Rafale : L’Inde serait sur le point de changer ses plans

rafale-20141021

En 2012, l’avion de combat Rafale remportait l’appel d’offres lancé par New Delhi dans le cadre du programme M-MRCA (Medium Multi-Role Combat Aircraft) aux dépens de l’Eurofighter Typhoon, arrivé en finale de cette compétition. Depuis, Dassault Aviation a engagé des négociations exclusives portant sur la livraison de 126 appareils, dont 108 doivent être assemblés en Inde.

Seulement, le contrat final n’a pas encore été signé. Cela tient à la complexité des discussions (montage industriel, transferts de technologies, etc…), à certains aléas, comme le décès, en 2013, du négociateur indien, ou encore à des manoeuvres de lobbying. En outre, des points de blocage sont apparus, notamment sur la garantie des avions conçus par HAL en Inde ou encore, selon la presse indienne, sur les coûts.

Par ailleurs, et c’est de bonne guerre, la partie indienne a cherché à faire pression sur l’industriel français. Ainsi, au début de cette année, le ministre indien de la Défense, Manohar Parrikar, avait évoqué l’achat d’avions SU-30 MKI supplémentaires en cas d’échec des discussions.

Si des responsables russes ont applaudi, le chef d’état-major de l’Indian Air Force (IAF) a catégoriquement repoussé cette option. « Il y a le M-MRCA et il y a le Sukhoï SU-30. Les exigences sont légèrement différentes : ils ont leurs propres capacités, il se complètent mutuellement mais les uns ne peuvent pas remplacer les autres », avait-il dit en février.

Dans le même temps, l’aviation indienne est pressée de voir aboutir le programme M-MRCA. Le nombre de ses escadrons est tombé à 25 alors que son contrat opérationnel exige qu’elle en ait 45 au maximum. Et la situation pourrait encore se dégrader, si rien n’est fait, étant donné que 11 de ces unites sont encore dotées de MiG-21 et de MiG-27 que le Rafale est censé remplacer. D’où la demande du Comité permanent de la Défense du Parlement Indien au gouvernement indien de prendre rapidement des « mesures concrètes ».

Et l’on en vient donc au Rafale. Selon des informations publiées par la presse indienne, le gouvernement emmené par Narendra Modi, actuellement en visite officielle en France, envisagerait « sérieusement une acquisition stratégique pouvant aller jusqu’à 40 Rafale pour l’Indian Air Force », en raison de « nécessités opérationnelles ».

Mais d’après Nitin Gokhal, un analyste indien spécialisé dans les questions de défense, il serait en fait question pour New Delhi d’acquérir, de gouvernement à gouvernement, entre 60 et 63 Rafale, lesquels seraient donc assemblés en France. Le tout pour 7,5 milliards d’euros. Cette décision « d’acheter près de trois escadrons et demi de Rafale pour l’Indian Air Force (IAF) a été prise au plus haut niveau politique », avant le tournée européenne de M. Modi. Seulement, croit-il, « l’ensemble du processus pour l’achat de 126 avions serait supprimé ».

Lors d’un entretien accordé au Figaro (9 avril), Narendra Modi a évoqué le contrat M-MRCA. « La question du Rafale est toujours en discussion et nous devrions être en mesure d’avancer sur des bases mutuellement acceptables », a-t-il dit. Et d’ajouter : « Je pense en outre que le secteur français de la défense devrait investir et produire en Inde, à la fois pour le marché indien et comme élément de sa chaîne de production globale. Cela aurait un impact positif en France aussi ».

Si l’option d’un achat de 40 à 63 Rafale fabriqués en France se confirme, alors ce serait un revirement majeur. En effet, Narendra Modi plaide, depuis qu’il est aux affaires, pour le « Make in India » en matière de défense, afin de réduire la dépendance de l’Inde aux fournisseurs étrangers.

« Une nation disposant d’une forte industrie de défense ne sera pas uniquement plus sûre. Elle en retirera également d’importants bénéfices économiques », a-t-il dit il y a deux mois. « Nous poursuivons le ‘Make in India’ afin de parvenir à une grande autosuffisance dans le domaine des équipements de défense, y compris les aéronefs », avait aussi expliqué Arun Jaitley, le ministre indien des Finances, lors de la présentation du budget 2015.

Cela étant, il est prévu que le Premier ministre indien et le président Hollande fassent une déclaration commune à 18H00, ce 10 avril, après leur rencontre. Sera-t-il question d’un contrat « Rafale »? À voir…

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant; [Voir les règles de confidentialité].