Pour le moment, il n’y a pas de solution en vue pour sauver Kobané, ville kurde menacée par l’EI

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Depuis le 16 septembre, la ville syrienne kurde de Kobané (Aïn al-Arab), située près de la Turquie, est sous la menace de l’État islamique (EI ou Daesh). Et, malgré une résistance acharnée des Unités de protection du peuple (YPG), c’est à dire des milices kurdes, appuyés par des frappes aériennes effectués par les États-Unis et leurs partenaires arabes, les jihadistes progressent lentement mais sûrement.

Ainsi, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), l’EI occuperait désormais plus d’un tiers de Kobané, après avoir mis la main sur le siège des Assayeh (forces de sécurité kurdes, ndlr), dans le nord-est de la ville. Et les jihadistes seraient maintenant tout près du « carré de sécurité », qui est une zone où sont situés des bâtiments officiels et le commandement de l’YPG. Visiblement, le rapport de forces est défavorable pour les combattants kurdes, qui doivent faire face à des adversaires dotés de blindés et d’armes perfectionnés, prises à l’armée irakienne après l’offensive victorieuse sur Mossoul.

Alors, que faire pour éviter la chute de Kobané, qui permettrait à l’EI de contrôler un territoire continu entre l’Irak et la Syrie, frontalier avec la Turquie, pays membre de l’Otan? Le 7 octobre, l’ONU a réclamé une action internationale pour défendre la ville kurde. Plus facile à dire qu’à faire…

De l’aveu même du Pentagone, les frappes aériennes sont insuffisantes pour empêcher la progression des jihadistes. Elles « ne vont pas apporter une solution et sauver la ville de Kobané », a ainsi affirmé le contre-amiral John Kirby, le porte-parole du Pentagone. « Il faudrait des troupes compétentes, des combattants rebelles en Syrie ou des forces gouvernementales irakiennes, pour arriver à vaincre l’EI mais cela prendra du temps. Nous le savons. Et nous n’avons cessé de le répéter », a-t-il expliqué.

Et, a poursuivi le contre-amiral Kirby, « nous n’avons pas à l’heure actuelle un partenaire volontaire, capable et efficace sur le terrain à l’intérieur de la Syrie. C’est un fait ». La Turquie, qui a placé des troupes à portée de canon de Kobané, serait le seul pays en position de mener une opération terrestre contre l’EI.

Mais là encore, Ankara, qui n’est pas sans arrière-pensées dans cette affaire (l’objectif final recherché est la chute du régime syrien tout en veillant à ne pas renforcer les Kurdes), une intervention terrestre n’est pas d’actualité. « Il n’est pas réaliste d’attendre de la Turquie qu’elle mène toute seule une opération terrestre contre EI », a fait valoir, ce 9 octobre, Mevlut Cavusoglu, le ministre turc des Affaires étrangères, à l’issue d’un entretien avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan.

La solution prônée par les autorités turques est la mise en place d’une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour « accueillir et protégés » les populations déplacées. Cette idée est d’ailleurs soutenue par le président Hollande. Seulement, elle a aussi fait l’objet d’un certaine confusion aux États-Unis, où le secrétaire d’État, où John Kerry, a estimé que cette initiative « valait la peine d’être examinée », avant d’être contredit par la Maison Blanche.

« L’instauration d’une zone-tampon dans le nord de la Syrie défendue par la Turquie ne figure pas encore au menu des discussions de ses partenaires de l’Otan », a même tenu à faire savoir M. Stoltenberg. L’un des obstacles à la mise en oeuvre de cette idée est… diplomatique.

« Toute création d’une zone tampon dans le nord de la Syrie nécessite un feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU », a ainsi estimé, ce 9 octobre,  Alexandre Loukachevitch, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. Étant donné que la Russie a systématiquement voté contre les résolutions ayant concerné la Syrie, un des proches alliés, et qu’elle dispose d’un droit de veto, la tâche s’annonce compliquée.

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