Un rapport prévient que la transition énergétique appliquée aux Armées pourrait compliquer la conduite des opérations

Si l’argent est le nerf de la guerre, le pétrole – et plus généralement l’énergie – l’est aussi. Il ne sert en effet à rien de disposer d’avions de combat ou de blindés dernier cri si ces derniers ne peuvent pas être utilisés, faute de carburant. Aussi, la sécurisation de l’approvisionnement énergétique est cruciale.

Dans ce domaine, la transition énergétique peut être un atout, comme le souligne le député Claude de Ganay, dans son rapport pour avis sur le soutien logistique interarmées [.pdf].

« La transition énergétique peut certes présenter des opportunités au regard de la sécurité énergétique des armées. D’une part, le développement de nouvelles formes d’énergie, comme les biocarburants, le solaire, l’éolien ou la géothermie, permettra une plus grande diversification des sources d’énergie, contribuant par ce biais à la sécurité énergétique. D’autre part, l’amélioration de la performance énergétique sera de nature à réduire les consommations et, par conséquent, le degré de dépendance à un approvisionnement pétrolier parfois difficile à sécuriser », écrit en effet le parlementaire.

Aux États-Unis, par exemple, l’US Navy avait lancé, dès 2009, le programme « Great Green Fleet » avec deux objectifs : réduire sa facture de pétrole et diversifier son approvisionnement énergétique. D’où le recours à des biocarburants pour faire voler ses avions embarqués et ses navires et la recherche de nouvelles sources d’énergie.

En 2016, le destroyer USS Stockdale utilisa un « biodiesel » produit par l’entreprise californienne AltAir Fuels avec de la graisse de boeuf, fournie par des éleveurs du Midwest. Des essais visant à faire voler des avions de combat F-18 avec un mélange de carburant d’aviation classique [le JP-5] et de l’huile de cameline avaient été réalisés précédemment. Dans le même temps, l’US Naval Research Laboratory [NRL] mena des expériences visant à produire des hydrocarbures à partir du dioxyde de carbone [C02] contenu dans l’eau de mer, selon le procédé Fischer-Tropsch.

La diversification des sources d’énergie « donne à l’US Navy une flexibilité opérationnelle » et « renforce sa capacité à assurer une présence sur les mers tout en retournant la situation contre ceux qui voudraient utiliser l’énergie comme une arme contre nous », avait résumé, à l’époque, Ray Mabus, le secrétaire américain à la Marine.

Seulement, les biocarburants ne sont pas les plus économiques et ne présentent pas toujours un bon rendement… En outre, ceux de dits de la première génération, produits à partir de matériaux organiques non fossiles (betterave, colza, etc) posent d’autres problèmes puisqu’ils mettent en concurrence l’alimentation et l’énergie (en clair, pour les produire, il faudrait consacrer une surface importante de terres agricoles aux dépens des cultures pour l’alimentation, ce qui mettrait la pression sur les prix des produits alimentaires de base).

S’agissant de la France, le recours aux biocarburants n’est pas la priorité des armées. Et il a fallu attendre décembre 2017 pour que soit pris l’engagement de mettre en place une filière de biocarburants « avancés », voire de 3e génération (produits à partir de micro-organismes, de CO2), pour l’aéronautique civile.

Quoi qu’il en soit, si M. de Ganay voit des opportunités à saisir pour les armées dans la transition énergétique, il y met toutefois un bémol.

« Il paraît plus important […] d’insister sur les risques que cette transition fait peser sur la sécurité énergétique des forces armées », notamment avec « l’imposition de normes environnementales contraignantes sur les moteurs », laquelle est « susceptible de restreindre la fabrication et l’emploi de certains véhicules sur le territoire national ou en opérations extérieures [OPEX] », prévient le député.

Ainsi, avance-t-il, « les véhicules prévus dans le cadre du programme SCORPION [qui prévoit le renouvellement des blindés de l’armée de Terre, ndlr] seront équipés de moteurs aux normes Euro-3, alors que le cadre normatif actuellement applicable est la norme Euro-6 qui est plus exigeante. »

D’après le directeur central adjoint du Service des essences des Armées [SEA], des « normes environnementales trop rigoureuses risquent de rendre les nouveaux matériels et véhicules incompatibles ou vulnérables aux carburants disponibles en opérations extérieures, qui sont souvent de moins bonne qualité. »

En outre, avec la remontée en puissance que doit permettre la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25, il faut s’attendre à une hausse des besoins pétroliers des armées, « sans que l’amélioration de l’efficacité énergétique des motorisations ne parvienne à contrecarrer cette tendance », avance M. de Ganay.

Aussi, « compte tenu de l’importance vitale de l’autonomie énergétique laissée à nos armées », le député estime que « la transition énergétique ne peut s’appliquer à la défense comme elle s’applique aux autres politiques publiques » car « dès lors que nos armées sont concernées, il convient de faire primer les besoins opérationnels sur toute autre considération. » Et d’insister : « Pour cette raison, les forces armées doivent continuer à être exonérées d’un nombre important de réglementations environnementales. »

Cela étant, pour M. de Ganay, si le recours au pétrole restera prépondérant à moyen terme, cela ne doit pas empêcher la réflexion sur de nouvelles sources d’énergie. « Le SEA doit s’engager dans une transformation de long terme qui doit le voir basculer progressivement vers les énergies renouvelables », estime-t-il. Pour cela, il peut « s’appuyer sur une base de compétences déjà centrée sur l’énergie au sens large. » Et, ajoute-t-il, une « montée en compétence de la délégation générale de l’armement [DGA] et du SEA sur les motorisations hybrides et électriques paraît tout de même nécessaire. »

Au niveau de l’Union européenne, l’amélioration de l’autonomie énergétique en opération fait déjà l’objet d’une étude lancée à l’initiative de la France [la « fonction opérationnelle énergie, ndlr], dans le cadre de la coopération structurée permanente [CSP/PESCO]. L’enjeu est de s’assurer que la transition énergétique n’entravera pas la conduite des opérations. Comme l’indique le député dans son rapport, un seul projet, à savoir le « camp déployable énergiquement efficace » pourrait à l’avenir bénéficier d’un financement du Fonds européen de défense.

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