’ambassade des États-Unis et des quartiers généraux de l’OTAN à Kaboul quelques jours plus tôt.

Depuis, et ouvertement, Washington ne cesse de demander à Islamabad de prendre des mesures concrètes contre le réseau Haqqani, dont les motivations ne seraient pas seulement régionales, étant donné qu’on lui prête également l’ambition de diffuser le jihad à l’échelle mondiale. Il s’agit-là d’un des sujets de contentieux parmi d’autres entre les deux pays. Mais c’est peut-être le plus important pour l’avenir de l’Afghanistan.

Du coup, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, s’est montré ferme à l’égard du Pakistan. « Cela nous préoccupe de plus en plus que le réseau Haqqani continue de disposer de refuges de l’autre côté de la frontière (afghane). Le Pakistan doit prendre des mesures pour empêcher que des terroristes installés sur son territoire n’attaquent nos forces » a-t-il déclaré lors d’une visite en Afghanistan, le 7 juin. « Nous atteignons la limite de notre patience quant au fait que le Pakistan continue d’autoriser au réseau Haqqani à rester sur son territoire » a-t-il encore ajouté.

Seulement, et cela risque de ne pas inciter Islamabad à s’en prendre au réseau Haqqani, Leon Panetta s’est rendu à New Delhi pour évoquer la nouvelle posture stratégique de son pays pour la région Asie-Pacifique.

Et d’après des responsables américains ayant fait des confidences à la presse, Washington souhaiterait que l’Inde « joue un rôle plus actif en Afghanistan ». Pour mémoire, les deux pays ont signé un accord de partenariat stratégique en octobre dernier.

Par ailleurs, les pays de l’Organisation de coopération de Shangaï (OCS, qui rassemble notamment la Chine et la Russie, ainsi que d’autres pays d’Asie centrale) devrait s’impliquer davantage en Afghanistan.

« Le retrait précipité des forces de la coalition déployées en Afghanistan comporte des risques graves pour la sécurité et la stabilité dans la région, ce qui oblige les pays de l’OCS à prendre des mesures supplémentaires en vue de renforcer la coopération sécuritaire et d’impliquer les autorités afghanes dans le travail commun » a ainsi affirmé Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.

Enfin, la Chine, qui, alliée du Pakistan, a obtenu des concessions minières en Afghanistan (cuivre, pétrole) a quant à elle promis au président afghan, Hamid Karzaï, une aide « désintéressée » de 24 millions de dollars et a convenu de renforcer ses relations « politiques, économiques » et sécuritaires avec Kaboul. Le grand jeu continue…

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