Le flou persiste dans les annonces faites au sujet de la hausse du budget des Armées en 2018

Fin 2016, le Parlement a voté un budget de la Défense d’un montant de 32,7 milliards d’euros, comprenant 300 millions d’euros de recettes exceptionnonnelles (REX). Soit une enveloppe en hausse de 600 millions d’euros par rapport à l’exercice précédent.

Dans ce budget, 450 millions d’euros ont été alloués aux opérations extérieures dont le coût, cette année, devrait atteindre 1,3 milliard d’euros (en prenant en compte la mission intérieure Sentinelle). Normalement, et comme le prévoit la Loi de programmation militaire 2014-2019, la différence doit être prise en charge par financement interministériel, dont les modalités sont précisées dans le cadre d’un collectif budgétaire voté en fin d’exercice.

Seulement, en juillet, le gouvernement a décidé que ce ne serait pas le cas cette année (et pour celles à venir) et que le ministère des Armées aurait donc à assumer l’intégralité des coûts liés aux opérations extérieures (et intérieures), l’obligeant ainsi à annuler 850 millions d’euros dans ses crédits d’équipements. D’où la démission du général Pierre de Villiers, le chef d’état-major des armées (CEMA), consécutive à un « recadrage » du président Macron, soucieux d’imposer son autorité à des armées qu’il estimaient alors « auto-pilotées ».

Dans la foulée, le chef de l’État a visité la base aérienne d’Istres. « Je veux que vous ayez les moyens de votre mission. (…) Dès 2018, pour nous mettre sur la trajectoire que j’ai indiquée, le budget du ministère des Armées sera porté à 34,2 milliards d’euros. Aucun autre budget ne sera augmenté », a-t-il assuré à cette occasion. Et d’insister : « Dans les dernières années, il n’y a jamais eu une telle augmentation de 1,8 milliard d’euros du budget des armées. »

Seulement, il ne faut pas être sorti de l’École de l’Air, de Navale ou de Saint-Cyr pour remarquer que les chiffres avancés ne collent pas : si on ajoute 1,8 milliard à 32,7 milliards, on obtient 34,5 milliards, et non 34,2 milliards.

C’est alors que la communication du ministère des Armées a livré deux explications quasiment identiques (la première en juillet, la seconde en août, histoire de bien enfoncer le clou). Ainsi, il fallait prendre pour référence le budget 2017 sans les recettes exceptionnelles. Soit 32,4 milliards. Et, avec la hausse de 1,8 milliard annoncée par le chef de l’État, on retrouve bien les 34,2 milliards promis.

Cela étant, cette augmentation annoncée par le président Macron, qui, durant la campagne, avait promis de porter les dépenses militaires à 50 milliards d’euros (hors pensions, hors opex) d’ici 2025, doit être relativisée, dans la mesure où l’enveloppe initiale dédiée aux opérations extérieures doit, dans le même temps passer, de 450 à 650 millions d’euros. Ce que ne prévoit pourtant pas la LPM encore en vigueur.

Lors de l’Université d’été de la Défense, la ministre des Armées, Florence Parly, a réaffirmé l’ampleur de la hausse de son budget pour 2018. « Les crédits budgétaires de la mission Défense augmenteront de 1,8 milliard d’euros. Il s’agit là d’une inflexion majeure par rapport aux hausses déjà amorcées ces dernières années : de 2016 sur 2017, le budget avait augmenté de 600 millions d’euros, effort appréciable. 1,8 milliard en 2018, c’est trois fois plus », a-t-elle encore dit, le 5 septembre.

Cependant, dans l’entretien qu’il a donné à l’hebdomadaire Le Point, la semaine passée, le président n’a pas repris le chiffre de 1,8 milliard en abordant le sujet du budget de la Défense pour 2018 (au sujet duquel il a commis un impair, en affirmant qu’il était actuellement « de l’ordre de 34 milliards d’euros »). Non, il a seulement parlé d’une « hausse historique » pour l’année prochaine.

Finalement, le Premier ministre, Édouard Philippe, a précisé les intentions du gouvernement à BFMTV, le 7 septembre. « Nous allons, l’année prochaine, augmenter, dans le budget que je présenterai, le budget des Armées de plus de 1,6 milliard. Cet effort sera poursuivi en 2019 puis en 2020 parce que le monde dans lequel nous vivons est dangereux », a-t-il en effet déclaré.

Et M. Philippe d’ajouter : « Plutôt que de multiplier les déclarations, sans doute martiales mais finalement assez vaines, nous préférons oeuvrer sur le terrain, et sérieusement. »

On pourra toujours dire que 1,8 milliard, c’est « plus de 1,6 milliard ». Mais dans, ces conditions, pourquoi ne pas avancer ce chiffre, connaissant pourtant l’habileté de la communication gouvernementale?

En outre, les augmentations annoncées pour les années suivantes sont à prendre avec prudence. Le Premier ministre n’a-t-il pas annoncé son intention de « réintégrer » les « dépenses OPEX » dans le budget des armées, ce qui, selon lui, serait une « beaucoup plus sain »? Cela réduirait d’autant leur portée…

« Qu’on ne prétende pas atteindre l’inatteignable, qui sera extrêmement dangereux, c’est-à-dire ‘le ministère des Armées, quoiqu’il arrive, prendra sous enveloppe la totalité des dépenses des opérations extérieures’. […] Un complément de solidarité interministériel (…) est extrêmement important pour montrer que ce ne sont pas les armées qui décident de leurs engagements mais que c’est bien un engagement des armées de la France qui est voulu par le gouvernement, le président et qui est validé par le Parlement », a d’ailleurs fait valoir, sur ce point précis, le général François Lecointre, le nouveau CEMA.

Quoi qu’il en soit, il est toujours curieux de faire des annonces budgétaires alors que les conclusions de la revue stratégique demandée par le président Macron ne seront connues qu’en octobre. Ce qui conforte l’idée que c’est Bercy qui commande et que les Armées devront faire avec ce qu’on leur octroie, ce qui n’est pas un signe de renouveau, terme pourtant très à la mode ces derniers mois.

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