À son tour, l’US Navy se met en quête d’un drone de combat collaboratif embarqué

Au début des années 2010, l’US Navy avait pris beaucoup d’avance dans le domaine des drones de combat embarqués. Et cela grâce au démonstrateur X-47B de Northrop Grumman. À l’époque, il s’agissait de permettre à ses porte-avions de contrer les dispositifs de déni et d’interdiction d’accès [A2/AD] sans risquer de perdre leurs F/A-18E/F Super Hornet et leurs F-35C.

Seulement, en 2016, l’US Navy estima qu’un drone capable de ravitailler en vol les chasseurs-bombardiers d’un groupe aérien embarqué [GAé] serait beaucoup plus utile et que les capacités A2/AD déployées par un adversaire pourraient très bien être «traitées» par les F-35C grâce à leur furtivité. D’où le lancement du programme C-BARS [Carrier-Based Aerial Refueling System], lequel s’est concrétisé avec le MQ-25 Stingray de Boeing.

Ainsi, avait alors expliqué l’US Navy, dix drones ravitailleurs permettraient à deux fois plus de chasseurs-bombardiers embarqués de frapper de «plus loin et plus fort». Quant au X-47B, son développement fut abandonné.

Dix ans plus tard, alors qu’il n’est quasiment plus question que de «drones de combat collaboratif» [CCA] et d’avions de combat de 6e génération, la marine américaine a encore revu sa position.

En effet, le 31 août, son commandement des systèmes aériens navals [NAVAIR] a émis une demande d’informations [RFI] auprès de l’industrie afin de développer deux prototypes de CCA pouvant être mis en œuvre depuis le pont d’envol d’un porte-avions [c’est-à-dire lancés par catapulte].

Sans préciser l’autonomie souhaitée pour ces appareils, cette RFI indique que ces prototypes devront posséder une «autonomie et une capacité de charge utile étendues» tout en étant le moins encombrants possible sur le pont d’envol et en s’intégrant à l’infrastructure des porte-avions existants. En clair, ils ne devront pas exiger de modifications importantes à bord de ces navires.

«Les dimensions physiques, la hauteur, la largeur et le poids doivent respecter les exigences du pont d’envol, des ascenseurs et des hangars», insiste la RFI. En outre, ces CCA devront pouvoir être mis en Å“uvre via le système MD-5 [UMCS pour Unmanned Carrier Aviation Mission Control System], c’est-à-dire la même station de contrôle embarquée que celle utilisée par le MQ-25 Stingray.

Enfin, ces CCA devront non seulement être dotés d’une soute interne mais aussi emporter, en externe, quatre munitions affichant chacune une masse de 1 134 kg [soit 4 536 kg au total].

«Les conceptions prévoyant un emport d’armement aussi bien interne qu’externe seront prises en compte, la capacité et la survivabilité constituent des facteurs déterminants lors de l’évaluation», précise toutefois la RFI.

En outre, il s’agit d’aller beaucoup plus loin que les deux CCA développés pour l’US Air Force, le YFQ-44A Fury d’Anduril et le YFQ-42A Dark Merlin de General Atomics étant seulement optimisés pour les engagements air-air. En effet, les drones souhaités par l’US Navy devront aussi effectuer des frappes dans les environnements contestés.

Enfin, ces CCA embarqués devront évoluer aussi bien aux côtés d’avions embarqués que de manière autonome.

Quoi qu’il en soit, cette RFI a été publiée alors que le choix de l’industriel qui développera le F/A-XX, c’est-à-dire le futur chasseur-bombardier de 6e génération embarqué n’a pas été annoncé au cours du mois d’août, contrairement à ce qu’avait assuré l’amiral Daryl Caudle, le chef d’état-major de l’US Navy.

Pourtant, une décision aurait bien été prise… mais elle doit encore être confirmée au niveau supérieur. Et comme le poste de secrétaire à la Marine était vacant jusqu’à la nomination de Hung Cao, ce 2 septembre, le processus n’a pu que prendre du retard. Pour rappel, ce programme doit se jouer entre Boeing et Northrop Grumman.

Photo : X-47B / US Navy

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11 contributions

  1. Ouf ouf dit :

    En 2014 le X-47B de Northrop Grumman a marqué l’histoire…
    il pouvait décoller et atterrir sur son porte-avion et cela sans aucune intervention extérieur…
    de manière totalement autonome…
    mais la Navy devait trouver cela trop nul…

    • Magic38 dit :

      L’US Navy a peur du changement, ils préfèrent rester sur ce qu’ils connaissent depuis 40 ans, quand ils ont rationalisé leurs groupes aériens vers seulement 2 modèles de chasseurs (F-14 / Hornet et Super Hornet / F-35C). Ce groupe aérien comporte un Hawkeye, le PA est escorté par plusieurs destroyers Arleigh Burke et croiseurs Ticonderoga.

      Cette structure n’a pas changé depuis la guerre froide. Et maintenant qu’ils doivent renouveler tout ça, ils ont peur de faire le grand saut et tout révolutionner. Sauf qu’en face la Chine n’attend pas.

  2. Fralipolipi dit :

    Ce drone de combat embarqué US semble correspondre totalement à ce que nous recherchons pour notre propre drone UCAS (dérivé nEUROn) que nous souhaitons également « navalisable ».
    …. Quel dommage que Dassault ne puisse pas collaborer avec les champions de l’aeronautique US, vu que nous avons ici les mêmes besoins …

    • G dit :

      … Quel dommage surtout que nous ne soyons pas capables de produire une vision claire et cohérente de nos priorités stratégiques et des fameux « besoins » qui sont censés en découler, au lieu de se laisser peindre les lunettes par les gentils concessionnaires ; cela aiderait sans doute beaucoup à sortir de l’ornière.

      • Fralipolipi dit :

        @G
        Va falloir détailler un peu là 😉
        (même si on sait que vous avez le PAN NG dans le viseur).
        .
        A mon avis, tous les projets déjà initiés en France (UCAV inclus) peuvent tous être menés (de front), et doivent l’être.
        La contrainte est certes budgétaire, mais avant cela c’est aussi et surtout une question de frilosité de l’Etat.
        Le gouvernement français n’aime investir dans son industrie que lorsque
        – il n’a pas le choix
        – le retour sur investissement est assuré, simple et immédiatement perceptible
        .
        Or, de nos jours, l’investissement dans notre BITD (restée trop longtemps tabou auprès des financiers européens) est :
        – certes de plus en plus élevé
        – mais ramène aussi de plus en plus de devises dans notre économie (directement comme indirectement)
        .
        Le retour sur investissemnt, pour un système d’arme réussi, peut être justement excellent.
        Et la saga du Rafale en est précisément une parfaite illustration.
        Au début, 95% des Français et politiques français ralaient après Dassault parceque cet avion coutait soi-disant trop cher (même si nettement moins qu’un Typhoon … tout le monde s’en moquait).
        Et aujourd’hui, le Rafale est une success story, le produit phare des exports de notre BITD, qui rapporte à notre pays sur 20 ans bien plus que ce qu’il n’a coûté.
        … et ce en dehors de toute considération, pourtant les plus importantes, que sont l’aspet de l’efficacité militaire et du bénéfice de la si cruciale souveraineté …
        .
        Nous savons, qu’il y a fort à gagner en finançant et réalisant cet UCAV,
        tout comme il y a fort à gagner à réaliser le moteur TRex et le standard F5 du Rafale,
        comme Naval Group a fort à gagner à faire évoluer ses silos Sylver vers plus de polyvalence (comme pour le Sylver Lanceur Froid que NG va développer pour les missiles CammER, … financés par la Suède donc !!!), en lançant enfin et au plus vite, avec le soutien « financier » de l’Etat le développement d’une version plus souple du Sylver A70, pouvant recevoir soit les MDCn, soit les Aster30, soit même le futur Aquila …. plutôt que d’être bloqué sur un type d’arme unique, comme aujourd’hui.
        Une telle polyvalence des Sylver pourrait décupler l’attractivité des VLS européens (français) pas que chez NG, mais aussi chez Ficantieri, Saab, Damen, etc … et favoriser en même temps les armes européennes type Aster.
        C’est un investissement avec haute probabilité de rentabilité.
        …. Et bien ce n’est toujours pas suffisant … notre gouvernement y croit peut-être (sans doute), mais préfère se faire attendre au maximum, quitte à tout retarder et manquer des opportunités … plutôt que de jouer les locomotives et aller chercher – avec notre BITD – les belles opportunités et perspectives, en mode pionniers … avant la concurrence donc … et pas après tout le monde (comme pour les drones MALE ……………).
        .
        Bref, ce n’est pas un problème de moyens, c’est un problème de mentalité !
        … et chez nous, il y a hélas de gros risques qu’un fonctionnaire, même élu, reste un fonctionnaire, sans esprit pionnier aucun !
        Nos gouvernants ont passé trop de temps en charentaises, et personne ne veut mettre ses c…..s sur la table (désolé pour cette dernière image un peu déplacée, on mettra ça sur dos de la fin de semaine).

  3. Malazgirt1071 dit :

    En gros , les USA veulent un plus gros drone autonome et ont compris que les YFQ-44A et YFQ-42A étaient trop légers pour être efficients , emport faible , pas de radar donc pas de missions autonomes etc etc ,deux des innombrables projets qui finiront au stade de prototype et rangés dans des hangars , heureusement que les USA ont la planche à billets car ce ne sont pas des génies visionnaires . 🙂 🙂
    Attention quand même , je ne dis pas qu’ils ne font rien de bon dans le secteur de la défense mais avec tout l’argent qu’ils dépensent inutilement , ils pourraient faire beaucoup mieux et nourrir les millions de personnes ne mangeant pas à leur faim et donner à la population un système de santé digne de ce nom .

    • Philippe dit :

      @Malazgirt. Les FQ-42 et FQ-44 sont en production de série… Ils correspondent aux besoins de l’US Air Force dans cette partie « increment 1 ».. Ils peuvent être équipés de radar… La phase suivante « Increment 2 » est lancée… plus de 10 compagnies y ont répondu. On ne connaît pas encore le cahier des charges.. Les besoins de la Navy sont bien différents de ceux de l’US Air Force, rien de nouveau sous le soleil..

    • Lait du lion dit :

      Et ils pourraient offrir un lot de F-35 à Erdogan.

  4. rational dit :

    La frontière entre un drône et un avion sans pilote reste à définir

  5. G dit :

    Mieux vaut tard que jamais. La révolte grondait en interne depuis un moment déjà, depuis cet apparent refus d’obstacle puis le leadership pris par la Chine.
    La sortie de l’impressionnant Type76 a peut-être servi de catalyseur.

    Trois bonnes nouvelles cependant :

    – L’éclatant succès du X-47B, qui fournit une excellente planche de départ.

    – Le très réussi MQ-25, désormais proche du service actif et qui a été conçu dès le départ avec la marge permettant un emploi ou une adaptation à la frappe longue distance et a d’autres missions. A sa grande utilité comme ravitailleur s’ajoutera sa capacité à faire un Ucav interimaire très acceptable ; ce pari demeure donc gagnant.

    – Les budgets et l’écosystème aérospatial historique américains, qui sont toujours, et quoi qu’on aime en dire ici et là pour se consoler, au top.

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