La vente d’un BPC de type Mistral à la Russie ne fait pas l’unanimité

26 novembre 2009 – 18:21

Le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Mistral fait actuellement escale à Saint-Petersbourg. Depuis cet été, le ministère russe de la Défense a officiellement manifesté son intérêt pour ce type de porte-hélicoptère, qui est le navire le plus gros mis en oeuvre par la Marine nationale, après le porte-avions Charles de Gaulle.

L’utilité d’un BPC a notamment été démontrée à l’occasion de l’opération Baliste, conduite en 2006 au Liban, lors du conflit entre Israël et le Hezbollah, la milice chiite libanaise. Le navire avait alors transporté des hélicoptères, 650 militaires de l’armée de Terre, 85 véhicules dont 5 AMX-10RC et une vingtaine de VAB et permis l’évacuation de plus d’un millier de civils.

Du coup, le retour d’expérience de l’armée russe sur son engagement en Géorgie en août 2008 a mis en évidence la nécessité pour Moscou de se doter d’un tel bateau, qui aurait permis de déployer des troupes « en 40 minutes au lieu de 26 heures », comme l’a indiqué l’amiral Vyssotski, le commandant de la marine.

En octobre, le président Sarkozy a donné son accord pour l’ouverture de négociations portant sur la vente d’un BPC à la Russie, ce qui constitue une première puisque Moscou n’a acheté de l’armement à un pays membre de l’Otan. Pourtant, la décision de l’Elysée ne fait pas l’unanimité, et pas seulement au niveau de l’état-major particulier du président (*).

Soutien de l’actuel chef de l’Etat lors de l’élection présidentielle de 2007, le philosophe André Glucksmann a tiré une longue salve contre ce projet de vente. « Fournissant à Poutine les armes d’un débarquement rapide en Géorgie, en Crimée, voire dans les pays baltes, notre message est clair : allez-y! » écrit-il dans les colonnes du quotidien Le Monde. Et d’argumenter : « Quoi que fasse l’armée russe, nous ne protesterons qu’après coup, devant le fait accompli, donc en vain parce que trop tard. Plus question d’arrêter les chars aux portes de Tbilissi comme en août 2008! En signant la vente des navires de type Mistral, Nicolas Sarkozy paralyse sa diplomatie et s’interdit désormais toute possibilité de jouer les sauveteurs. Rancuniers, les dirigeants russes lui font manger son chapeau. Ce contrat ‘commercial’ vaut un encouragement au pire ».

Côté géorgien, la perspective de voir la Russie se doter de BPC n’enchante guère, d’autant plus que Moscou a justifié leur achat en citant justement ce qu’ils aurait pu accomplir si ils avaient été en service au moment des hostilités de l’été 2008. Quant aux pays baltes, qui craignent, tout comme Tblissi, l’affirmation d’un « impéralisme russe » en raison de leur passé soviétique, cette vente suscite des interrogations et des inquiétudes.

Ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet veut des éclaircissements de la part de Paris. « Nous allons demander à la France des informations sur ce contrat et le sujet sera aussi examiné par le groupe de travail chargé des biens stratégiques au sein de l’Union européenne » a-t-il indiqué, le 24 novembre. En fait, il s’agit surtout de savoir si le BPC serait fourni « avec ou sans équipement de haute technologie ». Ce qui sera effectivement le cas puiqu’il n’est pas question de vendre un bâtiment entièrement équipé.

Cela étant, à Paris, on fait valoir qu’il est nécessaire de s’allier les bonnes grâces de Moscou et de promouvoir ainsi des partenariats qui peuvent être fort utiles dans la gestion du nucléaire iranien ou dans le réglement du problème afghan. En clair, refuser de vendre un bateau à un pays à qui on tend la main n’aurait pas de sens. Et puis si la Russie ne peut acheter de BPC aux Français, elle aura toujours l’opportunité d’en commander ailleurs : les Pays-Bas proposent un bâtiment proche du Mistral, de type Johann de Witt. Enfin, il est difficile d’imaginer, en l’état actuel des choses, que le Kremlin décide d’envahir les Etats baltes, par ailleurs membres de l’Union européenne et de l’Otan.

Mais outre ces considérations, les plus fortes réticences à cette vente sont sans doute à chercher du côté de la Russie. « Je me sens très négative sur le projet d’achat (ndlr: du BPC) » a confié une employée du secteur naval russe au journal Moscow Times. « C’est un acte de sabotage contre notre industrie de construction navale. Nous pouvons construire de tels navires nous-mêmes, mais les autorités ne nous passent pas commande » a-t-elle poursuivi.

(*) voir TTU n°731, 14 octobre 2009

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  1. 9 commentaires à “La vente d’un BPC de type Mistral à la Russie ne fait pas l’unanimité”

  2. Je pense que cette vente serait un excellent rapprochement avec la Russie . Si ce n’est pas nous qui vendons ce BPC ( et les prolongements industriels qui en découlent ), ce seront d’autres pays qui le feront ! et qui plus est , des européens ! Les blocs Est Ouest n’existent plus !

    Par VINCI on nov 26, 2009

  3. Bonsoir !

    J’ y suis également favorable.
    Si tout va à son terme ( 4 navires en service) , la comparaison relative à l’utilisation qu’en feront les francais et les russes sera très riche d’enseignements…. qui plus est avec leurs conserves respectives du moment….

    Par tomate on nov 26, 2009

  4. Monsieur Glucksmann êtes vous au
    chomage,non, confortablement assis dans
    votre fauteuil vous voulez nous
    donner des leçons j’en ai que faire

    Par leroumi on nov 26, 2009

  5. Ce Glucksmann, il faut le qualifier comme on qualifie un fait juridique. Je n’irai pas par quatre chemins : c’est un crétin. Il ne connait pas le fait militaire c’est évident. Je ne suis pas moi même militaire mais j’ai quelques notions de base.

    Les BPC russe qui envahissent les pays baltes ? Je suis étonné par cet argument qui nous vient du gouvernement estonien. Imaginez-vous voir le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande, l’Allemagne, la Pologne et les pays baltes, laisser les russes faire le tour de l’ilot scandinave et allez envahir au fin fond de la Baltique ?

    Non plus sérieusement, peut être qu’une partie des BPC sera basé à Kaliningrad. Reconnaissons ce risque… Mais soyez prévenu : si jamais ce basement intervenait on aurait une tension est-ouest de folie à chaque fois que les BPC russe de la baltique embarquerons du matériel roulant dans le navire. Imaginez donc ! Vous êtes dans l’enclave russe, il n’y a qu’à franchir la frontière… Terrestre pour rejoindre les pays baltes. Eh non ! Comme vous sortez votre voiture neuve, vous prenez votre tout nouveau BPC pour faire une viré en mer avant de vous offrir un jardin lituanien ou letton. Il suffit de regarder la carte de l’Europe pour voir que ce n’est pas le BPC qui inquiètera les baltes. Mais plutôt des frontières communes…

     » En fait, il s’agit surtout de savoir si le BPC serait fourni « avec ou sans équipement de haute technologie ». Ce qui sera effectivement le cas puiqu’il n’est pas question de vendre un bâtiment entièrement équipé.  »

    Je ne pose pas de limite. J’aime l’égalité et la qualité estonienne de cette personne ne m’empêchera pas de dire que c’est un crétin. Le Mistral, c’est une brique de lait. Il n’y a rien de bien dangereux. C’est le chargement qu’il transporte qui est dangereux. A moins que nous le livrions équipé ! Ah terrible Mica VL, terrible affut de 20mm. J’enrage que la sécurité mondial soit mise en cause par vous. Ah, si jamais le Mistral peut fusionner les données perçues par ses senseurs, ses ennemis en seraient tellement ébahis qu’ils cesseront le combat !

    Non plus sérieusement. Je pense que c’est surtout la perspective politique qui fait peur. Par cet achat, et par d’autres actes, c’est le défi d’intégrer la Russie dans le jeu européen. Et non pas seulement dans le jeu du Conseil de l’Europe. Mais dans une relation plus étroite avec l’Union Européenne. L’initiative de sécurité commune que propose la Russie, et la France, depuis 40 ans, est de confier la sécurité des européens… Aux européens ! L’affaire du BMDE en Europe a bien montré que les américains pensent que « l’Amérique est aux américains » et que « l’Europe est aux américains ». Le défi russe est terrible. Plus dur que d’intégrer la Russie aux normes européennes en tout genre (de la politique à l’économie). C’est bien la perspective pour certains gouvernement de prendre en charge leur sécurité qui fait peur.

    Et pourtant, a-t-on eu peur que les allemands fassent affaire avec les russes dans la construction de réacteur nucléaire ? Que les italiens fassent de même dans un avion d’entraînement (abandonné) et un sous-marin côtier (glouglou ?) ? Que Thalès équipe les terribles chars russes d’électronique moderne ? Non. Cette réaction hystérique appelle deux constats :
    - la dimension politique de cet achat n’est pas prise en compte. J’ai moi même eu un commentaire « hostile » (ils sont gentils dans la Marine quand même) sur un blog du monde diplomatique qui ne prenait pas la pleine considération du fait politique. Les réactions du jour montre bien que je n’étais pas si « méchant ».
    - La connaissance du fait militaire, du fait géopolitique est ridicule chez certains. Un philosophe c’est peut être pas étonnant. Un Gouvernement, c’est affolant. Parce qu’au fond, la perspective que les baltes soient envahi, c’est l’aveu que personne ne s’opposerait à une telle chose, non ?

    Par Thibault Lam001 on nov 26, 2009

  6. La vente d’armes est toujours sujette à polémiques ; il y les « pour » et les « contre ». Dans un marasme économique sans précédent avons nous le choix de faire la fine bouche ? non. Alors nous devons faire fi de jouer les apprentis sorciers pour savoir si demain nos bateaux, nos avions ou nos chars vendus ça et là vont servir la bonne cause ou non. Dans l’immédiat voyons nos intérêts, ceux des entreprises françaises en particulier.
    Dans ce pays nous avons pour habitude de scier la branche sur laquelle nous sommes assis et les autres en profitent sans vergogne pour passer devant et nous écraser.

    Par Albuhéra on nov 27, 2009

  7. La vente des BPC n’est pas une mauvaise chose et c’est surement pas son système d’armement qui va faire peur …. le BPC en version française est totalement incapable aujourd’hui de se défendre contre une agression par missile et c’est surement pas son ridicule ( pour ce type de bâtiment c’est une hérésie ) système simbad manuel et ses deux malheureuse 12.7. qui changeront quelque chose.

    Comme dans un précédent commentaire c’est ce que va emporter le BPC qui va le rendre dangereux et les russes ne sont pas capables aujourd’hui de fabriquer un navire de guerre en moins de 15 ans …. ce n’est pas la capacité intellectuelle qui est en cause mais la capacité de production réduite à néant aujourd’hui.

    Vendre des BPC est un acte politique fort qui permettrait aussi un réchauffement est-ouest . La Russie n’a jamais été un ennemi sauf dans les livres et jusqu’à preuve du contraire ce sont plutôt les pays de l’ouest qui sont allez chercher les russes que l’inverse ( Napoléon et Hitler ) ! avez vous vu déjà des cosack à paris ?

    Par Montjoie! on nov 27, 2009

  8. Petit débat sur un forum sur la protection des BPC :
    http://forummarine.forumactif.com/france-f1/bpc-mistral-t2404-165.htm

    J’ai oublié de dire qu’il y avait 2 30mm et ce n’est pas 2 12.7 mais 4 ! ouf le BPC est sauvé :)

    Par Montjoie! on nov 27, 2009

  9. Oui il y a deja eu des cosaques a Paris: en 1814, Soit après l’aggression de Napoléon.

    Par Emmanuel on nov 27, 2009

  10. @ emmanuel : oups ! oui c’est vrai d’ailleurs :

    http://www.histoire-bataille.fr/entree-allies-paris-1814-p-117.html

    Comme quoi :)

    Par Montjoie! on nov 27, 2009

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