L’inspection générale du Pentagone critique sévèrement la gestion du programme d’avion de combat F-35

Depuis qu’il a été lancé, en 2001, le programme Joint Strike Fighter – ou F-35 Lightning II – a régulièrement été critiqué par les responsables  militaires américains et certains élus du Congrès. Les surcoûts et les retard, liés aux difficultés techniques rencontrées lors du développement de l’appareil, y sont pour beaucoup. De même que la relation avec le constructeur, Lockheed-Martin, jugées exécrables il y a un an par le major-général Christopher Bogdan  le responsable du projet au Pentagone.

Au départ, l’idée était de développer un avion à un prix relativement modeste en jouant sur le nombre d’exemplaires commandés (2.443 pour les besoins du Pentagone). Seulement, au fil du temps, ce programme est devenue le plus cher de l’histoire de l’aéronautique puisque son coût de developpement est évalué à 395,7 milliards de dollars.

Au total, sur une période de 50 ans, la mise en oeuvre de cet appareil coûtera aux forces américaines la bagatelle de 1.550 milliards de dollars, une somme qui comprend le développement, l’acquisition, l’exploitation, le maintien en condition opérationnelle et la modernisation de ces appareils.

La volonté de développer trois versions d’un même appareil (classique, naval et STOVL, c’est à dire à décollage court et à atterrissage vertical), justement pour faire des économies d’échelle, explique pour une bonne part les difficultées rencontrés par Lockheed-Martin et ses sous-traitants. Une exemple : le logiciel ALIS (Autonomic Logistics Information System), indispensable pour faire voler l’appareil, compte 10 millions de lignes de code. C’est dire la complexité de ce système.

Reste que, pour l’Inspecteur général du Pentagone, il y aurait beaucoup à redire sur la façon dont est mené ce programme non seulement par Lockheed-Martin mais aussi par ses 5 de ses sous-traintants (Northrop Grumman, BAE Systems, L-3 communications, Honeywell et United Technologies).

Ainsi, dans un rapport rendu public le 30 septembre, il est reproché aux industriels de n’avoir pas mis en place des « contrôles rigoureux de qualité ». Ce qui pourrait « compromettre les performances, le sérieux et le budget du programme » F-35. L’Inspection générale du Pentagone a relevé pas moins de 343 problèmes liés à la conception et à la réalisation, lesquels sont de nature de porter atteinte à la sécurité de l’appareil.

Par ailleurs, il y est souligné que « sans un contrôle adéquat du logiciel d’exploitation (du F-35), Lockheed Martin n’est pas en mesure de remplir les critères de sécurité exigés ».

Les responsables du programme F-35 ont salué ce rapport en le qualifiant de « minutieux et d’utile » pour ensuite mieux en relativiser sa portée. Dans un communiqué, ils ont ainsi fait valoir que les problèmes signalées ne sont ni « nouveaux » et ni « fondamentaux ».

Du côté de Lockheed-Martin, l’on reconnaît que le document avait été « une alarme » et qu’il l’a conduit à être « plus rigoureux ». Le constructeur a indiqué, également par voie de communiqué, que le rapport en question est « basé sur des données datant de plus de 16 mois » et que la « majorité des actions correctives (…) ont été apportées ». En fait, 78% des 343 problèmes répertoriés ont eu une solution…

Quant à la question du dérapage des coûts, est-elle aussi grave? Etant donné le contexte économique, l’on serait tenté de répondre par l’affirmative. Mais les choses ne sont pas aussi simples que l’on pourrait le croire… Ainsi, interrogé par la commission de la Défense à l’Assemblée nationale, le Pdg de Dassault Aviation, Eric Trappier, a expliqué aux députés l’approche américaine en la matière.

« Les Américains (…) bénéficient de l’effet de masse que représentent les milliards de dollars investis par l’État fédéral. En termes de dépenses budgétaires, le F-35 n’a en effet rien à voir avec le Rafale : la force des Américains est d’avoir commencé par évoquer un avion à bas prix utilisable par les trois armes, pour finir par présenter un appareil dont la conception aura coûté très cher au contribuable. Cela fait partie de la politique économique des États-Unis : en matière d’avions de combat, plus ils en dépensent, mieux c’est pour l’économie américaine, quels que soient les dérapages en termes de coût. Il faut bien comprendre que l’industrie de la défense n’est pas qu’un consommateur de crédits. Elle a un effet vertueux, puisqu’elle permet de développer des technologies utiles dans d’autres domaines », a-t-il affirmé.

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