Pour développer ses futurs équipements, l’armée de Terre veut une politique de « démonstrateurs »

En janvier, prenant sa casquette de président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales [GIFAS] Éric Trappier, le Pdg de Dassault Aviation, avait plaidé en faveur d’une politique de « démonstrateurs » pour les futurs systèmes de combat [aérien] des forces françaises.

« On appelle tous à ce que la Défense lance des démonstrateurs. Le démonstrateur doit poser les bases de ce que l’industrie peut faire, de ce que la technologie peut apporter. Les armées ont besoin de comprendre ce que la technologie peut leur apporter 10 ou 15 ans après que les démonstrateurs aient pu voler », avait alors expliqué M. Trappier.

« C’est beau de faire des calculs sur le papier, mais cela ne suffit pas. Il faut encore faire des mesures dans les chambres anéchoïques comme celles de la DGA ou durant les essais en vol. Passer des études papier au lancement d’un programme, c’est risquer d’aller au-delà de grandes difficultés », fit aussi valoir le président du GIFAS.

Cette politique de « démonstrateurs » présente plusieurs avantages. Elle permet en effet aux Armées d’avoir très tôt un aperçu de ce que de nouvelles technologies peuvent leur apporter et, ainsi, d’affiner leurs besoins. Pour les industriels, cette approche vise à « dérisquer » un programme, en les rassurant, si besoin, sur leurs capacités à développer ce qui leur est demandé. Cet aspect n’est pas anecdotique étant donné qu’ils doivent généralement s’engager contractuellement sur le niveau de performances des équipements qu’ils produisent. Et le contribuable s’y retrouve (en théorie, du moins) car le risque de dérapage, en termes de délais – et donc de surcoûts -, d’un programme d’armement est amoindri.

Cette politique de démonstrateur que le GIFAS appelle de ses voeux intéresse également l’armée de Terre, pour qui « il vaut mieux une bonne capacité à l’heure qu’une très bonne capacité en retard ». Tel est le message qu’a fait passer le général Charles Beaudouin, chargé des plans et des programmes de l’état-major de l’armée de Terre (EMAT), lors d’une récente audition à l’Assemblée nationale.

Et le réexamen en cours de l’instruction ministérielle 1516 relative au « déroulement et la conduite des opérations d’armement » par la Direction générale de l’armement [DGA] et l’État-major des armées [EMA] est probablement l’occasion de graver dans le marbre cette politique de démonstrateurs. Seulement, encore faut-il que les budgets dédiés aux programmes d’études amont (1 milliard d’euros en 2022) soient suffisants. Or, les crédits destinés à l’armement terrestre sont dérisoires par rapport à ceux destinés aux moyens aériens et navals, sans parler de ceux de la dissuasion.

« Dans ce processus de réforme, outre les armées et la DGA, il faut veiller à associer les industriels afin qu’ils puissent être au rendez-vous de la qualité de production. De ce point de vue, je souhaite, je le répète, une politique de démonstrateurs permettant une levée accélérée des risques », a affirmé le général Beaudouin.

Cette politique de démonstrateur doit permettre à l’armée de Terre de pouvoir diposer de « matériels de qualité à temps. »

« Je ne peux pas me substituer à un industriel défaillant. Quand l’industriel livre un système qui ne fonctionne pas, qui ne roule pas correctement, on ne peut pas le remplacer. Comment livrer à l’heure des systèmes de qualité? À mon sens, il faut déjà que l’industriel soit en mesure de proposer une offre ‘sur étagère’. Lorsque vous achetez un smartphone, il a été largement éprouvé et testé au préalable. Une fois mis sur le marché, il fonctionne très bien et, dans le cas contraire, c’est catastrophique pour la marque », a expliqué le général Beaudouin.

Or, a-t-il continué, actuellement, le « modèle économique du programme d’armement repose sur un développement ex nihilo sur quelques prototypes, passe rapidement à la série et projette dès que possible en opération dans des conditions d’environnements extrêmes avec une fiabilité qui reste en construction. » D’où la nécessité d’avoir une approche basé sur des démonstrateurs. « Nous pouvons, en partie, payer les industriels pour cela. C’est donc un système gagnant-gagnant qui nous permettrait de disposer de systèmes fiables beaucoup plus tôt », a fait valoir le général Beaudouin.

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