Hausse sensible des dépenses militaires en Asie

Augmentation des budgets militaires en Asie, stagnation ailleurs… Tel est le constat dressé par le dernier rapport publié le 3 février par l’Institut international d’études stratégiques (IISS), intitulé « Military Balance 2010 ». En effet, dans un contexte économique difficile en 2009, l’Asie se distingue par la forte hausse de ses dépenses militaires. « Par contraste avec les évolutions dans les économies modernes, l’Inde et la Chine ont toutes deux maintenu la tendance récente d’une hausse à deux chiffres des budgets de défense » note le document.

Ainsi, New Delhi, qui a par ailleurs lancé un plan de modernisation de ses forces armées, a augmenté ses dépenses militaires de 21% en 2009. Cette hausse est motivée par au moins trois raisons. En effet, l’Inde a consacré davantage de moyens pour lutter contre le terrorisme, surtout après les attentats de Bombay de novembre 2008. Cette politique de défense doit servir la stratégie dite du « double front », qui, élaborée à la fin de l’année dernière, doit permettre à l’armée indienne d’intervenir à la fois contre son rival de toujours, à savoir le Pakistan et le voisin chinois, avec lequel des différends territoriaux subsistent.

La Chine a quant à elle augmenter son budget militaire de 15% pour le porter à 480 milliards de yuan, soit 50,24 milliards d’euros. Cette donnée est certainement minorée, tant les dépenses chinoises en matière de défense sont opaques. Reste que Pékin a engagé une vaste réforme de son armée, avec des réductions drastiques d’effectifs à la clef afin d’acquérir des matériels plus performants. Par ailleurs, la Chine fait un énorme effort en faveur de sa marine de guerre avec l’intention de sécuriser ses voies d’approvisionnement en matière première.

Cela étant, cette rivalité sino-indienne en matière de dépenses militaires donne lieu à un course aux armements dans la région. Ainsi, l’Indonésie, Singapour et l’Australie sont actuellement en train d’améliorer, voire de renforcer leurs capacités de défense.

Pour ce qui concerne les Etats-Unis, il est difficile de réaliser un effort militaire comparable, étant donné que le budget du Pentagone est le plus important de la planète et qu’il a déjà doublé pendant les huit années de la présidence exercée par George W. Bush. Pour l’IISS, « la phase de hausse des dépenses de défense » américaines a pris fin en 2009 et le temps est venu, pour Washington, de « réajuster radicalement les priorités ».

Cependant, le budget du Pentagone prévu pour l’année fiscale 2011 sera le plus important depuis 1945, avec 708,2 milliards de dollars, dont 159,3 milliards alloués pour les « opérations de crise à l’étranger », c’est à dire les conflits en Irak et en Afghanistan. Cela dit, de nombreux programmes jugés inutiles et non prioritaires eu égard aux conflits actuels ont été rayés en 2009, comme par exemple le F22 Raptor ainsi que les équipements du Future Combat Systems et d’autres devraient prochainement subir le même sort. Les économies ainsi réalisées sont ensuite réinvesties dans des matériels qui font besoin. C’est notamment le cas pour les hélicoptères de transport lourd.

Pour les pays européens, en revanche, les contraintes budgétaires pèsent lourdement sur les dépenses militaires. La Russie, qui a affiché sa volonté de moderniser son outil de défense, a dû faire machine arrière : le plan d’équipement prévu pour la période 2007-2015 sera revu et corrigé par un nouveau programme, décennal cette fois, dont l’application devrait débuter en 2015.

Globalement, seuls le Danemark et la Norvège ont prévu d’accentuer leur effort de défense en 2010. Pour les autres, l’heure est au maintien des dépenses déjà allouées, voire à la baisse. Les plans de relance pour limiter les effets de la crise économique ont creusé les déficits publics, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre pour revoir à la hausse les dépenses militaires .

« Lorsque viendra le moment de redresser ces déséquilibres fiscaux, la dépense discrétionnaire sera mise sous une pression considérable et la défense devrait en souffrir, particulièrement dans ces pays confrontrés à un renversement démographique menaçant, qui requiert bien plus de dépenses pour les retraites et la santé » a ainsi expliqué James Balance, l’un des auteurs du rapport de l’IISS.

D’où une conclusion qui s’impose, selon le document : il s’agira pour les pays européens de mutualiser leurs moyens militaires et de se spécialiser dans des domaines bien particuliers et d’équiper leurs forces en achetant collectivement les équipements militaires essentiels.

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