Le Pentagone veut priver Daesh d’accès à Internet

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Fin février, le Pentagone a affirmé utiliser des « armes informatiques » pour dégrader les capacités de Daesh (État islamique ou Daesh) à utiliser les réseaux numériques.

« Nous utilisons des outils informatiques pour affaiblir la capacité du groupe État islamique à opérer et communiquer sur le champ de bataille virtuel », a expliqué, à l’époque, Ashton Carter, le secrétaire américain à la Défense.

Récemment, lors d’une conférence de presse, le général américain Peter Gesten, en charge de la planification et de la coordination des missions de combat de la coalition anti-Daesh dirigée par les États-Unis, n’a pas souhaité donner de précisions sur ces « armes informatiques », dont il a qualifié l’utilisation de « très sensibles ». Et cela, a-t-il expliqué, pour « protéger pour les opérations futures. »

Cependant, le 28 avril, le patron du Pentagone a abordé le sujet. « Les objectifs sont d’interrompre la chaîne de commandement et de contrôle de l’EI, d’interrompre sa capacité à faire circuler de l’argent, d’interrompre sa capacité à tyranniser et à contrôler la population, d’interrompre sa capacité à recruter à l’international », a en effet affirmé M. Carter, lors d’une audition devant le comité des Forces armées du Sénat.

Et de préciser que cette mission a été confiée à l’US Cyber Command (US CYBERCOM), dont c’est la « première opération majeure de combat », selon M. Carter. « Nous les bombardons et nous allons leur enlever internet », a-t-il insisté.

Au passage, pour empêcher les communications (par radio et téléphone cellulaire) de Daesh, l’US Marine Corps a déployé un escadron d’EA-6 Prowler à Incirlik, en Turquie.

Le chef d’état-major interarmées américain, le général Joseph Dunford, a expliqué que l’objectif est de « couper les communications » de Daesh. « Nous essayons globalement d’obtenir un isolement virtuel » des jihadistes, a-t-il dit. « C’est très complémentaire avec nos actions sur le terrain, et nous nous concentrons en particulier sur les opérations à l’étranger qui peuvent être organisées par l’EI », a-t-il continué.

Empêcher les jihadistes d’avoir accès à Internet, est-ce une bonne idée? La question peut se poser dans la mesure où cela est susceptible de priver les services de renseignement d’informations sur Daesh et ses combattants. D’un autre côté, cela empêcherait les jihadistes de diffuser leur propagande et de recruter à l’étranger. (Et dans le même temps, ça soulagerait les modérateurs de Twitter…)

Reste à voir comment l’US Cyber Command va s’y prendre. À première vue, couper l’accès à Internet peut paraître facile. Or, il n’en est rien, d’autant plus que, pour Daesh, il faudrait opérer dans deux pays, c’est à dire en Irak et en Syrie.

Pour ce qui concerne justement la Syrie, où l’accès à Internet a été coupé en 2012, à cause, a-t-il été rapporté, d’une opération manquée de la NSA, la totalité du trafic passe par un opérateur unique, placé sous l’autorité directe du régime syrien. Le pays est « alimenté » par 3 câbles sous-marins (qui arrivent tous à Tartous, où une base navale russe est installée) et par une liaison terrestre passant par la Turquie.

Mais agir sur cette infrastructure ne servirait à rien. Et pour cause : les jihadistes de Daesh ne l’utilisent pas car ils accèdent à Internet par satellite, via des paraboles achetées en Turquie. Dans une enquête publiée en décembre 2015, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a pointé du doigt trois sociétés européennes qui offrent ce genre de service : SES, Avanti et la française Eutelsat (dont l’État est actionnaire).

Or, ces entreprises travaillent avec des distributeurs (ou fournisseurs d’accès) et elles n’ont donc pas de contact avec les clients de ces derniers.

« Eutelsat a formellement rappelé dès 2013 aux distributeurs de ses services Internet qu’il est interdit de fournir ces services et l’équipement associé sur le territoire syrien. Cela implique concrètement l’interdiction de distribuer et activer tout matériel permettant l’accès à l’Internet à partir de ce territoire », a par ailleurs expliqué le prestataire français, dans un communiqué.

Toutefois, le magazine allemand assure que ces 3 sociétés ont les moyens de connaître la position des utilisateurs finaux (via les coordonnées GPS) et qui leur serait facile de leur couper l’accès à Internet. Cela étant, Eutelsat a précisé n’avoir « aucune connaissance d’utilisation de ses ressources par Daesh. »

Cependant, pour Pierre Col, un blogueur spécialiste de ces questions, le fait que les jihadistes utilisent leurs services « pourrait constituer une opportunité pour les services de renseignement de la coalition (…). En effet, les opérateurs satellite pourraient faciliter la mise en place de dispositifs pour intercepter et écouter l’ensemble des communications Internet de Daesh. »

 

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