Le ministère des Armées accélère sur le calcul quantique en lançant le projet «ALIQUANTE»

En informatique, un bit, c’est-à-dire l’unité de base d’une information, ne peut prendre que deux valeurs : le 0 ou le 1. Mais la physique quantique, qui décrit des phénomènes que l’on ne peut observer qu’à l’échelle atomique [ou subatomique], explique qu’une «onde-corpuscule» peut se trouver simultanément dans deux états différents.
Cette propriété fait qu’un bit peut prendre les valeurs 0 et 1 en même temps [on parle alors de qbit]… Ce qui ouvre de nouvelles perspectives en matière de calcul, sous réserve de parvenir à pallier la perte de cet effet au moment de passer à l’échelle macroscopique.

Le calcul quantique permettant de traiter rapidement des milliards de données, que ce soit pour le développement de nouveaux systèmes d’armes, la simulation ou encore le renseignement, le ministère des Armées, via la Direction générale de l’armement [DGA] et l’Agence de l’innovation de défense [AID], a lancé le programme PROQCIMA en 2024. Et cela avec l’objectif de disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques à l’horizon 2032.

Ainsi, cinq entreprises spécialistes des technologies quantiques, à savoir Pasqal, Alice&Bob, C12, Quandela et Qobly, furent retenues par la DGA. Elles «doivent permettre le développement des technologies les plus prometteuses depuis des prototypes de laboratoire jusqu’à des solutions de calcul quantique à large échelle [LSQ, pour Large Scale Quantum] utilisable pour les besoins de la défense», avait alors expliqué le ministère des Armées.

Disposer d’un ordinateur quantique est une chose… Encore faut-il qu’il ait un système d’exploitation pour qu’il soit capable de «faire tourner» des logiciels. D’où le projet de technologies de défense [PTD] «ALIQUANTE», que vient de lancer l’AID, avec l’appui de la DGA.

«Dédié au développement d’outils de programmation quantique, ALIQUANTE vise à mettre en place une plateforme souveraine capable de programmer des processeurs quantiques [QPU, pour Quantum Processing Unit] et préparer l’usage des ordinateurs quantiques de PROQCIMA», a expliqué le ministère des Armées, via un communiqué publié le 24 septembre.

Ces «outils de programmation» permettront le traitement de données «classifiées». En outre, ils prépareront les armées et les industriels de la défense à s’approprier cette nouvelle capacité.

Le projet ALIQUANTE a été confié par l’AID à un consortium comprenant Thales Research & Technology [TRT], BULL SAS et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives [CEA].

«Dans un environnement classifié, la plateforme souveraine développée permettra d’émuler des calculateurs quantiques et de développer des outils de programmation communs aux différentes technologies de qubits sous-jacentes. Il s’agira notamment de compiler du code quantique en ‘circuits quantiques à portes’ ou encore d’allouer l’exécution d’un code entre calculateur HPC [High-Performance Computing ou calcul haute performance] et QPU», a détaillé le ministère des Armées.

La Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 actualisée prévoit d’allouer 500 millions d’euros de plus aux études amont sur la période 2026-30. «Cet effort supplémentaire portera notamment sur les applications militaires du quantique, le plan char capacité intermédiaire, la feuille de route consacrée aux drones navals, les briques technologiques nécessaires au développement de munitions téléopérées, le traitement des données pour la patrouille maritime et la stratégie de très haute altitude, ces différents domaines étant susceptibles d’évoluer au gré des ruptures technologiques», précise le texte.

Mais d’après Patrick Pailloux, le Délégué général pour l’armement [DGA], une part importante de cette enveloppe doit aller aux technologies quantiques. Du moins, c’est ce qu’il avait laissé entendre lors d’une audition au Sénat, en mai dernier.

«Sur l’innovation, nous publierons bientôt une nouvelle version du document de référence de l’orientation de l’innovation de défense [DrOID]. Nous voulons investir sur le quantique environ 300 millions d’euros, en plus du volet cyber et numérique», avait-il en effet indiqué.

Photo: AID

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25 contributions

  1. Bastan dit :

    Et qu’en est il par rapport aux investissements (connus) dans d’autres pays? Une recherche européenne, ne serait elle pas plus efficace et puissante si on laisse les industriels travailler sur le sujet sans entraves partisanes? Que chaque pays ensuite en tire des applications.

    • Magic38 dit :

      On fait les 2. Il y a des programmes au niveau européen qui commencent à se lancer mais on doit aussi garder des compétences nationales afin de ne pas être trop dépendants.

      C’est comme le spatial, on collabore principalement mais on a aussi des programmes de recherche nationaux.

    • P4 dit :

      Européen rime de plus en plus au bénéfice des Allemands.

  2. AirTattoo dit :

    L’enthousiasme pour le calcul quantique ne doit pas faire oublier les exigences de fiabilité. Répéter les calculs ne suffit pas à éliminer toutes les erreurs, notamment les biais systématiques. Pour les applications scientifiques de précision, il faut démontrer que l’erreur résiduelle est maîtrisée et que le coût de cette fiabilité ne fait pas disparaître l’avantage quantique. Aujourd’hui, ce ne sont encore que des promesses qui restent à concrétiser pour demain au même titre qu’une centrale à fusion.

    • Quand la tique tique dit :

      Je ne suis ni physicien ni informaticien, mais il me semble que votre remarque est frappée au coin du bon sens.

  3. Yvon dit :

    Le domaine quantique est d’évidence ultra-prioritaire de par ses applications qui touchent le calcul mais aussi la détection….
    On ne peut que déplorer que l’enveloppe supplémentaire de 500 millions d’Euros évoquée dans l’article est tout bonnement dérisoire.
    Dans un contexte budgétaire plus que contraint où les armées tirent malgré tout leur épingle du jeux, nous avons l’obligation de faire des choix. Un PANG, des chars lourds ne sont d’aucune utilité à la défense de notre pays. C’est bien de cela qu’il s’agit. La France n’est, fort heureusement, pas une puissance impériale. Elle n’a pas besoin d’instruments de gesticulation ni de hordes de chars pour « rejouer » (où ?) la bataille de Koursk.

    • Claude Monet dit :

      Je ne suis pas d’accord. Un PANG pour les Outre-Mer (sans oubli pour le seul fait de maintenir des compétences ultra-spécifiques et un tissu d’entreprises techniques très intéressantes à maintenir) c’est utile. Et rien empêche de mettre des drones dessus d’ailleurs, il est conçu pour évoluer en fonction de ce qui sera développé dans les années à venir.

      • Yvon dit :

        @Claude Monet.
        Le temps que le PA arrive dans le Pacifique …
        Et comme de plus, compte tenu de ses périodes de maintenance, il est quasiment à mi-temps, il est de fait inutile.
        Cordialement

  4. Robmac dit :

    Un jour peut être (je ne serai plus vivant) le mot ‘souveraineté’ signifiera ‘souveraineté européenne’ …

    • bonnechancemonpapa dit :

      Honnêtement, ça m’étonnerait. Je ne sais pas quel âge vous avez, mais il me semble raisonnable, au vu des vicissitudes internationales actuelles et de la trajectoire de l’UE, de penser que celle-ci aura implosé bien avant votre disparition de la planète.

    • REVERT dit :

      Quelle horreur.

  5. Pirlouis dit :

    Le calcul quantique, s’il est maîtrisé permets une puissance de calcul incomparable.
    Le problème a bien été souligné dans l’article : la déperdition des qbits n’est toujours pas bien contrôlée. La recherche sur les calculateurs quantiques est loin d’être assez avancée pour passer aux applications militaires. En ces temps de vaches maigres budgétaires, est-ce raisonnable que des capitaux faméliques soient aspirés par un tel projet ?

  6. farragut dit :

    Bizarre que l’on se cantonne à seulement deux états superposés pour une information, alors que la pratique de la décision humaine issue de 400 000 ans d’evolution de Sapiens est plutôt basée sur une logique tetravalente, à 4 états.
    Il y a :
    1) ce qui est vrai-vrai (vrai ET vérifié, comme(1er principe dela Méthode),
    2) ce qui est vrai-faux (considéré comme vrai mais à vérifier, genre fake news ou infox),
    3) ce qui est faux-faux (faux ET vérifié comme impossible),
    4) ce qui est faux-vrai (théorie que l’on considère comme faux aujourd’hui, mais qui s’avérera vrai avec une meilleure précision des mesures, ou dans le cadre d’une autre théorie plus générale).
    C’est ce genre de calcul qui est « naturellement » fait par les êtres humains (les intelligences non humaines NHI probablement aussi), et que ne peuvent pas faire les IA génératives, basées sur les seules probabilités d’occurence des faits ou des croyances du moment…
    Si le « calcul quantique » peut approcher de ce mode de « calcul naturel », alors il reste à le prouver comme « vrai-vrai », non? … 😉

    • VonBulot dit :

      Si vous voulez, mais pour implémenter cette idée il faut la plateforme qui va avec. Le bit qui est à 0 ou 1 est en fait l’état d’un transistor (fermé ou ouvert). En gros j’envoie du courant ou non. Donc on peut envoyer du courant sachant que cela est vrai, ne pas envoyer de courant sachant que cela est faux mais vrai plus tard…etc…bref ça ne tient pas.

      • farragut dit :

        @VonBulot
        D’accord avec vous pour l’usage actuel des transistors, mais je pensais plutôt à une structure de calcul / mémoire imitant le fonctionnement des neurones du cerveau -pas forcément de Homo Sapiens- qui reproduise la logique tétravalente.
        –
        J’ai bien compris que si elle n’existait pas encore, ou du moins que nous n’en avions pas connaissance sans plonger dans la recherche de pointe, c’est que c’était plutôt délicat à reproduire.
        –
        C’est un peu la difficulté actuelle que l’on constate dans la compréhension des maladies neurodégénératives, où les prions et les agrégations de protéines mal conformées perturbent le fonctionnement des neurones et de la communication entre ceux-ci.
        En fait, c’est une question à poser aux biochimistes, et aux théoriciens de la propagation des signaux qui déforment les protéines.
        –
        Et je constate que les IA génératives payantes n’ont pas encore de réponse « créative » pour aider à cette compréhension, sinon nous n’aurions pas plusieurs millions de malades en France et sur la planète…
        A moins d’envisager un « complot » qui maintienne la connaissance sur ces mécanismes et des maladies associées hors de portée de la médecine classique et des thérapeutes…
        –
        Il y avait bien Rupert Sheldrake qui avait ce genre de nouvelles idées (voir ses ouvrages et papiers sur sa nouvelle théorie de la vie), mais il y a eut aussi des articles intitulés « Fait-il brûler les livres de Rupert Sheldrake » !!! 😉
        https://www.amazon.fr/stores/author/B000AQ3F38
        https://www.amazon.fr/stores/author/B000AQ3F38/about
        –
        Sinon, il y a l’idée de la masse complexe, avec la contrepartie « imaginaire » à la masse réelle, que JPP développe dans le Metaphysicon…

  7. Mouarf dit :

    Un peu court, comme explication du fonctionnement des ordinateurs quantique. Mais il est vrai que c’est terriblement compliqué et complètement contre-intuitif.

  8. Kantaten**** dit :

    La physique quantique c’est un vaste sujet qui assèche les commentaires. Sur ce sujet on nous dit, pour les armées ce qu’on veut bien que nous entendions. Notre pays est un des plus avancé sur le duo quantique/armement. Mais chut ! Demain c’est plus de détection rapide, de précision sur plastron etc…etc. AirTattoo, si je puis me le permettre, je trouve votre commentaire pertinent.

  9. Robmac dit :

    Le calcul quantique permet d’étudier simultanément deux situations : ‘gagné’ – ‘perdu’ ; un remarquable progrès.

  10. Robmac dit :

    En fait nous avons la chance en France d’avoir un formidable penseur quantique à la tête de l’état : l’homme qui pratique le « en même temps » !

  11. Glega dit :

    Même avec l’informatique quantique et toutes les technologies qui nous promettent des vitesses toujours plus vertigineuses, nous resterons des êtres de chair et de sang, vivant sur cette même Terre. Imaginons que nous habitions toujours la même pièce, mais que nous décidions d’accélérer absolument tous nos mouvements : le café serait prêt en une seconde, le repas cuit en une seconde, le linge lavé et séché en une seconde, le trajet jusqu’à la porte réduit à presque rien. Tout irait plus vite. Mais pour aller où ?

    Si notre condition humaine, elle, ne change pas, à quoi bon accélérer indéfiniment tout ce qui nous entoure ? Nous risquons simplement de remplir chaque seconde libérée par une nouvelle activité, puis une autre, jusqu’à transformer notre existence en une course permanente. Le progrès technologique nous permet peut-être de gagner du temps. Mais avons-nous réellement appris à vivre ce temps ?

    Il y a quelque chose de profondément paradoxal à vouloir supprimer l’attente, la lenteur, les intervalles et les silences d’une existence qui, elle, demeure limitée par notre corps, notre attention et notre besoin de repos. À force de vouloir que tout soit instantané, nous risquons de ne plus vivre plus vite, mais simplement de vivre dans l’urgence.
    Et peut-être que cette accélération permanente ne nous conduit pas vers une vie meilleure, mais vers une forme de névrose collective : celle de ne plus savoir quoi faire d’un instant qui n’a pas besoin d’être optimisé.

    • kl42 dit :

      Merci pour ce message important.
      Si je puis ajouté ma petite pierre à l’édifice je dirais.
      Faut il réapprendre l’ennuie.

  12. Alain d dit :

    Le prise de tête !
    Onde-corpuscule, qui suis-je ? Ni l’un, ni l’autre mon capitaine.
    Avec les spins qui snobent totalement la mécanique classique.
    La spintronique, nanotechnologie, vaste sujet, les nano-bidules nous envahissent.
    L’onde du Qubit fluctue de 0 à 1, mais la mesure arbitraire va pondre le 0 ou le 1, à un l’instant T.
    Et c’est non reproductible et non enregistrable, c’est ballot.
    Quelles normes métrologiques sont choisies, avec quels degrés de tolérances, au regard des possibilités non infinies des capteurs ?
    Les ondes fluctuantes, le hasard et les probabilités :
    M. Born avec un soupçon de E Schrödinger, sans en abuser, puis N. Bohr.
    Dès qu’il y a des probabilités, ça devient mesurable, c’est super !