Bachar el-Assad menace les Forces démocratiques syriennes, actuellement engagées dans une opération anti-EI

Quand, lors d’un entretien accordé le 31 mai à Russia Today, le président syrien, Bachar el-Assad, affirme que les récentes frappes israéliennes contre des bases abritant des unités iraniennes déployées en Syrie n’ont fait que des victimes syriennes, il n’y a que deux possibilités : soit la traduction de ces propos n’est pas correcte, soit il ment.

« Nous ne pouvons pas les cacher [les Iraniens] et nous n’avons pas honte de dire clairement s’il y en a », a-t-il dit, selon le compte-rendu qui a été fait de ses propos. « Seuls des officiers iraniens aident l’armée syrienne », a-t-il continué. « Ils [les Israéliens] disent avoir attaqué des bases et des camps iraniens. Mais en fait nous avons eu des dizaines de Syriens tués ou blessés, et pas un seul Iranien », a assuré M. Assad.

Seulement, après un nouveau raid aérien prêté à l’aviation israélienne contre la base syrienne de Tiyas [T4], le 4 avril dernier, l’Iran a médiatisé les funérailles de cinq officiers de la force Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution. Et parmi eux figurait le colonel Mehdi Dehghan, un spécialiste des drones. Et si M. Assad dit la vérité, alors on se demande bien pourquoi Téhéran avait promis une « contre-attaque » à Israël après ces frappes.

Et quand M. Assad avance que « le seul problème qui reste aujourd’hui en Syrie, c’est les Forces démocratiques syriennes [FDS] », il oublie que l’État islamique tient encore des positions dans la province de Deir ez-Zor (d’où l’opération Roundup menée par ces mêmes FDS, avec l’appui de la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis). Et que, dans les derniers jours du mois de mai, environ 75 combattants pro-régime (dont des mercenaires et des soldats russes) ont été tués lors d’attaque lancée par l’organisation jihadiste près de la ville de Mayadine, également dans l’est du pays.

En outre, M. Assad oublie aussi que la province d’Idleb reste majoritairement sous le contrôle de la coalition jihadiste Hay’at Tahrir el-Sham [HTS, ex-Front al-Nosra] et que l’EI tente de s’y implanter. Et l’on ne parle pas de la situation dans le canton d’Afrin, où des rebelles appuyés par les forces turques, ont chassé les milices kurdes syriennes [YPG], qui font aussi partie des FDS.

Quoi qu’il en soit, pour le président syriens, il y a « deux options pour régler » le « problème » que lui posent les FDS. « Nous avons d’abord ouvert la voie à des négociations car la majorité des membres (des FDS) sont des Syriens. Si cela ne marche pas, nous allons libérer nos territoires par la force. Nous n’avons pas d’autre choix », a-t-il dit. « C’est notre terre et c’est notre droit et notre devoir de la libérer. Les Américains doivent partir et ils partiront d’une façon ou d’une autre », a-t-il insisté.

Pour rappel, avec l’appui de la coalition, les FDS, qui regroupe les milices kurdes syriennes et des groupes arabes armés, ont joué un rôle crucial dans le combat contre l’État islamique, notamment el chassant les jihadistes de leur fief de Raqqa et de plusieurs régions syriennes. Et les territoires passés sous leur contrôle en Syrie étaient ceux qui étaient tenus par l’organisation terroriste.

Cela étant, ce n’est pas la première fois que M. Assad menace les FDS, et en particulier les milices kurdes syriennes. En décembre 2017, il avait en effet qualifié leurs combattants de « traîtres ».

« Lorsqu’on parle de ceux qu’on appellent ‘les Kurdes’, ce ne sont pas juste des Kurdes. Tous ceux qui travaillent pour le compte d’un pays étranger, notamment sous commandement américain sont des traîtres », avait lancé le président syrien.

Mais encore une fois, les propos de M. Assad sur des « négociations » ouvertes avec les FDS ont été démentis par leur porte-parole, Kino Gabriel. « Nous sommes une force syrienne par excellence, pas un jouet aux mains d’une quelconque partie interne ou externe », a-t-il réagi, d’après l’AFP.

Plus tard, le porte-parole de l’opération Inherent Resolve [nom de la coalition anti-jihadiste, ndlr], le colonel Sean Ryan, a mis en avant « l’incroyable » travail des FDS dans le combat contre l’EI. Ces forces, a-t-il estimé, devraient « être louées et non menacées ».

Aussi, le Pentagone n’a pas manqué de commenter les propos de M. Assad. « Toute partie impliquée en Syrie doit comprendre que s’attaquer aux forces armées des Etats-Unis ou à nos partenaires de la coalition serait une très mauvaise politique », a affirmé le général Kenneth McKenzie, un haut responsable de l’état-major américain.

D’autant que, par le passé, les troupes syriennes (et ses alliés) ont déjà tenté de s’en prendre aux FDS. En juin 2017, un Su-22 « Fitter » fut abattu par un F/A-18 Super Hornet de l’US Navy alors qu’il menaçait des combattants de l’alliance arabo-kurde à Tabqa.

Plus récemment, en février, et alors qu’une ligne de « déconfliction » coupe la province de Deir ez-Zor en deux, les forces pro-Damas ont tenté de s’attaquer aux FDS dans les environs de Kusham, localité située à 8 km de l’Euphrate. Ce qui a donné lieu à une vive riposte de la part de la coalition anti-jihadiste.

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