La Turquie et l’Iran envisagent une opération militaire conjointe contre les rebelles kurdes basés en Irak

Entre les retournements d’alliances, les coopérations de circonstances, les arrière-pensées des uns et les ambitions des autres, il devient compliqué de s’y retrouver au Moyen-Orient. Prenons le cas de l’Iran et de la Turquie.

En février, la victoire sur l’État islamique (EI ou Daesh) remportée par les rebelles syriens soutenus par Ankara à al-Bab, dans le nord de la Syrie, ne fut pas vue d’un bon oeil à Téhéran, soutien du régime de Bachar el-Assad. Et les propos peu amènes tenus à l’endroit de l’Iran par plusieurs dirigeants turcs ne firent qu’accroître le malaise.

« Certains sont à l’œuvre pour diviser l’Irak. Le sectarisme et les luttes ethniques qui s’y déroulent sont à mettre sur le compte du nationalisme persan », lança le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors d’un déplacement à Bahreïn. Quelques jours plus tard, le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavusoglu, remit une pièce dans la machine en accusant l’Iran de vouloir faire de la Syrie et de l’Irak des « territoires chiites ». Ce qui valut à l’ambassadeur turc en poste à Téhéran d’être convoqué par les autorités iraniennes.

Toutefois, le mois suivant, les deux capitales prirent l’engagement d’améliorer leurs relations, en particulier dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Et, finalement, M. Çavusoglu fit un geste d’apaisement en soulignant que l’Iran avait soutenu son gouvernement « à chaque instant » de la nuit du 15 juillet « tandis que d’autres pays ont attendu des jours voire des semaines pour nous appeler après le putsch manqué. »

Ce revirement n’était pas si surprenant, à en croire les experts du Moyen-Orient. « Le grand rival historique de la Perse est l’Empire ottoman. Entre eux, la rivalité est ancienne, l’entente possible, selon les nécessités du moment. C’est le cas aujourd’hui », rappelait alors Mohammad-Reza Djalili, professeur émérite aux Instituts de hautes études internationales et du développement à Genève, dans les colonnes du quotidien Le Temps.

Et c’est ainsi que, la semaine passée, la presse turque a salué un « tournant » dans les relations entre les deux pays lors du déplacement, à Ankara, du général Mohammad Bagheri, le chef d’état-major des forces iraniennes. « Cette visite est nécessaire pour de meilleures consultations et une meilleure coopération sur divers enjeux militaires et régionaux qui concernent la sécurité des deux pays, la sécurité à la frontière et la lutte contre le terrorisme », a-t-il alors expliqué à la télévision iranienne d’Etat IRIB.

Et, visiblement, la question kurde aura été largement abordée lors des entretiens du général Bagheri avec les responsables turcs. Au point que le président Erdogan a confirmé qu’il avait été question d’une « opération commune avec l’Iran contre ces organisations terroristes », à savoir le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, considéré comme terroriste) et le Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), une formation iranienne qui lui est affiliée. Ces deux organisations ont des bases arrière en Irak.

A priori, cette offre portant sur une opération conjointe qui serait menée contre les rebelles kurdes à Sinjar et à Qandil, dans le nord de l’Irak, aurait été faite par le général Bagheri. Le quotidien Türkiye a même évoqué une « proposition surprise », ce que n’a pas démenti le président Erdogan. « Nous pensons que si nos deux pays coopèrent, nous pouvons atteindre des résultats beaucoup plus rapidement », a-t-il dit, alors qu’il était interrogé sur ce point, ce 21 août.

De son côté, le général Bagheri a précisé que les deux pays s’étaient aussi mis d’accord pour renforcer les contrôles à leur frontière commune, alors que, quelques jours plus tôt, Ankara avait annoncé le début de la construction d’un « mur de sécurité » à sa frontière avec l’Iran.

« Les actions de la Turquie et de l’Iran se complètent dans ce domaine. […] Nous sommes arrivés à de bons accords pour empêcher le passage des terroristes de part et d’autre de la frontière », a déclaré le chef d’état-major iranien, ce 21 août.

Cela étant, les autorités iraniennes ont probablement un autre objectif en tête : celui de renforcer la frontière avec l’Irak, afin d’empêcher le retour des kurdes iraniens ayant rejoint les rangs de l’EI (ils seraient entre 300 et 500 dans ce cas). D’autant plus que 4 terroristes ayant pris part aux attaques commises à Téhéran, le 7 juin dernier, étaient issues de cette minorité. C’est aussi pour cela que les services iraniens collaborent avec ceux de la province semi-autonome du Kurdistan irakien, qui entretient, dans le même temps, de bons rapports avec Ankara.

Cependant, ces relations risquent de se dégrader : l’Iran et la Turquie s’opposent à la tenue d’un référendum d’indépendance au Kurdistan irakien, prévu le 25 septembre prochain.

38 commentaires sur “La Turquie et l’Iran envisagent une opération militaire conjointe contre les rebelles kurdes basés en Irak”

    1. Le programme de soutien des forces rebelles syriennes en question est connu pour être un échec depuis au moins 2013/2015…
      Car déjà à l’époque des rebelles syriens formés et armés en Turquie passaient dans les rangs d’Al Nosra dès leur retour en Syrie.
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      Donc mis à part ouvrir des portes ouvertes depuis 2013/2015, cet article du New York Times ne nous apprend pas grand chose sur les événements conséquents à ce calamiteux programme de la CIA qui n’était pas réellement « secret ».
      https://www.nytimes.com/2017/08/02/world/middleeast/cia-syria-rebel-arm-train-trump.html
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      Sinon, ça n’a aucun rapport direct le sujet de cette entente annoncée en Turquie et Iran au sujet du Kurdistan.

  1. Les kurdes, prochain conflit après Daesh, ils sont tous contre eux et tous les pays ont des intérêts a combattre les Kurdes, qu’ils soient du PKK ou non.
    La Syrie d’Assad sait très bien que tout une partie de son pays est sous l’autorité kurde, en Irak on fait face a une potentielle indépendance, en Turquie on est en guerre depuis des années et on craint un état kurde qui finirait par influencer sa propre population kurde, de même pour l’Iran.
    Une indépendance kurde en Irak risquerait fortement de voir l’Irak, l’Iran et la Turquie agir militairement, le seul obstacle pourrait être le rôle des américains ou d’autres pays, notamment du Golfe, ces derniers seraient susceptibles de profiter du cas kurde pour contrer une influence chiite mais également turque à défaut d’autres choses.
    Moi j’ai des doutes, de gros doutes sur un retour à la normale dans cette région, le bordel ne tourne pas juste autour de Daesh.

    1. @Polymères
      « le bordel ne tourne pas juste autour de Daesh »
      Evidement !
      Eradiquer Daesh, ne va pas clore les hostilités dans la région.
      Y’a par exemple des kurdes iraniens qui sont venus soutenir les kurdes irakiens contre daesh !
      Pas simple, c’est une méga pagaille, et on a déjà vu quelques retournements de positions dans la région, Russie-Turquie ou Turquie-Qatar
      Alors que Qatar et Arabie Saoudite qui sont théoriquement des alliés se détestent.
      Et puis la guerre au Yémen montre que l’Arabie Saoudite ne va pas laisser grignoter son influence, ou regarder celle de l’Iran se rapprocher de ses frontières !

  2. Tiens nous observons un axe Ankara/Moscou/Damas/Téhéran et disons-le Bagdad se mettre en place.
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    Comme quoi SS Erdogan ou « Super Sunnite » peut mettre beaucoup de lait dans son thé concernant ses rapports avec les chiites.
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    Si Ankara et Téhéran passent à l’acte en Irak, le seul vainqueur au terme de cette nouvelle instabilité, sera Daesh.
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    Côté iranien, difficile de croire que l’Iran donne une nouvelle occasion réouvrir un cycle de sanctions internationales.
    Côté turc, il ne s’agit que d’un bluffe de plus, vu que la Turquie annonce une intervention en Irak depuis 2015 sans jamais rien concrétiser en dehors de présences négociées aussi bien en Irak qu’en Syrie d’ailleurs (avec la bénédiction russe).

    1. @s.b seguin
      cet axe existe depuis plus d’un an. Les sr syro/russes, irakiens, iraniens et turcs se rencontrent régulièrement dans une structure mise en place à cet effet (opération room)
      Il arrive que d’autres services soient « invités ». Les égyptiens l’ont été.
      Les grands vainqueurs de cet interventionnisme seront les régimes en place : turc, irakien, iranien et probablement syrien. Les grands perdants seront les kurdes sauf si par miracle ils arrivent à s’unir. Et victimes collatérales…les soutiens des kurdes.

      1. Non seulement ce serait une victoire à la Pyrrhus jyb,
        mais en dehors de la Turquie, elle ne réglera pas le problème sunnite pour ces lesdits régimes chiites en place.
        À moins que ces populations sunnites soient « incitées » à quitter Syrie et Irak.
        On verrait dès lors jusqu’où tiendrait la concordance avec la Turquie.
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        Plus clairement, se débarrasser du pivot kurde qui aura été incontournable pour les victoires emportées sur Daesh depuis 2015 et celles qui se dessinent, sera une grande erreur.
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        Anéantir les espoirs kurdes sera également synonyme de risquer la radicalisation d’une nouvelle population de tradition sunnite.
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        Mais concrètement jyb,
        des unités de l’armée iranienne intervenant dans le nord de l’Irak n’est pas concevable avant le départ des troupes US occidentales.
        Vous noterez déjà que les unités turques déjà présentes depuis 2015 dans le nord de l’Irak sont restées bien discrètes.
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        Soyons déjà réalistes sur ce point au delà des annonces de propagande.

      2. au rythme où vont les choses avec tout ce foutoir on peut dire qu’on en sait RIEN !!!
        Un jour c’est blanc, le lendemain noir et le surlendemain on ne sait pas !
        Seule chose à savoir, nous vivons dans un monde de fous, de cinglés et de tarés !
        Plus il y a de joueur plus ça risque d’exploser « grave »
        Alors savoir qui est qui, qui fait quoi, comment et où, même Dieu s’il existe ne le sait pas !
        c’est vous dire la complexité du problème !
        Chacun fait ses prechi precha pour sa paroisse et son lopin de terre, pour un même dieu qui lui même ne s’y retrouve pas alors nous pauvres petits humains …. que penser ??
        en tout cas personne ne détient la clé dans ce M-O sans dessus dessous.

  3. après avoir réalisé le génocide arménien les trucs s’appretent à en faire de meme avec les Kurdes. Et après ils diront que c’est faux, que c’est une légende et qu’il n’y a aucune preuve.

  4. Nous y voilà : maintenant on va s’en prendre au Kurdes, comme prévu … Que va faire la glorieuse coalition, dont la nation des Droits de l’Homme ? Rien.

  5. En dehors de l’inimitié ottomane-perse, ça ne choque personne qu’un menbre de l’OTAN s’allie avec les perso-iranniens?
    Et la dénonciation à peine voilée « des capitales qui n’ont pas soutenus directement le putsch-purge d’Erdo kon envers l’Europe et les US?
    On peut répéter mille fois le rôle stratégique pour l’alliance de la turquie mais qu’attend t’on pour les virer.?!?.

  6. Les grandes manoeuvres anti-kurdes commencent.Maintenant on va voir ce que vont faire les Américains et les Occidentaux.Je ne me fait pas d’illusions,après s’en être servi,ils vont les abandonner comme en 1920.

  7. L’énorme pari d’Erdogan prend forme. Après son entente avec les Russes, s’il parvient à coopérer avec les Iraniens, même de manière limitée dans le temps et l’espace, il aura réalisé l’un des pivots stratégiques les plus impressionnant de notre histoire récente.
    Et il a raison. Les pseudo-experts voient l’émergence du Kurdistan comme la solution aux problèmes de la région, alors que ce serait un facteur de déstabilisation pour des décennies…

  8. L’Orient est compliqué.
    Il faut cependant savoir que le tanzim Qaeda fi bilad al Rafidayn (Al-Qaeda en Iraq) d’ABou Moussab al Zarkawi était principalement constitué de Kurdes, formés en Afghanistan. Certain ont formé Ansar Al-Islam, un groupe d’Al Qaeda kurde, jugé très efficace. Une grande partie de ce groupe Tanzim Qaeda est devenu l’état Islamique (ISIS), appelé Daech. D’ailleurs Abou Bal Baghdadi était un des lieutenants de Zarkawi, dans le district de Baghdadi à la frontière de la Syrie, dans la vallée du Houran (il n’a rien à voir avec la capitale Baghdad). Il était responsable des flux logistiques en 2004-2007, de jihadistes et de matériels depuis la Syrie (à l’époque, le gouvernement Syrien était très « cool » pour laisser passer les jihadistes vers l’Iraq et ainsi affaiblir un voisin dangereux ainsi que les forces américaines). Rien de surprenant donc sur la présence de Kurdes au sein de Daech.
    L’offensive de 2014 peut d’ailleurs laisser assez perplexe sur le comportement des peshmergas, très attentistes, puis plus offensifs une fois attaqués par les forces de l’état islamique.

    Il ne faut pas se leurrer : Iran et Turquie sont adversaires dans la région. Et leurs intérêts sont divergents. Mais face à la menace immédiate d’un état kurde, ils vont unir leurs forces. Et sur ce point, je ne serai pas surpris que les gouvernements de Bagdad et de Damas les aident dans leur projet….

  9. C’est vraiment un bordel sans nom le moyen-orient… et l’ingérence occidental selon moi n’aide pas beaucoup, il faudrait les laisser se péter la gueule entre eux jusqu’à que les plus forts l’emporte et que la carte deviennent plus facile à lire ^^…. qu’il n’y est plus un million de p’tit groupe par-ci par là.
    Mais c’est peut-être ça la stratégie américaine, qu’il n’y pas de puissance musulmane qui émerge de cette endroit, mais qu’ils soient complètement divisé …. pour mieux régner… hihihi

  10. Selon les estimations de l’ONG britannique Airwars, les bombardements de la coalition internationale anti-Daech dirigée par les États-Unis ont fait plus de 8.000 morts parmi les civils à Mossoul.
    Les calculs de l’organisation, basés sur les données fournies par les militants locaux des droits de l’homme, dépassent de loin le bilan officiel des victimes présenté par Washington qui affirme que les frappes réalisées par la coalition en Syrie et en Irak n’ont fait que 624 morts parmi la population civile.

    La région de Mossoul
    © REUTERS/ GORAN TOMASEVIC

    Dans le même temps, le directeur du groupe Airwars Chris Woods souligne que les évaluations de l’organisation seraient dans les faits «bien inférieures» aux chiffres réels.

    1. Bonjour monsieur « ViveLa France »
      .
      Il faut d’abord se demander qui étaient ces « militants des droits de l’homme » sous les raids alliés à Mossoul.
      .
      Il n’y avait aucun militant des droits de l’homme à Mossoul sous les raids alliés ou dans les rangs des troupes d’élite de l’armée irakienne, seuls capables de témoigner.
      Ne serait-ce pas plutôt des militants au service de la propagande de Daesh?
      C’est bien la preuve que cette information démontre que cette ONG britannique n’est en rien crédible.
      .
      Qui dit militant des droits de l’homme dit militant pour qui militer peut l’affranchir de la réalité au service de son idéologie.

  11. « cette offre portant sur une opération conjointe qui serait menée contre les rebelles kurdes à Sinjar et à Qandil, dans le nord de l’Irak »
    Donc, pour résumé, la Turquie et l’Iran se mettent d’accord pour intervenir militairement dans le kurdistan Irakien qui veut son indépendance sous le prétexte de lutter contre des kurdes terroristes qu’ils vont différencier comment des autres kurdes ?
    Le gouvernement irakien est au courant ?
    On n’a pas envoyé des tonnes d’armes aux kurdes irakiens pour lutter contre Daech ?

    1. environ 2000 soldats turs stationnent sur le sol irakien depuis 2010, au Kurdistan. Bagdad n’a jamais protesté.
      Concernant les Kurdes, ils sont loin d’être unis, et on peut même dire que certains kurdes pourraient aider le projet turc et iranien. Par exemple l’UPK, très proche de Téhéran, pourrait bien apporter son aide contre ses adversaires kurdes du PDK ou du PKK

        1. Oui, ils s’en sont plaints plus fois très officiellement. Erdogan est un bourrin, il s’en tape et profite d’être membre de l’OTAN, qui fait que les Etats-Unis et l’Europe, peuvent grogner, mais sur le fond laissent faire. Mais il sait aussi qu’il ne peut pas aller trop loin, donc lui aussi grogne et menace !

  12. Les turcs et les iraniens partagent une frontière d’un peu moins 500 kilomètres. La turquie construit « unilatéralement » un mur de sécurité contre les séparatistes kurdes. Ce mur doit à l’issue mesurer 150 kilo.
    Pour info : la turquie construit aussi un mur entre son territoire et la syrie (690 kilo sur 830 sont érigés)
    Il faut bien comprendre la portée de cette possibilité (parce que ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres) D’abord notons qu’on ne parle pas des irakiens…Ils sont discrètement dans la boucle.
    Ni des syriens, qui s’ils ne sont pas impliqués pourront et sauront tirer les marrons du feu.
    Cet interventionnisme profite aux pouvoirs en place en affaiblissant les kurdes et leur soutien. En premier lieu les usa qui vont devoir à un moment ou à un autre dire qu’elle est leur position à l’égard des kurdes (et de quels kurdes ?) Le risque étant pour eux de se retrouver devant les mêmes contradictions qu’avec les rebelles syriens lors de l’accord kerry/lavrov. En second lieu les russes, qui font tampon entre turcs et kurdes mais dans un secteur moins exposé.
    Quelles qu’ont été les brouilles et les annonces au sommet entre turcs et iraniens, au niveau opérationnel les contacts entre syriens/russes, irakiens, iranien et turcs à baghdad se sont maintenus.

    1. Vous avez raison avec les américains, leur position est complexe sur le dossier kurde.
      Ils en ont fait des alliés, ils pourraient voir d’un bon oeil un état kurde, mais ils devraient faire un peu comme pour Israël, celui ou l’on impose envers et contre tous, un état que personne ne veut hormis bien entendu les principaux concernés, la population kurde.
      Un état kurde c’est une solution, mais aussi un problème, car cette solution, si elle conforterait toute une population, elle affaiblirait tous les pays voisins, des pertes territoriales, économiques, d’influence, humaines qui ne concernerait pas seulement des kurdes.
      Il y a quelques années, lorsque les américains avaient 100 000 hommes en Irak et qu’ils contrôlaient le pays, il aurait été difficile pour les autres de s’opposer a une force militaire qui était très clairement en mode « guerre ». Mais désormais ils sont presque étranger aux enjeux géopolitique, 5-6000 hommes sur l’Irak et la Syrie.Mais les américains gardent tout de même une capacité à imposer une nouvelle donne stratégique dans l’ensemble de la région, même si pour cela ils se froisseront avec la Turquie, l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Russie.
      Soit les américains (je pense que ce sera comme ça) jouent à l’apaisement et chercheront des accords en maintenant une certaine présence afin que les intérêts kurdes soient respectés dans des négociations, une position qui ne favorisera pas un état kurde, mais plutôt de continuer sur un principe d’autonomie élargie.
      Soit les américains (j’en doute mais ne sait-on jamais) se lancent pleinement à soutenir la création d’un état kurde, pour lequel ils seront, comme pour Israël, un garant de sa sécurité.Les américains ayant des alliés locaux du Golfe, mais aussi d’Israël et d’Europe qui pourraient apporter du soutien sous diverses formes.Les pays de la région l’auront de travers, mais ce sera comme ça.
      En dehors de ces 2 choix qui s’imposent au pouvoir américain, il reste la 3e (qui arrive très souvent), celle de l’inconnue et d’une gestion d’événements non contrôlés, que ce soit une déclaration unilatérale des kurdes envers les avis américains, une action militaire d’un belligérant.
      Faudra attendre la victoire sur Daesh en Syrie et en Irak pour qu’on passe a une autre étape dans cette région, la question kurde, mais aussi du côté des rebelles en Syrie en plus de la présence turque, là aussi il peut y avoir beaucoup de frictions et de chamboulements.

  13. Vite, vite : il faut faire une prise d’arme pour remercier les Kurdes de leur aide efficace aux côtés de la coalition, et puis à la fin leur déclarer « et maintenant démerdez vous » !

  14. @Laurent Lagneau
    .
    Et, sans surprise, cette histoire est déjà formellement réfuté par l’Iran : http://english.almanar.com.lb/331340 (média officiel du Hezbollah libanais)
    .
    « In the statement issued on Tuesday, the IRGC announced that it has no plan to conduct any operations outside Iran. »
    .
    Il faut vraiment faire gaffe avec les médias turcs. Ils vivent dans une espèce de bulle où la Turquie est au centre du monde et ils ont une fâcheuse tendance à (se) raconter n’importe quoi. Je ne dis pas ça par anti-turquisme ou anti-erdoganisme primaires mais par expérience. Il règne une espèce de complexe de supériorité dans certains milieux en Turquie qui est vraiment bizarre, bien au delà du chauvinisme qu’on peut trouver dans un peu tous les pays. C’est très frappant. Et ça ne date pas d’Erdogan, d’ailleurs.

    1. Moi, ce qui m’a fait peur, c’est qu’à un moment j’ai cru que vous parliez de la France.
      .
      Surtout ce passage: « Il faut vraiment faire gaffe avec les médias turcs. Ils vivent dans une espèce de bulle où la Turquie est au centre du monde et ils ont une fâcheuse tendance à (se) raconter n’importe quoi. »
      .
      Et celui-là aussi: »Il règne une espèce de complexe de supériorité dans certains milieux ».
      .
      C’est là que j’ai eu une hésitation coupable.

      1. Ah, non. C’est encore tout à fait autre chose que nos petites franchouillardises bien de chez nous. Et pourtant, Dieu sait qu’en France, on en a des gratinés dans le genre coquelets à trois plumes en train de chanter les deux pieds dans la m**de…
        .
        Non, côté chauvinisme et égos surdimensionnés, les turcs dont je parle sont proprement « de l’espace », complètement détachés de la réalité. Et si vous avez le malheur d’opposer la moindre remarque, le moindre « bémol » comme disait l’autre, vous avez le droit à un numéro complètement dingue de vertu offensée et de fierté blessée, tellement ils sont convaincus d’avoir raison et que la justesse de leurs vues et la rectitude de leur vision du monde devraient être totalement évidente à tout le monde.
        .
        Alors, bon, après deux ou trois essais de réintroduire une modeste dose de réalisme dans leurs raisonnements, vous laissez tomber et vous les laissez braire. Après tout, c’est surtout eux qui se font mal quand, inévitablement, la réalité leur retombe sur le coin de la gueule.

    2. Le rêve d’un Empire ottoman reconstruit par le führer Erdogan 1er, c’est flagrant depuis le coup d’état manqué, l’Europe redevient une cible de choix. L’islamisation rampante de la société turque, les arrestations arbitraires des uns et des autres plutôt démocrates et érudits , journalistes, avocats, médecins, professeurs….. etc montre à quel point ce Erdogan a peur du savoir, de la culture comme tous les dictateurs qui peuplent cette planète.
      Ces dictateurs viennent rarement de familles érudites, aisées, le caniveau semble être leur point de départ et leur destination.

  15. Ce cas de figure est très redouté à Washington.
    Il implique la participation d’un pays de l’OTAN aux côtés de la République Islamique d’Iran pour contrer des alliés (outils) de Washington dans une région où toute la stratégie américaine a été mise en échec par l’émergence d’un nouveau pôle de puissance.

  16. Mince, toute ma belle théorie sur ce p….n de pipeline (à l’origine de tout ce bordel), tombe à l’eau!!! Snif.
    Plus sérieusement j’espère que la coalition va s’impliquer militairement pour défendre les kurdes. Après tout ce serait les seuls musulmans de la région à séparer le temporel du spirituel. Ce qui reconnaissons le va dans notre sens…
    Et quelle honte ressentirai-je si nos gouvernants leur tournait le dos après tout ce que ces gens ont donnés.

    1. Non je ne crois pas, il suffit de voir tous les efforts déployés par les USA pour contrôler les sources d’approvisionnement en gaz de l’Europe.Les dernières mesures de sanctions prises aux USA en est la démonstration très concrète. Elles concernent essentiellement le fameux « nord stream 2 ». les USA veulent à tout prix couper le cordon entre Europe et Russie. D’où la confrontation en Syrie pour contrôler le passage du gaz du golf vers l’Europe. Le truc pour les USA est, tout sauf la Russie…. D’autant que la découverte de vaste champs de gaz en méditerranée, depuis l’ouest de la Grèce, le sud de la Crête, le large du delta du Nil et le large de Gaza jusqu’au sud de Chypre. Toutes ces nouvelles sources de gaz vont mettre à mal le gaz du golf qui doit voyager par bateau pour arriver en Europe. D’où une convergence d’intérêts entre le golf et les USA. reste tous les jeux d’acteurs du secteurs qui veulent exister, la Turquie qui n’a pas accès à ces champs de gaz, même à Chypre, et qui va devoir regarder passer les tuyaux de gaz en dehors de son territoire. Il faut se souvenir du projet pipeline « nabuchodonosor » il y a une bonne dizaine d’année et sans doute des projets de tuyaux envisagés si la Syrie était tombée. Il est possible que le Qatar ait passé un deal avec les Russe et l’Iran pour exister dans un nouveau jeu (tentative coup d’état…). La Russie a accordé une prise de participation importante dans Gazprom au Qatar il y a quelques mois…. La Russie joue une part de sa survie en défendant son accès au marché européen. C’est pourquoi elle veut s’émanciper du passage des tuyaux en Ukraine en doublant le nord stream au nord et en passant par le south stream au sud en dealant avec la Turquie et la Grèce.
      Donc les tuyaux jouent un rôle très importants qui se conjuguent avec d’autres éléments de complexité. Route de la soie chinoise qui va passer dans le secteur et contrôle du moyen orient qui a toujours été un enjeu géo-stratégique de premier ordre.

      1. Le golfe, et non le golf à trous….désolé…
        La Russie, à vouloir toujours s’opposer à nos modèles par la force vient de se coller une balle entre les deux yeux, tout le monde à modèle démocratique s’en méfie et la fuit, ce n’est bon pour personne mais au moins cela a le mérite d’affaiblir un autre dictateur, Poutine. Son marché principal pétrolier, l’Europe, lui échappe, son recentrage sur la Chine ne parait pas bien évident tant la Chine ne se laissera pas conter fleurette, Chine qui veut filer vers des énergies renouvelables et en devenir le leader.
        L’épreuve de force point à l’horizon avec une Russie diminuée économiquement et militairement, sauf à utiliser le nucléaire, certains dont il faut taire les pseudos le souhaiteraient même ici….
        Pas sûr que la Chine veuille aussi aller à l’affrontement avec l’occident tant les implications économiques et financières sont imbriquées, elle aurait énormément à perdre, comme nous. La Chine doit composer avec un président américain totalement imprévisible et tellement versatile… !! Difficile pour Xi Jinping

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