Une filière irakienne en procès

Ils sont sept, tous originaires du XIXe arrondissement de Paris et âgés de 24 à 40 ans. Ils comparaissent depuis le 19 mars devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris sous l’accusation « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme. » Les membres de ce groupe, appréhendés en janvier 2005 par la DST, auraient en fait mis en place une filière de recrutement pour envoyer des djihadistes combattre en Irak.

Les accusés s’étaient déjà fait notamment remarquer en février 2004, en organisant une prière collective dans la rue lors d’une manifestation contre la loi sur la laïcité et l’interdiction du voile islamique dans les établissements scolaires et publics. Celui qui est présenté comme le chef, Farid Benyettou, qui avait 23 ans au moment de son arrestation, fréquentait, selon l’accusation, une mosquée du XIXe.

Influencé par son beau-frère, Youssef Zemmouri, un idéologue islamiste condamné et expulsé pour son appartenance au GSPC algérien, Benyettou avait la réputation, auprès de ses proches, de bien connaître le Coran, au point de donner des cours de théologie à la mosquée Adda’Wa (prédication) située dans la rue de Tanger à Paris. Seulement, Benyettou fait ses prêches à l’insu du recteur de la mosquée, Larbi Kechat, un musulman modéré, engagé dans le dialogue entre religions. Ce dernier finira par exclure Benyettou quand il apprendra la teneur extrêmiste de ses discours.

L’intervention américaine en Irak va fournir à cet agent d’entretien un motif de révolte qu’il va faire partager avec ceux qui vont être séduits par son charisme et qui vont former par la suite son groupe. Selon ses dires pendant l’enquête, Benyettou encourage alors ses condisciples à partir en Irak pour prendre part au Djihad, c’est à dire à la guerre sainte, avant de recruter d’autres aspirants djihadistes aux alentours de la mosquée Stalingrad.

De fait, une dizaine de personnes, françaises originaires d’Afrique du Nord ou immigrées, rejoignent l’Irak pour se battre contre l’armée américaine. Toujours selon l’acte d’accusation, elles auraient été embrigadées dans des groupes orbitant autour de Abou Moussab al-Zarkaoui, le chef de la branche irakienne d’Al Qaïda et qui a été tué au cours d’un raid de l’aviation américaine en juin 2006.

Pour la plupart, ces individus ont été soit blessés, soit arrêtés en Irak ou en Syrie, comme Mohammed el-Ayouni, qui a perdu un bras et un oeil lors des combats de Faloudja en 2004. El-Ayouni, français d’origine tunisienne qui s’est intéressé à la religion « du jour au lendemain », fait partie des accusés mais il comparaît libre, comme Thamer Bouchnak et Cherif Kouachi, qui avaient été interpellés juste avant leur départ pour la Syrie.

Trois autres activistes ne sont pas revenus d’Irak. Tarek Ouinis a été tué le 20 septembre 2004 lors d’un accrochage avec l’armée américaine, Abdelhalim Badjoudj s’est fait exploser dans une attaque suicide le 20 octobre de la même année. Enfin, Redouane el-Hakim est mort lors d’un bombardement à Falloujah, le 17 juillet 2004. Le frère de ce dernier, Boubakeur el-Hakim, avait été arrêté en Syrie avant d’être expulsé vers la France et de rejoindre en prison Saïd Abdellah, Nacer Eddine Mettai et Farid Benyettou, les trois autres accusés placés en détention avant leur procès.

Reconnu dans des reportages réalisés par des organes de presse français qui ont enquêté sur les camps d’entraînement des djihaistes irakiens, Boubakeur el-Hakim affirmait sans ambage vouloir « tuer tous ceux qui veulent tuer l’islam. »

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