Grâce à la DCRI, on connaît mieux la station militaire de Pierre-sur-Haute

Si la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ne connaissait pas l’effet Streisand, ce n’est désormais plus le cas. Ce phénomène doit son nom à l’artiste américaine, qui, en 2003, avait attaqué en justice le site Pictopia.com pour éviter la diffusion d’une photographie aérienne de sa propriété californienne. Conséquence : le cliché, qui n’avait à première vue pas grand intérêt, suscita de plus en plus de curiosité grâce à cette action et fut dupliqué des centaines de milliers de fois sur Internet.

L’affaire dont a fait état la branche française de la Wikimedia Foundation le 6 avril est de la même eau. Tout commence au début du mois dernier. Ayant repéré sur Wikipedia un article concernant la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute, située entre la Loire et le Puy-de-Dôme, et estimant que ce dernier contenait des informations militaires classées, la DCRI a contacté les responsables de l’encyclopédie participative pour en exiger le retrait en avançant que « la publication de telles informations violait le Code pénal », en l’occurrence l’article 413-10, sans apporter plus de précisions.

Or, estimant que les informations données par la DCRI ne lui permettait pas de déterminer le caractère litigieux de l’article en cause, a refusé d’obtempérer. Et d’expliquer qu’elle « est habituée à collaborer sur requête judiciaire avec les autorités des différents pays de diffusion de Wikipédia » et qu’elle reçoit des centaines de demandes de retrait de contenu chaque année, et coopère de son mieux pour régler ce genre de problèmes lorsque les requêtes sont claires et juridiquement motivée. »

Mais la DCRI n’en est pas restée là. Le 4 avril dernier, elle a convoqué dans ses locaux un contributeur bénévole de l’encyclopédie en ligne en lui demandant de supprimer l’article litigieux en le menaçant de le placer séance tenante en garde à vue et de lui promettre une mise en examen s’il ne s’exécutait pas.

Devant la pression, ce contributeur, qui n’était en outre pas à l’origine des informations concernant la station de Pierre-sur-Haute diffusées sur Wikipedia et qui s’est retrouvé dans cette situation parce qu’il était facilement identifiable, a donc obtempéré. Seulement, la page litigieuse a depuis été remise en ligne dans la nuit du 5 au 6 avril par une personne résidant en Suisse.

De son côté, le ministère de l’Intérieur a expliqué que, « la demande du parquet, sous le contrôle de l’autorité judiciaire », le contributeur bénévole inquiété par la DCRI avait « été mis en gard contre le risque d’engagement de poursuites judiciaires » en « tant que responsable juridique de Wikipedia France. »

En outre, la place Beauvau nie toute pression. « Dans un état de droit, on ne peut pas assimiler à une menace l’engagement d’une procédure judiciaire » engagée sur un « passage qui pose problème à la sécurité nationale », avance le ministère de l’Intérieur, précisant que le litige portait sur une information concernant « l’organisation de la composante nucléaire de la défense nationale. »

Seulement, comme le souligne Wikimedia France, l’article en cause « était disponible sur Wikipédia depuis plusieurs années et qu’il ne semblait pas jusqu’alors poser de problèmes particuliers. » Quant à la station militaire de Pierre-sur-Haute, elle avait même fait l’objet d’un reportage de la chaîne de télévision locale TL7. Et ce dernier est toujours en ligne.

Bilan des courses : la DCRI a donc obtenu le résultat inverse qu’elle souhaitait. L’article litigieux est désormais disponible en anglais et il a même été celui qui a été le plus consulté au cours de ces dernières heures sur la version francophone de Wikipedia. Comme le dit la loi de Murphy, « s’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu’un pour le faire de cette façon. »

Cela étant, cette affaire n’est pas une première. Ainsi, la base d’écoutes électromagnétiques de la DGSE de Domme, dans le Périgord, apparaît floutée sur Google Maps pour des raisons de sécurité. Il n’y aurait rien à en redire si ce n’est qu’une vue aérienne en haute résolution de ces mêmes installations prise par un photographe belge en 2005 est disponible sur Wikipedia…

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