Un rapport prône une posture plus offensive pour les opérations de maintien de la paix de l’ONU

« Les Nations unies et les pays contributeurs de troupes [pour les opérations de maintien de la paix] doivent s’adapter à une nouvelle réalité : le casque bleu et le drapeau de l’ONU n’offrent plus de protection naturelle », constate un rapport publié le 15 janvier [.pdf].

Cela étant, lors des périodes 1960-1962 et 1992-1996 (avec 84 militaires français tués en Bosnie-Herzégovine, dans le cadre de la FORPRONU), cette « protection naturelle » n’a pas été évidente, ces dernières ayant été marquées par des pics de mortalité parmi les Casques bleus. Mais depuis 2011, les opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU subissent des pertes en hausse continue.

Ainsi, depuis 5 ans, souligne ce rapport rédigé par un groupe d’experts dirigé par le général brésilien Carlos Alberto dos Santos Cruz, un ancien commandant des missions de l’ONU en Haïti et en République démocratique du Congo (RDC), 195 Casques bleus ont été tués, ce qui représente 20,6% des pertes constatées depuis 1948.

L’année 2017 aura été particulièrement éprouvante pour les OMP, avec 56 Casques bleus tués, soit le bilan le plus lourd depuis 1994. Actuellement, 110.000 soldats et policiers sont déployés sous la bannière des Nations unies dans 15 missions de maintien de la paix.

Dans le détail, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA) a subli les pertes les plus importantes, avec 91 tués depuis 2013. Suivent ensuite les missions en Centrafrique (29 morts), au Darfour (26), en RDC (25, dont 15 lors d’une seule attaque, commise le 7 décembre par les rebelles des « Allied Democratic Forces » et Soudan du Sud (13).

Pour inverser cette tendance, le rapport préconise une posture plus offensive. « Malheureusement, les forces hostiles ne comprennent pas un autre langage que celui de la force. Pour dissuader et repousser les attaques et vaincre les assaillants, l’ONU doit être forte et ne pas avoir peur de recourir à la force lorsque cela est nécessaire », estime-t-il.

Comme ce fut d’ailleurs le cas en 1995, avec la reprise, par la force, du poste du pont de Vrbanja [Bosnie-Herzégovine] par des Casques bleus français (dont le général Lecointre, l’actuel chef d’état-major des armées). « La reprise du pont de Vrbanja restera dans la mémoire de nos armées comme un symbole, celui de la dignité retrouvée, du refus de toutes les humiliations », dira, après coup, le président Chirac.

Pour le groupe d’experts, le comportement opérationel doit être fonction de l’évaluation des risques et des menaces. « Chaque mission est unique et, même au sein de chaque pays, des situations nécessitent parfois des actions différentes compte tenu de la menace qui prévaut dans une zone. Mais ce qui ne change jamais, c’est que l’interprétation des mandats, règles d’engagement et autres documents devrait soutenir la prise d’ACTION, et ne pas être utilisée pour justifier l’INACTION », ont-ils fait valoir.

Le rapport recommande « d’aller là où est menace, afin de la neutraliser », en profitant des avantages technologiques, en particulier dans le combat de nuit. « Attendre dans une posture défensive donne seulement la liberté aux forces hostiles de décider quand, où et comment elles attaqueront les Nations Unies », y lit-on. Les experts estiment également nécessaire l’établissement de zones de sécurité clairement définie autour des bases de l’ONU et à l’intérieur desquelles la « tolérance zéro » s’appliquerait aux groupes armés.

Mais pour cela, encore faut-il doter les Casques bleus de capacités spécifiques. Et cela passe d’abord par leur formation et leur entraînement. « Certains contingents et commandants ne sont visiblement pas préparés à avoir le comportement opérationnel requis sur le terrain », note le rapport. Si des troupes désignées pour prendre part à une OMP ne sont pas au niveau, « l’ONU devrait refuser d’autoriser leur déploiement », plaide le document.

En outre, les experts insistent sur l’amélioration des équipements spécifiques (comme, par exemple, les véhicules resistants aux mines, les moyens de vision nocturne, etc…) ainsi que sur la nécessité d’améliorer les capacités en matière de renseignement d’origine humaine (ROHUM). « Le but final du renseignement devrait être l’action et l’amélioration de la sécurité, et non pas un rapport écrit », avancent-ils.

Un effort devrait être également fait dans le domaine du soutien médical, ce qui passe par des hélicoptères supplémentaires afin de pouvoir assurer, le cas échéant, l’évacuation et la prise en charge des blessés.

Enfin, le rapport met en avant un autre facteur susceptible d’améliorer la sécurité des Casques bleus : éviter les « déploiements surdimensionnés sans objectifs précis ». Ces derniers, explique le groupe d’expert, « obligent […] certaines missions à consacrer environ 90% de leur capacité opérationnelle à l’escorte de convois et à l’autoprotection. »

Photo MINUSMA/Marco Dormino

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