Imbroglio franco-italien au sujet de STX France, stratégique pour la construction navale militaire

Quand le groupe sud-coréen STX Offshore and Shipbuilding fut mis en redressement judiciaire, les autorités françaises se montrèrent inquiètes au sujet de l’avenir du chantier naval STX France étant donné son importance stratégique : il est en effet le seul à être en mesure de construire des navires militaires au tonnage important, comme un porte-avions ou un Bâtiment de projection et de commandement (BPC).

Aussi, le gouvernement avait prévenu : il aurait son mot à dire sur l’identité d’un éventuel repreneur. Il s’agissait alors de voir tomber STX France dans les mains d’un groupe chinois. Finalement, en janvier, le tribunal de commerce de Séoul annonça que seul l’industriel italien Fincantieri était sur les rangs pour racheter le chantier naval français. Restait à se mettre d’accord sur le tour de table.

Après trois mois de négociations entre Paris et Rome, il fut convenu d’attribuer 48% des parts de STX France à Fincantieri et 7% à la Fundazione CR Trieste, par ailleurs proche du constructeur naval italien. Les intérêts français étaient préservés, avec le maintien au capital du chantien naval de l’État, via bpiFrance, à hauteur de 33%. Enfin, Naval Group (ex-DCNS), devait prendre une participation d’environ 12%.

En outre, cet accord accordait un droit de veto à l’État français et interdisait à Fincantieri de disposer de la majorité des parts de STX France pendant 8 ans. Et l’on croyait que l’affaire était ainsi entendue…

Seulement, les élections, en France, ont changé la donne. Le 31 mai, le président Macron a en effet demandé à ce que cet accord soit « revu ». Pourquoi? Parce que, a expliqué Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, « la base participative qui avait été envisagée par le précédent gouvernement ne garantissait pas suffisamment les intérêts stratégiques des chantiers navals de Saint-Nazaire. »

Du coup, Paris entend désormais changer les équilibres qui avaient été trouvés dans le cadre de l’accord trouvé en avril dernier. Dans le nouveau montage proposé par Paris, il est question d’accorder une part du capital de STX France aux salariés du chantier naval. Soit, si l’on comprend bien, celle qui devait revenir à Fundazione CR Trieste.

« Pour sécuriser l’avenir de STX, nous pensons que le mieux est d’avoir un partage 50-50 : 50 pour Fincantieri et 50 pour les détenteurs français du capital », a dit M. Le Maire, le 25 juillet, lors d’une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat. « Ce choix signifie deux choses: que nos amis italiens sont bienvenus, mais que nous souhaitons rester à part égale dans le capital de STX », a-t-il ajouté.

Sauf que la pertinence de cet argument de saute pas aux yeux étant donné que l’actionnaire sud-coréen de STX France disposait, depuis 2010, de 67% du capital. Bien loin donc des 55% promis à la partie italienne (en comptant Fincantieri et la Fundazione CR Trieste). C’est d’ailleurs ce que n’a pas manqué de faire valoir Giuseppe Bono, le Pdg du constructeur naval transalpin.

« Notre objectif est un objectif industriel et non politique », a ainsi répondu M. Bono. « Nous sommes Italiens et Européens et on ne peut pas être traités moins bien que les Coréens », a-t-il ajouté, avant de préciser que son groupe n’a pas besoin de STX France « à tout prix ».

Pour Rome, la proposition française est inacceptable en l’état. Les autorités italiennes sont disponibles » pour parler avec Paris et modifier cet accord, mais seulement si « deux conditions sont respectées » : que « Fincantieri ait la majorité du capital, même de peu, comme par exemple 51%, et le contrôle du conseil d’administration afin d’assurer une gouvernance adéquate », a expliqué une source ministérielle transalpine à l’AFP.

Devant le refus italien de revenir sur ce qui avait été dit, M. Le Maire a remis une pièce dans la machine en évoquant, ce 26 juillet, sur les ondes de France Infos, une possible nationalisation de STX France.

« Nous souhaitons pouvoir maintenir un contrôle à 50-50 avec nos amis italiens, sur l’avenir de ces chantiers, sur l’emploi, sur le développement du territoire », a rappelé le ministre. Mais, a-t-il continué, « si jamais nos amis italiens refusent la proposition honnête qui leur est faite, l’Etat exercera son droit de préemption », en rachetant « les parts » que Fincantieri devait acquérir.

Alors que le gouvernement a fait les fonds de tiroir pour recapitaliser Areva et faire face à des « dépenses urgentes » en opérant des coupes budgétaires (dont 850 millions sur les investissements dédiés aux équipements des Armées), comment fera-t-il s’il doit nationaliser STX France?

Cela étant, il faut prendre en compte un autre acteur dans ce dossier. Le Télégramme de Brest a indiqué, le 19 avril, qu’un autre projet de reprise était sur la table, à savoir celui des armateurs Royal Caribbean Cruise Line (RCCL) et Mediterranean Shipping Company (MSC), c’est à dire les principaux clients de STX France, avec 10 paquebots en commande ferme et au moins quatre autres en attente de confirmation. Le tout pour 12 milliards d’euros.

Selon ce projet, RCCL et MSC, dont l’actuel secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, a été le directeur du budget après le départ d’Emmanuel Macron du ministère de l’Économie, en août 2016, proposent de prendre chacun 20% des parts de STX France. L’État conserverait 33% des actions et Naval Group entrerait au capital à hauteur de 15%, le reste (10%) devant revenir aux salariés du chantier naval.

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