Environ 7% des militaires français ayant été engagés en Afghanistan seraient victimes de troubles psychiques

4 décembre 2012 – 12:26

Selon les chiffres donnés en octobre dernier par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors d’un colloque organisé aux Invalides, le Service de santé des armées (SSA) suit actuellement 550 militaires affectés par des troubles de stress post-traumatique (PTSD), détectés à l’issue d’un engagement sur un théâtre d’opérations extérieur.

Ces troubles sont causés par la tension nerveuse éprouvée tout au long d’une mission, la perte au combat de camarades ou encore la vision de scènes difficilement supportables. Ils se traduisent par des cauchemars, de l’irritabilité ou bien encore par des comportements addictifs et suicidaires.

Pour ce qui concerne l’armée française, il est fort probable que le nombre de militaires affectés par ces troubles soit encore plus élevés que celui avancé par le ministre, étant donné que beaucoup hésitent à en parler, soit pour éviter d’être jugés, soit par crainte d’une éventuelle inaptitude à exercer leur métier.

“Globalement, lorsque l’on suit une brigade ou un bataillon qui rentre sur six à neuf mois, on a entre 6% et 7% de personnels qui ont un trouble psychique, pas forcément un état de stress post-traumatique, mais qui ont une souffrance psychique”, a expliqué le directeur adjoint du SSA, le médecin-général Jean-Paul Boutin, lors d’un séminaire sur la prise en charge des “traumatismes psychiques dans les armées” organisé le 3 décembre à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris.

Cette estimation a été obtenue via un questionnnaire à choix multiple adressé aux personnels de trois régiments de l’armée de Terre ayant été déployés sur un théâtre d’opérations, en l’occurrence en Afghanistan, au cours des trois dernières années. Il avait été demandé aux intéressés de noter de 1 à 5 la fréquence de 17 “problèmes et symptômes” survenant généralement “à la suite d’un épisode de vie stressant.”

Sachant qu’en 11 ans, 20.000 militaires français ont été engagés en Afghanistan, cela donne une idée du nombre d’entre eux vivant avec un trouble psychique.

“A partir du moment où l’intensité des combats auxquels a participé l’armée française s’est développée, le nombre de nos soldats qui ont pu être traumatisés psychiquement a arithmétiquement augmenté” a poursuivi le médecin-général Boutin. “La réponse doit donc être adaptée, au sens du réseau de soins que nous devons mettre en place” a-t-il ajouté.

Pour autant, l’armée française a mis en place un dispositif afin de prévenir ce type de problème, avec l’envoi sur le terrain de psychologues de la Cellule d’intervention et de soutien psychologique de l’armée de Terre (CISPAT). Des officiers d’environnement humain (OEH), formés par SSA, sont également présents, de même que le médecin d’unité.

Un “référent section” est également désigné pour qu’il puisse veiller sur ses camarades et détecter des signes avant-coureurs de PTSD. En outre, les aumôniers militaires ont également un rôle à jouer. Enfin, une fois la mission terminée, les soldats passent par un “sas de décompression” à Chypre, où l’occasion leur est donnée de parler de ce qu’ils ont vécu et vu lors de “débriefings médico-psychologiques.”

Ce dispositif “mis en place pour mieux encadrer les combattants d’Afghanistan” a ainsi permis, comme l’a expliqué le médecin-général Boutin, à des militaires “d’exprimer une souffrance qui datait du Rwanda ou de la Bosnie.” Et d’insister : “Ils sont venus nous parler maintenant d’un problème dont ils n’avaient jamais osé parler.”

Les militaires les plus affectés et qui présentent “un état de stress aigu” lors de leur rapatriement en France sont, dans 70% des cas, des blessés au combat. “Les personnels dans l’action, les ‘chasseurs’, semblent relativement plus protégés que les personnels logistiques qui ont le sentiment d’être chassés et qui, quand ils sont sur la route, ne savent ni d’où ni quand peut venir le danger” a toutefois expliqué le médecin-général Boutin.

Reconnues comme blessure de guerre depuis 1992, les “blessures psychiques” ont donné lieu à l’octroi de 1.100 pensions militaires d’invalidité en dix ans, sur 1.600 dossiers déposés. Le taux moyen d’invalidité est en moyenne de 10 à 30%. Et sur les 150 demandes acceptés depuis deux ans, 80 concernent des militaires ayant servi en Afghanistan.

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  1. 4 commentaires à “Environ 7% des militaires français ayant été engagés en Afghanistan seraient victimes de troubles psychiques”

  2. Ce médecin général a omis de mentionner ces soldats qui ont commencés les OPEX en 1978 pour lesquels c’était leurs premiers “baptèmes du feu” ,cadres officiers,sous-officiers et EVAT compris!…
    Aucun de ceux-là n’avaient” fait l’Algérie auparavant”; les combats menés comme au Tchad ont certainement faits plus de dégats sur le plan psychologique et physique à ces personnels;d’autant que les rotations bien que courtes (4 mois) étaient très rapprochées…
    Ces combats ont été les derniers contre des forces organisées et mieux armées que les Français dont le” matos” datait de 62……
    - Les plus agés des Français encore en service en Bosnie ; ont vécu cette période avec sérénité par rapport à ce qu’ils avaient connus et vécus!
    Cependant les traumatismes existants ne les ont jamais quittés bien qu’à cette époque nul n’en faisait mention…

    Par Wrecker on déc 4, 2012

  3. Bonsoir,

    Sur le sujet lire aussi : http://www.parismatch.com/Actu-Match/Sante/Actu/Syndrome-post-traumatique-un-enfer-tabou-449533/

    Lecture qui donne a penser que ce sous off à également été victime d’une commotion cérébrale par le souffle (“Blasté” pour les amateurs d’américanismes)… Ce qui aurait du être recherché!
    Il ne faudrait pas passer de la négation du “moral” au tout psychologique… en “sautant” sur les traumatismes crâniens qu’une explosion peut provoquer.

    De plus, le “neurone” est un peu comme un verre d’eau. Il peut déborder! Qui saura dire si la faute en revient a la première ou a la dernière goutte?

    En tous cas il faut être conscient que le “pétage de câble” peut arriver. Ainsi de cet (instructeur NBC et) Adj. Chef qui se réveillant une nuit monte en voiture sans réveiller sa femme et se conduit à l’hôpital psychiatrique… Pour leur dire “Faut m’enfermer!!!” et d’insister “non tout de suite” quand on voulait l’éconduire et lui donner un rendez vous…

    Cette anecdote pour saluer ce gars, sa clairvoyance et son courage!
    Bien sur, il y a perdu son poste de Chef de Section, des mois d’hosto, etc… Mais “Coët” y avait gagné un très bon instructeur (techniquement ET humainement) et lui une nouvelle carrière.
    Selon ce qu’il me souvient de son histoire, ce sont les événements de son premier tour (et il comptait parmi ces sous off dont la TOE touche le ceinturon!) au Liban qui lui était revenu et l’avait submergé : la première goutte.

    Être capable de voir quand “ça ne vas plus” et d’agir en fonction devrait toujours être vu comme un acte de lucidité et de courage…

    Surtout que la société tends a nier (Même pour l’Algérie) les conflits “limités” de ces dernières années ce qui renforce l’isolement de ceux qui y ont pris part… et qui ne trouveront donc plus le secours de la camaraderie des “Vieux de la Vielle”.

    Par Sempre en Davant on déc 5, 2012

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