Les attaques menées par des drones en manque d’efficacité

Par rapport à un avion de combat, un drone tel que le MQ-1 Predator armé par deux missiles AGM-114 Hellfire présente l’avantage de mener une frappe aérienne sans exposer la vie de son pilote, puisque l’engin est manoeuvré à distance.

De janvier 2006 à avril 2009, près d’une soixantaine de raids ont été accomplis par des drones en Afghanistan et dans les zones tribales pakistanaises afin d’éliminer des responsables d’al Qaïda. La fréquence de ces frappes s’est même accentuée depuis le début de l’année puisque 14 ont été menées lors du premier trimestre contre 36 en 2008.

Seulement, le retour d’expérience (RETEX) des différentes opérations menées à l’aide de drones n’est pas très satisfaisant : 14 dirigeants d’al-Qaïda ont été tués par ces frappes aériennes, qui ont provoqué des « dommages collatéraux ». En effet, 687 civils pakistanais qui y ont également perdu la vie, ce qui représente 50 non combattants tués pour un seul responsable de la mouvance terroriste. Au total, le taux de réussite de ces raids est de 6%.

Ces pertes parmi la population civil font que le Pakistan, dont le territoire abrite les drones américains à l’origine de ces frappes, souhaite que les Etats-Unis révisent leur mode opératoire. « Notre politique consiste à isoler les militants des tribus locales, mais les attaques de drones renforcent leur unité » a estimé, le mois dernier, Yousuf Raza Gilani, le premier ministre pakistanais.

Dans une tribune publiée par le New York Times, David Kilcullen, spécialiste de contre-insurrection et conseiller du général David Petraeus au moment où ce dernier était en Irak, et un ancien officier de l’armée américaine, Andrew Exum, ont mis en garde contre un usage abusif des drones, sans pour autant renier les avantages qu’ils offrent. « Chaque mort d’un non-combattant représente une famille hostile, un nouveau désir de revanche et plus de recrues pour un mouvement qui s’est développé de manière exponentielle, alors que les frappes par drones augmentaient » ont-ils ainsi écrit.

En fait, les drones ne sont pas à mettre en cause dans ce faible taux de réussite. En effet, pour qu’une opération soit un succès, la qualité du renseignement est primordiale. Et en l’occurrence, c’est bien cet aspect qui est mis en cause. Actuellement, les informations sont notamment fournies par des responsables tribaux afghans et pakistanais, dont certains sont tentés de régler des comptes avec d’autres tribus… La solution pourrait passer par une prise en main de ces tribus par des forces spéciales américaines afin de guider au mieux les attaques de drones. Cela a déjà été fait en 2001, lors de l’intervention visant à chasser les taliban de Kaboul.

Photo : Drone Predator (c) General Atomics Aeronautical Systems

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