Accord entre Rome et Washington sur l’utilisation de la base de Sigonella pour des opérations en Libye

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Selon le Pentagone, le raid mené le 19 février par des F-15E de l’US Air Force contre un bâtiment abritant des membres présumés de la branche libyenne l’État islamique à Sabratha, à l’ouest de Tripoli, a empêché de nouveaux attentats en Tunisie.

Ainsi, comme l’a expliqué Jeff Davis, un porte-parole du Pentagone, le camp visé était « concentré sur des entraînements pour mener des opérations, le type d’opérations que l’on a vu en Tunisie ». Et d’ajouter : « Nous sommes certains que (…) la frappe a empêché une tragédie plus grande avec une quelconque sorte d’attaque extérieure. Le type d’entraînement qu’ils [les jihadistes] ainsi que la proximité avec la frontière tunisienne suggèrent qu’un forfait de plus grande envergure était en préparation ».

Ce raid, qui a probablement permis d’éliminer Noureddine Chouchane, un cadre de l’EI suspecté d’avoir planifié les attentats du Bardo à Tunis et de Sousse en 2015, aurait fait une cinquantaine de tués dans les rangs jihadistes. Toutefois, il a été « condamné » et « réprouvé » par le gouvernement libyen installé à Al-Bayda (est) et reconnu par la communauté internationale.

Ces raids, a affirmé le gouvernement reconnu, sont une « violation flagrante de la souveraineté de l’État libyen et des conventions internationales ». Et de déplorer qu’ils aient eu lieu « sans coordination ou discussion » préalable avec les autorités libyennes.

Mais, le raid de Sabratha n’a pas été le premier à être mené par l’aviation américaine. Et, a priori, il ne sera pas non plus le dernier. Déjà deux frappes ont visé des cadres jihadistes en Libye, la première contre Mokhtar Belmokhtar, « l’émir » d’al-Mourabitoune, lié à al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), la seconde contre Abou Nabil, le chef présumé de la branche libyenne de Daesh.

Ces trois frappes ont été effectuées par des F-15E, basés au Royaume-Uni, et non par les drones américains déployés sur la base italienne de Sigonella, en Sicile. Et pour cause : Washington n’avait pas l’autorisation des autorités italiennes pour les utiliser.

Mais cela va changer étant donné que Rome a donner son accord pour que les drones américains puisse être sollicités pour des frappes en Libye depuis Sigonella, à la condition, toutefois, d’en informer les autorités italiennes au préalable. Ces dernières auront leur mot à dire sur l’opportunité de ces raids et de s’y opposer, le cas échéant.

Les États-Unis « devront demander à notre gouvernement chaque fois qu’ils voudront utiliser un moyen en partance de Sigonella », a précisé Roberta Pinotti, la ministre italienne de la Défense, dans un entretien donné au quotidien Il Messaggero.

Ces frappes éventuelles seront limitées aux opérations nécessaires « en dernier ressort » pour la « protection des installations et du personnel américain  et de toute la coalition » en Libye et « dans toute la zone », a développé Mme Pinotti.

« Ce n’est pas une décision liée à une accélération concernant la Libye », a encore ajouté Mme Pinotti, alors qu’il est question d’une possible intervention occidentale contre la branche libyenne de Daesh, à la condition qu’il y ait la formation d’un gouvernement d’unité nationale à Tripoli. Ce qui n’est pas encore le cas. « Jusqu’à présent, les drones n’ont pas été utilisés dans des interventions armées et nous n’avons reçu aucune demande en ce sens » et « aucune décision opérationnelle n’a été prise », a-t-elle encore indiqué.

10 commentaires sur “Accord entre Rome et Washington sur l’utilisation de la base de Sigonella pour des opérations en Libye”

  1. La guerre est toujours une question d’argent et plus on intervient de loin, plus cela coûte cher même pour les Américains . A un moment il n’y a plus d’argent ou des élections et alors on laisse tomber !
    Si la Libye tombe aux mains des islamistes , l’Italie sera la première visée par la vague migratoire que DAESH utilise comme première frappe , a moins d’être débiles ils ont intérêt à ce que la Libye soit leur champ de bataille et pas leur propre territoire .

  2. Il semblerait que les américains aient déployé les drones de Sigonella dans le cadre de la frappe a Sabratha, sans que les officiels gouvernementaux italiens ne soient mis dans la boucle de bout en bout.
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    Cet accord permet aux USA de se servir de leurs drones en Italie, uniquement après l’accord adhoc des italiens, et il est attendu que les italiens soient maintenant mis dans la boucle a chaque fois que ces moyens seront employés. A priori, au vu des déclarations italiennes,ceci s’applique aussi pour les missions de reconnaissance, sauf information contraire (?).
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    Depuis longtemps, la position de l’Italie, portée par Matteo Renzi, sur le dossier syrien est quasiment identique a celle de l’Algérie et de la Tunisie, et pour cause ils sont en première ligne en cas de dérapage.
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    Les italiens ne veulent pas d’un autre fiasco en Libye comme celui de 2011, et le font savoir. Ainsi, les précision de Mme Pinotti prennent tout le sens (« Ce n’est pas une décision liée à une accélération concernant la Libye »).
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    Cet accord n’est pas une facilitation que les italiens donnent aux américains…
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    Cet accord signifie un droit de VETO italien sur l’utilisation des moyens militaires américains déployés chez eux en rapport avec la situation libyenne…

    1. Les italiens sont également les promoteurs cycliques (*) ou récurrents d’une intervention terrestre de l’OTAN en Libye sous leadership italien.
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      Plusieurs annonces véhémentes suivies de rétropédalages non moins spectaculaires à l’image de Hollande pour la Syrie en juillet-aout 2013…
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      « …Depuis longtemps, la position de l’Italie, portée par Matteo Renzi, sur le dossier syrien est quasiment identique a celle de l’Algérie… »
      Renzi occupe son poste que depuis février 2014, donc pas si longtemps que ça et partagée entre soutiens à la France de Renzi, déclarations de Boldrini et position du Sénat, nous retrouvons une Italie dépourvue de réelle ligne directrice concernant la Syrie.
      http://www.franceinfo.fr/actu/monde/article/coalition-contre-daech-renzi-apporte-le-soutien-de-l-italie-747873
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      http://www.mondialisation.ca/le-senat-autorise-lintervention-militaire-italienne-en-syrie/5418534

      1. J’ai fait une typo involontaire dans mon post précédent.
        J’aurais du écrire:
        « la position de l’Italie, portée par Matteo Renzi, sur le dossier LIBYEN est quasiment identique a celle de l’Algérie, de la Tunisie, .. »
        Il n’était pas dans mon intention d’évoquer la Syrie ici.

      2. Le simple fait de citer mondialisation.ca porte le discrédit sur votre propos… ^^

        Juste pour information, l’Italie n’a pas fait de rétropédalage. Elle indique, depuis le début, qu’elle sera de la partie et pas qu’un peu sous deux conditions : une opération internationale (ou un autorisation du gouvernement, à défaut, pour que l’opération soit légale) + la formation d’un gouvernement libyen d’unité nationale. Cette position italienne est cohérente depuis 2011 en ce qui concerne la Libye. Elle ne peut se permettre d’avoir EI à ses portes et agira sur la base de l’évolution de la situation mais elle refusera l’idée d’une opération si elle n’est pas suivie par la formation d’un gouvernement stable et la reconstitution des infrastructures étatiques. Et ils ont pleinement raison sur ce point. On parle d’un pays qui n’avait pas réellement un appareil étatique développé, aller là-bas pour éliminer EI laissera le terrain libre pour AQ ou d’autres mouvances ou aux milices comme présentement.

        Ce que souhaitent les italiens en ce qui concerne une intervention, c’est qu’il y ait un cadre légale. Agir unilatéralement reviendrait à faire la guerre sans ledit cadre, ce que la Constitution italienne réprouve depuis la 2e GM.

        1. Petite précision : autorisation du gouvernement libyen (ce qui implique donc qu’il soit formé)*

    2. « Il semblerait que les américains aient déployé les drones de Sigonella dans le cadre de la frappe a Sabratha, sans que les officiels gouvernementaux italiens ne soient mis dans la boucle de bout en bout. »
      S’ils ont été utilisés pour de la reco , ils n’ont pas besoin de l’autorisation des italiens. C’est dans le cadre de drones armés que cela coince.
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      « A priori, au vu des déclarations italiennes,ceci s’applique aussi pour les missions de reconnaissance, sauf information contraire (?). »
      L’article ne fait mention que de moyens destinés à des frappes. Un drone non armé n’en fait pas parti.

      1. L’article est un article éclairant, mais n’est en aucun cas une expression officielle de la position italienne.

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