L’heure de vol d’un F-35A aura un coût plus élevé que prévu

Il est toujours compliqué d’avoir une idée précise du coût de l’heure de vol d’un avion de combat. Tenez par exemple : le député François Cornut-Gentille (UMP), passé de la commission de la Défense à celle des Finances, a demandé par écrit, en juillet dernier, à Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense de bien vouloir lui « préciser le coût budgétaire de l’heure de vol pour chacun des aéronefs, avions et hélicoptères, en service dans les armées » afin de « mettre un terme à un débat stérile sur le coût de ces équipements. » En janvier dernier, donc 6 mois plus tard, le parlementaire n’était pas plus avancé, ayant reçu pour réponse un vague tableau « des moyennes des coûts du MCO (Maintien en condition opérationnelle) par heure de vol constatés en 2010. »

Toutefois, il est toujours possible d’avoir quelques estimations. Ainsi, pour le Rafale, le chiffre de 39.000 euros l’heure de vol a circulé pendant un temps. Un rapport rédigé à l’occasion du débat portant sur le projet de Loi de finances initiale 2013 parle de 27.000 euros, ce qui correspond au total des dépenses en rémunérations et charges sociales (RCS) des personnels et en entretien programmé des matériels (EPM, le tout divisé par la somme des heures de vol. Au début de l’opération Serval, un coût de 14.000 euros a été avancé. Enfin, le journal brésilien Istoe l’estimait à 20.000 dollars, soit deux fois plus que pour un F-18 Super Hornet, pourtant plus lourd (et donc plus gourmand en kérozène) que l’avion français.

En fait, le prix d’une heure de vol dépend des éléments que l’on prend en compte pour la calculer. L’on peut se limiter à la seule consommation de kérozène ou bien y ajouter les coûts de maintenance (approvisionnement des pièces de rechange, dépenses d’infrastructure et de personnels) ainsi que les soldes des pilotes.

Quoi qu’il en soit, le coût de l’heure de vol d’un F-35A, c’est à dire la version dite classique de l’appareil en cours de développement chez Lockheed-Martin, sera au moins supérieur de 10% par rapport à celui du F-16. C’est le général Christopher Bogdan, le responsable du programme au Pentagone, qui a révélé cette information, la semaine passée, devant la commission de la Défense du Parlement néerlandais.

Ainsi, selon des données par l’US Air Force et le Cost Assessment & Program Evaluation Office (CAPE) du Pentagone, le coût d’une heure de vol d’un F-35A serait de 24.000 dollars alors qu’il est de 21.500 dollars pour les F-16.

Initialement, l’exploitation du F-35 devait être plus économique que celle de la plupart des avions de combat actuellement en service. Et l’écart pourrait encore être plus élevé étant donné qu’il n’y a pas assez de recul pour déterminer le cycle de renouvellement de certains composants de l’appareil de Lockheed Martin.

Cela étant, si le constructeur américain a effectivement admis ce fait, il a toutefois avancé, selon Aviation Week, que le coût total sur la durée de vie du F-35A serait finalement inférieur à celui des avions d’ancienne génération… Ce qui reste encore à démontrer.

Quoi qu’il en soit, des frais de maintenance plus élevés que prévus auront sans doute des incidences sur les pays ayant décidé d’acquérir des F-35 pour leurs forces aériennes. Déjà que les coûts de développement de cet appareil ont explosé depuis 2001, certains envisagent de réduire leurs commandes étant donné que, dans le même temps, les budgets qu’ils allouent à leurs forces armées sont en baisse, compte tenu des contraintes économiques.

C’est d’ailleurs le cas aux Pays-Bas, par exemple, où il est désormais question de se procurer entre 52 et 68 exemplaires du F-35 sur les 85 prévus initialement, quand certains élus n’envisagent pas d’acquérir tout simplement un autre avion (F-16 E/F, Rafale, Eurofighter, F-18 Super Hornet, JAS Gripen E/F) comme l’a suggéré la Cour des comptes néerlandaises dans l’une des trois options qu’elle a présentées à ce sujet en octobre dernier.

Et si d’autres suivent le même exemple (l’Italie est sur cette voie également), le prix d’achat de l’avion de Lockheed-Martin sera immanquablement revu à la hausse. D’où les efforts de Washington pour convaincre les clients de maintenir leurs commandes.

En attendant qu’une décision soit prise à La Haye, le premier F-35 destiné aux forces aériennes néerlandaises est prêt à être livré à des fins d’essais, tandis que le second est sorti le mois derniers des lignes d’assemblage de Lockheed-Martin, situées à Marietta, en Georgie.

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