Le surcoût des opérations extérieures devrait dépasser 1,3 milliards d’euros en 2017

Après la démission, en juillet, du chef d’état-major des Armées (CEMA), le général Pierre de Villiers, le président Macron avait assuré que le budget des Armées serait identique à celui voté par le Parlement en novembre 2016.

En apparence seulement car sur les 850 millions d’euros demandés au titre de la maîtrise des dépenses publiques au ministère des Armées, 643 millions devait financer les surcoûts des opérations extérieures (OPEX). Surcoûts qu’un financement interministériel aurait dû prendre en charge au delà des 450 millions d’euros inscrits initialement dans son budget, conformément à la Loi de programmation militaire (LPM) en vigueur.

Contrairement aux promesses faites durant la campagne par M. Macron (un budget de la défense à 2% du PIB, hors pensions, hors coûts OPEX d’ici 2025), ce mouvement s’inscrivait dans la volonté du gouvernement de faire supporter au seul ministère des Armées l’ensemble des coûts financiers, matériels et humains des opérations extérieures, le Premier ministre, Édouard Philippe, ayant parlé de pratique « beaucoup plus saine ».

D’ailleurs, il est prévu que, d’ici 2020, la provision « OPEX » soit portée à 1,1 milliard d’euros dans le budget des Armées, dont le montant devrait être augmenté de 1,7 milliard par an durant le quinquennat en cours.

Cela étant, il s’avère que les surcoûts liés aux opérations extérieures risquent d’être supérieurs au 1,1 milliard d’euros prévu. « En 2016, les OPEX avaient coûté environ 1,3 milliard » et « nous n’avons pas le sentiment que ce montant soit amené à diminuer en 2017, au contraire : à côté de la coalition au Levant, nous avons amplifié nos efforts pour reprendre Mossoul ou d’autres villes occupées par Daesh », a en effet admis Mme le ministre des Armées, Florence Parly, lors d’une audition devant les députés de la commission de la Défense, le 1er octobre.

« Je ne peux pas vous dire, à 100 millions près, ce qu’il en sera mais je suis presque certaine que nous dépasserons 1,3 milliard d’euros. Cela signifie qu’il nous manque d’ores et déjà 200 millions au moins », a ajouté Mme Parly.

Où trouver ces 200 millions? Pour l’instant (du mois lors de son audition), Mme le ministre n’en sait rien. « Je ne peux pas vous donner de réponse ferme car nous entrons précisément dans la période de négociation avec le ministère de l’Action et des comptes publics », a-t-elle dit aux députés.

« Bien sûr, compte tenu de la contribution d’ores et déjà très significative que le budget des armées apportera au financement des OPEX en 2017 – nous les avons déjà financées à hauteur d’1,1 milliard d’euros –, et du principe, énoncé par la loi de programmation militaire, selon lequel ces opérations extérieures doivent aussi pouvoir être financées par la solidarité interministérielle, vous vous doutez bien que je ferai tout pour obtenir que cette solidarité s’exprime », a-t-elle assuré.

Quant à l’idée de faire supporter l’ensemble des coûts « OPEX » au budget de son ministère, Mme Parly n’a pas montré un enthousiasme débortant. « Je ne suis pas pressée d’aller trop vite dans ce sens car j’ai l’espoir – peut-être infondé, nous verrons – de pouvoir obtenir un financement interministériel de ces opérations », a-t-elle déclaré.

Autre ombre au tableau, la sous-budgétisation des opérations intérieures (OPINT), laquelle n’a apparemment pas suscité l’attention des députés.

« En 2017, la provision au titre du ‘surcoût OPINT’ a été portée à 41 millions d’euros (+ 15 millions d’euros) uniquement sur du titre 2 (soldes). Dès lors […] le surcoût OPINT devrait faire l’objet d’une provision sincère en loi de finances, quitte à ce que celle-ci soit ajustée en cours de gestion, le cas échéant par décret d’avance ou dans le cadre d’une loi de finances rectificative », avait prévenu, en novembre 2016, un rapport du Sénat.

Or, cette année, le coût de la seule opération Sentinelle devrait avoisiner les 150 millions d’euros. Et il en sera d’ailleurs de même l’an prochain, puisque son redimensionnement, annoncé en septembre, « n’aura pas d’impact budgétaire », selon Mme Parly.

« Nous ne nous sommes pas du tout inscrits dans une logique d’économies si bien qu’en 2018, nous devrions constater une dépense de l’ordre de 150 millions d’euros, à peu près comparable à la dépense constatée les années précédentes – aux effets de progression de la masse salariale près, qui ne doivent pas être majeurs », a expliqué Mme le ministre.

Aussi, qui va payer la note, d’autant plus que le surcoût des OPINT sera sensiblement plus élevé, avec l’intervention des Armées dans les Antilles, après les catastrophes causées par la récente vague d’ouragans?

13 commentaires sur “Le surcoût des opérations extérieures devrait dépasser 1,3 milliards d’euros en 2017”

  1. Nous avons la triste impression d’écouter un disque rayé répétant inlassablement que … l’armée, est une sorte de mal nécessaire (voir l’attitude du Parlement dans les années 30’s et a triste conclusion qui en est issue !). Donc : Armée = variable d’ajustement.
    Et, ce, au moment même où se déchainent des déclarations et des décisions plus « percutantes » les unes que les autres sur Paris (et « grandes villes ») sans diesel, voire sans voiture, manifestations de joie populaire pour Paris (France ) 2024 … actions dont les coûts sont -pour le moins (ou le plus ?)- particulièrement élastiques (voir Londres, Rio et autres).
    Ah ! mais : OUI !!! c’est pour la santé des habitants, ce sont des investissements sérieux (? : voir après les divers jeux Olympiques d’Hiver comme d’été, quel est l’usage des structures mises en place à grands frais), c’est pour le bonheur de la France et l’allégresse des français.
    L’Armée, non … c’est pour la défense de notre Pays, la protection de nos biens, de notre Culture et au delà de ces besoins immédiats, c’est pour une réelle présence de la France dans le « concert des Nations ».
    Alors : Merci, Cher Monsieur De Gaulle (heureusement …) de nous avoir laissé quelques traces des grandes stratégies permises à l’époque par un Pays … un peu moins c…

  2. Je crois que nous savions tous depuis longtemps que le budget allait coincer au niveau du financement des OPEX et que les promesses du gourou n’engageaient que ceux qui y croyaient.
    Tout cela confirme que l’ancien CEMA avait vu juste.

  3. Ben elle est où la solidarité de nos partenaires européens de l UE ? Allez une petite tape sur l épaule…
    Une illustration de plus qu on ne peut compter que sur soi même.
    Pour rappel nous donnons chaque annee 23 md€ à l UE et n en recevons que 14.
    Dans leur grande générosité nos partenaires nous laissent nous demerd….
    Ces 9 mf€ seraient bien utiles pour nos armées, non ?
    La suite on la connait déjà. Alors ayons le courage de redevenir nous même…

    1. Soit…mais alors pas besoin de se plaindre de ne pas pouvoir compter sur des F 16 polonais ou des Léopards Allemands ……

  4. « « Je ne peux pas vous dire, à 100 millions près, ce qu’il en sera mais je suis presque certaine que nous dépasserons 1,3 milliard d’euros. Cela signifie qu’il nous manque d’ores et déjà 200 millions au moins », a ajouté Mme Parly. »

    Avec tout ce qu’elle s’est empiffrée à la SNCF, elle peut prendre sur elle et donner le premier million symbolique de sa poche, ça sera pas mal.
    Ensuite, elle peut donner sa démission, ça ce sera pas mal non plus.

  5. On verra dés que la situation securitaire sera plus chaude le micron jouera au chef de guerre et la politique budgétaire fera un 360 encore une fois. Le réel a la tete dure.

  6. Plus de 60 pour cent des militaires pensent à arrêter leur carrière…macron va pouvoir faire des économies…debiles. Le foutage de gueule comptable se moque du sang versé et de l honneur. Alors la réponse va etre pas d argent pas de suisse…et ce à l heure ou une toute autre approche de notre Défense et de ses moyens serait vitale vus les nouveaux dangers mondiaux et internes. Les légions ne se mettront même pas en colère elles tourneront les dos et voilà…vraiment pas réjouissant .

  7. N’est-il pas envisageable de faire un peu plus les poches des retraités, afin de financer ces OPEX dont chacun peut constater l’utilité et les grands succès, notamment contre les Russes qui sont sur le point de nous envahir depuis 1917 ?

  8. Qui va payer la note ? hé bien c’est très simple : celles et ceux qui paient des impôts : les entreprises, les consommateurs, les 50% de la population qui paient des impôts sur le revenu (c’est à dire essentiellement les ‘classes moyennes’, moteur de la société mais vaches à lait de la fiscalisation), comme d’habitude. Ce sont les mêmes qui paient tout ce qui relève de l’action publique. Et puis on prendra à l’un pour donner aux autres, comme d’habitude aussi …

    Macron avait promis une ‘revue stratégique’, pour étudier l’intérêt stratégique pour la France de chacune de ces interventions militaires. Il faut absolument le faire, et faire le tri entre les postures qui sont sans objet (comme la plupart des Opex en Afrique) et celles qui sont indispensables : lutte contre l’Etat Islamique, lutte contre le piratage, protection de l’Europe orientales, interventions de type Garde Nationale sur le territoire.

    La France est une puissance moyenne, surendettée, frappée par un chômage de masse structurel et par la désindustrialisation, et qui ne maitrise plus les immigrations. Il faut cesser de vouloir jouer à la grande puissance mondiale. Ce n’est pas être un mauvais citoyen que de dire ces évidences.

    1. La France creve d aller dans la voie du fédéralisme européen.
      La dette publique ce poids qui nous impose tous les sacrifices. Regardez ce qu elle est vraiment et au benefice de qui.
      Et enfin quelles sont les menaces en Europe orientale ?
      La maison brûle et on se pose toujours les mêmes fausses questions

  9. Il est quand même normal que les dépenses des armées soient assumées par le ministère de la Défense ….Ce qui ne va pas, c’est de ne pas prévoir que les dépenses vont en augmentant chaque fois qu’on se découvre un nouveaux terrain de jeu qui se rajoute aux autres ..!

    1. Un terrain de jeu… quelle belle expression quand on parle d’opérations extérieures où nous risquons notre vie pour protéger les vôtres

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