Les limites des frappes de drones américains au Pakistan

Etant donné que les dirigeants d’al-Qaïda et des factions rebelles afghanes se sont réfugiés dans les zones tribales pakistanaises inaccessibles aux militaires américains, les raids menés à l’aide de drones restent la seule possibilité de leur porter des coups.

On sait que ces engins sans pilote embarqué sont mis en oeuvre depuis le Pakistan, vraisemblablement par la CIA. Seulement, ces attaques ciblées contre les responsables islamistes sont loin de faire l’unanimité, notamment au sein de la population civile pakistanaise, traversée par un fort sentiment anti-américain.

« Les attaques de drones minent le consensus national » a d’ailleurs estimé, le 7 janvier dernier, le président pakistanais, Asif Ali Zardari.

Au-delà de cet aspect, l’efficacité des bombardements réalisés au moyen de drones est régulièrement remise en cause. Comme le fait le dernier rapport publié sur le sujet par la New America Foundation, un centre de réflexion de Washington, qui estime que ces raids avaient « atteint leurs limites »

Certes, ces frappes ciblées ont permis d’atteindre plusieurs reponsables djihadistes, comme par exemple Baïtullah Mehsud, le chef du mouvement taleb pakistanais, en août 2009. Mais depuis 2004, selon la New America Foundation, les 114 raids menés par les drones ont tué entre 830 et 1210 personnes, dont 35% de civils.

Alors que le recours aux engins sans pilote ont considérablement augmenté depuis la prise de fonction de Barack Obama à la Maison-Blanche – 53 en 2009, soit un peu moins de la moitié du total sur six ans – le centre de réflexion américain estime qu’elles présentent plus d’inconvénients que d’avantages.

Pour les auteurs du rapport, ces attaques n’ont pas porté de coups décisifs contre la mouvance djihadiste, de même qu’elles n’ont pas perturbé les le fonctionnement des camps d’entraînement des combattants islamistes.

Une des preuves est fournie par le cas de Najibullah Zazi, un citoyen américain d’origine afghane, accusé d’avoir préparé des attentats à New York et qui aurait « acquis ses connaissances techniques » lors d’un séjour dans un centre d’entraînement d’al-Qaïda situé dans les zones tribales pakistanaises à l’automne 2008, alors même que les attaques de drones étaient de plus en plus fréquentes.

Autre limite de cette tactique : l’élimination ciblée de dirigeants taliban ou d’al-Qaïda prive le renseignement d’informations de toute première importance. Aussi, la récente capture d’Abdul Ghazni Baradar, le chef militaire des taliban afghans, lors d’une opération conjointe de la CIA et de l’Inter-Services Intelligence (ISI), les services secrets pakistanais, qui marque, sans doute, un tournant d’Islamabad à l’égard du mouvement du mollah Omar, rendrait encore moins pertinent le recours aux drones.

Cela étant, avant de parler de « changement stratégique » du Pakistan comme l’a fait un responsable américain le 26 février dernier, sans doute faudrait-il se rappeler qu’il y a tout juste deux ans, les forces de sécurité pakistanaises avaient mis la main sur Mansour Dadullah, un chef militaire taleb pour le sud de l’Afghanistan, alors qu’il se trouvait au Balouchistan. Pour autant, cette arrestation n’avait pas permis de lever l’ambiguïté entretenue par Islamabad à l’égard des insurgés afghans.

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