Quand PPDA a une guerre de retard…

Habitué de l’émission « On refait le monde » de RTL, ce 15 juin, Patrick Poivre d’Arvor a réagi à la proposition de Ghislaine Ottenheimer, rédactrice en chef du magazine Challenges, de diviser par deux les crédits militaires pour faire des économies. L’ancien présentateur du journal télévisé de TF1, que l’on peut croire bien informé même s’il n’est plus aux manettes, a ainsi livré des commentaires étonnants.

« C’est vrai que la défense nationale, est-ce qu’on ne peut pas la repenser aujourd’hui? » a-t-il demandé. Manifestement, la publication du Livre blanc sur la Défense et la sécurité national a dû lui échapper. Ou alors il l’a déjà oublié, tant il est vrai que cela fait maintenant deux ans que ce document oriente la politique de défense de la France et que la dernière Loi de programmation militaire en est directement inspirée.

« Est-ce qu’on est vraiment sûr qu’un jour les Allemands repasseront le Rhin? Est-ce qu’on est vraiment sûr qu’un jour on va, comme Napoléon, se payer les Anglais? » a-t-il poursuivi. Et d’y répondre : « Evidemment que non, ça n’arrivera jamais ». Et en effet, cela fait belle lurette, c’est à dire au moins depuis 65 ans pour ce qui concerne nos alliés allemands, que l’affaire est réglée et que ce genre de questions ne se pose plus! Les exemples cités par le journaliste pour, d’une certaine manière, critiquer les choix en matière de défense sont pour le moins caricaturaux. Au mieux, il aurait pu nous servir la menace l’armée Rouge et ses divisions blindées prêtes à fondre sur l’Europe… Une guerre de retard dites-vous? Oui, c’est même le titre de cet article.

Mais on poursuit… « Donc, mutualisons nos efforts les uns les autres. On doit faire un porte-avions franco-britannique. On va pas faire deux porte-avions l’un et l’autre ». Et bien si justement… Parce que partager un porte-avions avec les Britanniques n’est tout bonnement pas possible, du moins en l’état actuel des choses. Car nous n’avons pas, tout simplement, les mêmes avions. En revanche, qu’un tel bâtiment soit construit en coopération est autre chose.

Et des efforts ont été accomplis en matière de mutualisation, dans le cadre de la Défense européenne, lors de la présidence française de l’UE justement. Seulement, pour mutualiser, encore faut-il que les autres soient non seulement d’accord mais aussi en mesure de le faire. Et au vu des budgets militaires des pays européens, il n’y aura bientôt plus grand chose à mutualiser…

« Je pense que les chars Leclerc ne servent strictement à rien. On voit bien qu’aujourd’hui ce n’est pas comme ça que se fait la guerre. On a vu comment s’est passé la guerre au Kosovo et comment s’est passé la guerre en Irak. On sait à peu près quel type de guerre on a » a encore affirmé PPDA. Justement, c’est dans le « à peu près » que la bât blesse… Car on ignore de quoi demain sera fait et qu’il est toujours utile de préserver certaines capacités qui pourraient faire défaut le jour de la catastrophe venue. Mais bon, on fera juste remarquer que les chars lourd gardent leur utilité, et cela a été spécialement démontré par les deux conflits que le journaliste a précisément cités. Et ces matériels servent tellement à rien que les militaires suédois déployés en Afghanistan ont récemment demandé l’appui de Leopard2, à l’instar de leurs homologues canadiens et que le contingent français au Liban utilise des Leclerc pour son côté dissuasif.

« Bon la dissuasion nucléaire, elle peut rester mais on n’est pas obligé non plus de l’entretenir à grand renfort de frais » a aussi déclaré Patrick Poivre d’Arvor. Alors là, l’on ne voit pas très bien où le journaliste veut en venir. Soit on dispose d’une force de frappe à un format défini, et on sait le prix que ça coûte pour l’entretenir pour qu’elle soit crédible. Soit on la met au rencart, ou alors on fait semblant d’en avoir une, avec des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins faisant des bruits de casseroles et des avions en papier. Tout cela n’est évidemment pas sérieux et traduit une méconnaissance du sujet.

Mais le plus savoureux est pour la fin. Question de l’animateur, Christophe Hondelatte : « ça, c’est marrant, car c’est un débat (ndlr : les crédits de la défense) qui n’existe pas ». Et PPDA d’ajouter : « qui n’existe jamais ». Alors, l’on peut se demander pourquoi, du temps où le journaliste interrogeait le président de la République à l’occasion de la Garden Party du 14 juillet, ou même lors d’émissions politiques qu’il animait au moment des élections, le sujet de la défense nationale ne fut pratiquement jamais abordé, sauf en cas de crise internationale grave?

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