L’ONU appelle la France à augmenter ses effectifs militaires en Centrafrique

L’organisation non gouvernementale (ONG) Amnesty International a expliqué, dans un communiqué diffusé le 12 février, que « les soldats de la force internationale de maintien de la paix ne parviennent pas à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans dans l’ouest de la République centrafricaine » et appelé la communauté internationale à « faire barrage au contrôle des milices anti-balaka et déployer des troupes en nombre suffisant dans les villes où les musulmans sont menacés ».

De son côté, la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza, qui reçoit ce jour le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a affirmé vouloir entrer en « guerre » contre ces milices anti-balaka, lesquelles sèment la terreur à Bangui et en province après être apparue comme luttant contre la rébellion Séléka, à dominante musulmane. Cette dernière, après avoir pris le pouvoir en mars 2013, s’est également rendue coupable d’exactions contre la communauté chrétienne et animiste du pays.

« Les anti-balaka, on va aller en guerre contre eux. (Ils) pensent que parce que je suis une femme je suis faible. Mais maintenant les anti-balaka qui voudront tuer seront traqués », a ainsi affirmé Mme Samba Panza, à Mbaïki, à 80 km au sud-ouest de Bangui. Le ton de la présidente de transition est encore plus rude que celui employé par M. Le Drian, qui avait évoqué l’usage de la force, si nécessaire, contre les « bandits ».  « Les anti-balaka ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent, est-ce que c’est normal ? », a-t-elle encore insisté.

Quant à savoir si une épuration éthnique est en cours, comme le soutient Amniesty International, Catherine Samba Panza ne le croit pas. « Je ne pense pas qu’il y ait d’épuration confessionnelle ou ethnique. Il s’agit d’un problème d’insécurité. Nous faisons en sorte que ce problème ne continue pas », a-t-elle estimé.

Et qui dit nettoyage ethnique dit risque de partition du pays… Une éventualité inacceptable pour M. Le Drian. « Il faut absolument l’empêcher », a-t-il dit, avant d’ajouter que « pour la France, il n’y a et il n’y aura qu’une seule Centrafrique, qu’une seule chef de l’Etat ». Et d’insister : « Toute tentative de penser autrement rencontrera l’opposition de la France et celle de la communauté internationale ».

Cela étant, l’ONU, par la voix de son secrétaire général, Ban Ki-moon, redoute le pire. « Les affrontements entre musulmans et chrétiens continuent à s’aggraver et le cycles des représailles fait planer la menace d’un génocide », a-t-il affirmé, le 11 février. « Les violences confessionnelles modifient la structure démographique du pays. Nous devons faire plus pour empêcher de nouvelles atrocités, pour protéger les civils, rétablir la loi et l’ordre, fournir une aide humanitaire et assurer l’intégrité du pays », a-t-il ajouté, avant d’estimer, devant un groupe de journalistes, que « l’éclatement de la République centrafricaine (RCA) est tout à fait possible ».

Pour éviter ce scénario, il faut, selon Ban Ki-moon, que « la réponse internationale soit solide avec un déploiement de force crédible ». Et, a-t-il poursuivi, « elle doit être suffisamment vigoureuse pour faire cesser la violence et prévenir ce qui pourrait aboutir à davantage d’atrocités ».

En clair, les effectifs militaires engagés depuis le 5 décembre par la France (1.600 personnels, opération Sangaris) et l’Union africaine (5.000 hommes, Misca) sont, selon le diplomate, ne sont pas insuffisants. Et la contribution de l’Union européenne, qui prévoit le déploiement de 500 soldats dans le cadre de la mission EUFOR RCA/Bangui, ne le sera pas davantage. Qui plus est, cette dernière ne sera véritablement opérationnelle au pire, en mai prochain, le tout avec un budget de 25,9 millions d’euros pour 9 mois (dont 3 mois pour la préparation) et avec des contributions qui tardent à venir (l’Estonie et la Finlande ont annoncé leur intention d’envoyer des troupes, de même que, bien qu’elle ne fasse pas partie de l’UE, la Géorgie, selon M. Le Drian).

Aussi, Ban Ki-moon a « invité l’Union européenne à accélérer le déploiement de sa mission militaire » et indiqué avoir « parlé avec le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius » pour demander « à la France d’envisager le déploiement de troupes supplémentaires ». Et d’ajouter : « J’exhorte d’autres Etats membres à contribuer également ».

Pour sa part, Laurent Fabius estime, selon Romain Nadal, le porte-parole du Quai d’Orsay, qu’une « mission de l’Onu devrait prendre le relais des forces françaises, africaines et européennes avant la fin du premier semestre » en faisant valoir que le « passage sous l’autorité des Nations unies permettra les ajustements nécessaires en termes d’effectifs », sans pour autant indiquer la moindre intention française d’envoyer des renforts en Centrafrique.

Lors du lancement de l’opération Sangaris, le président Hollande avait été clair : les 1.600 militaires français engagés seraient suffisants. « Il n’y en aura pas davantage, cela suffira », avait-il assuré, le 8 décembre, lors d’un entretien accordé à France 24.

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