La piste d’un acte intentionnel n’est pas exclue pour expliquer l’incendie survenu à bord de l’USS New Orleans

Le 20 août 2025, alors qu’il naviguait au large de la base navale américaine «White Beach» d’Uruma [Okinawa, Japon], le navire d’assaut amphibie USS New Orleans signala qu’un incendie s’était déclaré à son bord, précisément au niveau de sa proue. Grâce à l’assistance des forces navales d’autodéfense japonaises, le feu fut maîtrisé au bout de douze heures.

Ayant pu revenir à la base navale de Sasebo, l’USS New Orleans fut inspecté par les techniciens du Centre régional de maintenance de l’US Navy [SRF-JRMC pour Japan Regional Maintenance Center]. Ceux-ci déterminèrent que l’incendie, malgré sa durée, n’avait pas compromis la structure du navire. En revanche, ils évaluèrent le coût des réparations à environ 12 millions de dollars.

Comme il est d’usage en pareil cas, le Naval Criminal Investigative Service [NCIS] fut chargé de mener une enquête. Et il vient de rendre ses premières conclusions.

Ainsi, la gravité de cet incendie s’expliquerait par la présence de «matières dangereuses non autorisées» près d’une pile d’une centaine de boîtes contenant du… papier toilette. Celles-ci auraient rendu les systèmes d’extinction automatique totalement inefficaces.

Ces matières «dangereuses», dont des aérosols et une «boîte métallique contenant un liquide inconnu», ont en effet «constitué une source de combustible importante qui a prolongé la durée et l’intensité de l’incendie», avance le rapport du NCIS, cité par Stars & Stripes.

Cependant, ce dernier n’est pas en mesure d’en préciser la cause exacte. Un négligence de la part d’un marin fumeur ou «vapoteur» n’est pas exclue, l’hypothèse d’un acte intentionnel n’est pas non plus écartée à ce stade des investigations.

S’il a salué l’attitude de l’équipage face à ce sinistre, le rapport a cependant noté son incapacité à réagir promptement pour empêcher la propagation des flammes ainsi que son manque de connaissances sur les systèmes de lutte contre les incendies du navire.

En outre, il a recommandé de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de son commandant, du chef mécanicien et de l’officier de bord chargé du «contrôle des avaries» [c’est à lui que revient de diriger la lutte contre un incendie éventuel et d’organiser des exercices pour l’équipage, ndlr].

Quoi qu’il en soit, l’USS New Orleans a repris son cycle opérationnel en janvier dernier. Cela «témoigne de la capacité de l’équipage à surmonter un revers matériel, à en tirer les leçons et à reprendre le combat», fit valoir l’US Navy, à l’époque.

Pour rappel, l’USS New Orleans est l’un des douze navires de type LPD [Landing Platform Dock] appartenant à la classe San Antonio. D’un déplacement de 23 100 tonnes, il est mis en œuvre par un équipage de 361 marins et peut transporter 700 à 800 soldats de l’US Marine Corps [USMC] ainsi que 14 véhicules. Il est doté de quatre hélicoptères et d’embarcations de débarquement, à savoir deux hydroglisseurs LCAC.

Photo : USS New Orleans – US Navy

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20 contributions

  1. PHILIPPE dit :

    Comme le NCIS est saisi Gibbs va faire toute la lumière sur cette regrettable affaire.

    • Golf November dit :

      Je me demande si l’ATF n’est pas aussi sur le coup, dans la mesure où on parle d’incendie sur une propriété fédérale.

    • farragut dit :

      S’agissant de l’USS New Orleans, ce serait plutôt à l’équipe de « King » (Dwayne Cassius Pride) d’agir et de trouver le ou les coupables…
      https://fr.wikipedia.org/wiki/NCIS_:_Nouvelle-Orl%C3%A9ans
      Cela dit, il y a eu des « cross-over » ces derniers temps, où Gibbs et Pride ont travaillé ensemble, toujours sous la supervision de Leon Vance, bien entendu ! 😉

    • Trent dit :

      Oui mais l’accusé principal sera défendu par le JAG (avocat, pilote de chasse, cuisinier, électricien, chanteur, humouriste etc …)

  2. olivier dit :

    Je me demande quand même si un acte volontaire ne serait pas préférable à un acte accidentel doublé d’une incompétence prouvée (sanction contre la chaine de commandement, procédures de lutte contre les incendies mal appliquées, etc.). Ça éviterait de passer pour des blaireaux.

    Ça sent le remake de Hot Shot…

  3. jean luc dit :

    Éteindre un feu sur un navire est vraiment difficile et dangereux, à cause des gaz, de la fumée, de l’étroite des coursives, qui font office de cheminée. Il faut pour cela un équipage parfaitement entraîné et connaissant parfaitement les protocoles. Visiblement il y a eu des manquements dans l’entraînement de l’équipage d’oú des sanctions contre 3 officiers ,donc le commandants . un simple avis d’ancien marin

  4. Nogoa dit :

    Un équipage qui crée des situations dangereuses sans s’en rendre compte ou sans réagir, qui ne connait pas parfaitement les systèmes du navires et qui ne réagit pas de façon optimale en réaction à un incendie : cet équipage manque peut-être de formations, d’exercices de réaction aux situations d’urgence et est peut-être soumis à un rythme opérationnel trop élevé.

    1/ Rythme opérationnel trop élevé et manque d’exercices de réaction aux situations d’urgence :
    « Ainsi, la gravité de cet incendie s’expliquerait par la présence de «matières dangereuses non autorisées» près d’une pile d’une centaine de boîtes contenant du… papier toilette. Celles-ci auraient rendu les systèmes d’extinction automatique totalement inefficaces. »
    Des articles sont parus ici et là concernant des équipages épuisés par des périodes à la mer interminables aux USA (sur porte-avions) ou au UK (sur SNA). L’épuisement peut conduire à ne pas identifier le risque lié au stockage de matériaux dans un lieu inapproprié, ou à ne pas réagir même si on a conscience d’une situation dangereuse. De plus, le tempo opérationnel peut conduire à ne pas appliquer tout le programme d’exercices de réaction.

    2/ Manque de formation
    « S’il a salué l’attitude de l’équipage face à ce sinistre, le rapport a cependant noté son incapacité à réagir promptement pour empêcher la propagation des flammes ainsi que son manque de connaissances sur les systèmes de lutte contre les incendies du navire. »
    Il y a peut-être ici un problème plus profond que la gestion du navire en mer. Les membres d’équipage doivent connaitre en détail le fonctionnement de leurs systèmes pour être capables d’analyser et décider rapidement de la conduite à tenir en situation de crise. Par exemple, ils doivent connaitre intimement le fonctionnement des différents systèmes de lutte incendie. Pareil pour être capable d’opérer leur unité navale en situation dégradée. Par exemple, un système particulier peut faire l’objet d’une perte de capteur, d’effecteur ou même d’élément physique du système de contrôle. Pour continuer à utiliser ce système, il faut mettre en place des inhibitions, des forçages, donner des consignes manuellement au lieu du mode automatique. Ce n’est pas en mission en mer qu’on va faire la formation théorique ou l’entrainement sur simulateur nécessaire à la compréhension fine du fonctionnement des différents systèmes du navire. Ici il y a peut-être un défaut de programme de formation de l’équipage, quelque chose qui est décidé en état-major, loin au dessus des têtes de l’équipage.

    3/ Accentuation des facteurs de situation dégradée avec le temps de crise
    Quand la situation internationale devient tendue, les unités navales ont toutes les chances de passer plus de temps à la mer. Les équipages fatiguent, en même temps que les opérations de maintenance peuvent être repoussées à tous les niveaux (opérations simples faites par l’équipage repoussées du fait du tempo opérationnel, maintenances d’équipement qui nécessitent l’intervention d’une équipe externes repoussées à une escale ultérieure, gros arrêts de maintenance reportés sine die …). L’intégrité technique des navires se dégrade en même temps que l’équipage se fatigue. Si on en arrive à une situation de combat, les mêmes facteurs sont amplifiés de plusieurs ordres de grandeur. Par exemple, on peut imaginer qu’un navire se prenne des dommages (missile ou autre) et doive pourtant continuer à opérer dans la même zone. Dans ces conditions, l’excellence de la formation et de l’entrainement à la réaction aux situations d’urgence est primordiale pour maintenir l’intégrité opérationnelle de la flotte.

    Tout ça pour dire que je suis ravi de ce que nos frégates sont opérées en double équipage, en tant que citoyen comme en tant que contribuable. Au delà de l’utilisation optimale des unités navales, le double équipage permet de maitriser la fatigue et donne le temps de maintenir le niveau de formation de l’équipage (à condition bien sûr de réellement faire l’effort de maintien des compétences du personnel), afin qu’il ne soit pas un utilisateur basique désorienté quand on sort des conditions nominales mais plutôt un opérateur expert capable de gérer facilement les modes dégradés.
    De plus, dans une crise prolongée, il faut aux alentours de 2 ans pour sortir une nouvelle frégate, alors qu’il faut de l’ordre de 10 à 15 ans pour former un nouvel équipage, voire 20 ans pour les principaux cadres.

    • Prof de physique dit :

      Votre commentaire illustre parfaitement ce que j’ai souvent affirmé et enseigné.
      Le bon sens, surtout le bon sens pratique, n’est pas opérationnel devant des systèmes complexes.
      J’ai connu un professeur de philosophie qui disait lors de son premier cours de l’année :
      « le bon sens est la somme des préjugés qui nous permettent de ne pas réfléchir ».

      Devant un système ou un domaine complexe (les sciences physiques, l’informatique, un navire civil ou militaire,…), il faut réfléchir, et pour réfléchir, il faut des éléments de réflexion, donc connaitre le sujet.

    • aleksandar dit :

      L’ US Navy a déjà fait partir des navires en mission avec des équipages réduit a cause des problèmes de recrutement.
      Ce qui augmente la fatigue de l’équipage.
      Et comme en cas d’incendie nombre de personnels doit rester a poste pour les opérations courantes, la réduction d’effectifs peut amener un manque de personnel pour lutter contre l’incendie.

      • farragut dit :

        Mais il peut y avoir des cas où le missile coupe les circuits d’alimentation en eau utilisés pour la lutte contre les incendies à bord…
        Ce cas s’est produit lors de l’attaque contre l’USS Stark par le Falcon 50 irakien équipé de deux Exocet…
        Un des deux Exocet a perforé la coque de part en part, mais a laissé sa charge militaire non explosée à bord… Coup de chance ?
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_l%27USS_Stark
        Voir aussi l’article « Un Falcon 50 lance-missiles : avion d’affaires contre navire de guerre » paru dans le magazine Le Fana de l’Aviation n° 470 de
        Janvier 2009, Pages 41 à 45
        Auteurs : Ahmad Sadik et Tom Cooper
        Traduction : Michel Bénichou

    • Jacques999 dit :

      Merci pour ce commentaire!
      Personnellement j’ajouterais le culte aux systèmes électroniques, qui ajoutés à vos points créent une de-ronspasibilisation inconsciente des personnes qui font le bouleau et n’intègrent pas toutes les dimensions de la vie à bord.

  5. Roland DESPARTE dit :

    HS – Réponse à @Howk, sa question du 25 août 2026 à 11:42, concernant la perte d’un Rafale lors de l’opération Sindoor (Désolé je n’avais pas vu votre question !)
    Voici mes sources :
    Avion-chasse.fr (France) : https://www.avion-chasse.fr/sindoor-eric-trappier-refute-les-pertes-de-rafale-lors-dun-combat/
    The Print (Inde) : https://theprint.in/defence/no-rafale-shot-down-in-combat-india-lost-one-to-technical-malfunction-probe-on-dassault-ceo/2682617/
    Attention cette affirmation a fait l’objet d’un démenti du directeur de la communication de Dassault selon lequel Éric Trappier n’a jamais admis « la perte d’un avion, sans contact avec l’ennemi, due à une défaillance technique à haute altitude ».
    A ce jour, aucune communication ou information officielle indienne détaillée n’a été publiée, si ce n’est cet article d’INDIAN TODAY (Inde), selon qui il y aurait toujours 36 Rafale en service (Sur 36) :
    https://www.indiatoday.in/india/story/air-force-iaf-document-36-rafales-pakistan-operation-sindoor-loss-claims-2932499-2026-06-23
    Côté ministère voici deux communiqués se rapportant à la « Perte présumée d’un Rafale »
    Non daté : https://www.defense.gouv.fr/desinformation/nos-analyses-froid/rafale-face-desinformation-lecture-strategique-dun-ciblage-informationnel
    23.02.2026 : https://www.defense.gouv.fr/desinformation/actualites/decryptage-desinformation-au-service-competition-industrielle
    En conclusion : A ce jour, on n’en sait rien.

  6. G dit :

    « le rapport a cependant noté son incapacité à réagir promptement pour empêcher la propagation des flammes ainsi que son manque de connaissances sur les systèmes de lutte contre les incendies du navire. »
    Aïe… cette supposée qualité d’entraînement, de préparation et de maîtrise des incendies est censée constituer l’un des avantages au combat de la Marine sur ses rivales.
    Pas étonnant que ça fasse grincer.

    • rainbowknight dit :

      Ce sont les excès de Pete qui se font ressentir ….
      Purger les Armées n’est jamais une riche idée dans une Amérique en déclin…. malgré des apparences trumpeuses.

  7. Kardaillac dit :

    C’est toute la chaîne de commandement qui est en défaut, et c’est plus grave que le soupçon d’un acte de malveillance.
    Cet équipage fut incapable de maîtriser un simple feu à bord. On n’ose imaginer un feu au combat.

  8. ji_louis dit :

    Je ne sais pas combien de temps ce navire a été déployé en mer lors de cette mission mai cet incendie dans une zone a priori peu risquée est une méthode efficace pour forcer le retour au port !

  9. Carin dit :

    Chez les US, il n’y a pas de double équipages… il n’est pas rare qu’un équipage passe plusieurs mois (jusqu’à 8), en mission.
    La France est le seul pays au monde à instaurer un changement d’équipage, tout les 4 mois maximum, y compris sur les SNA, et SNLE,
    ( ces derniers reviennent à leur base, pour ce changement après remise en état du soum).
    Je ne doute pas que les US y viendront, la fatigue morale, et physique des marins, font qu’ils ne renouvellent pas leur engagement. Sans compter les « bêtises » qu’un équipage au bout du rouleau fait (nous avons plusieurs exemples sur le sujet), et qui coûtent une blinde à l’US NAVY, en plus de la peine que subit celle-ci, pour recruter suffisamment de personnels, et à les former, pour faire tourner ses bateaux, en demi teinte, vu le nombre croissant de problèmes qu’il se passe sur ces coques. Et c’est pareil pour les autres armées US.

    • Marsupial dit :

      @Carin. Les SNLE US ont 2 équipages… Quant au recrutement et au renouvellement de contrats, paradoxalement, ils n’ont jamais été aussi élevés que ces 2 dernières années, dans l’US Navy et l’US Air Force, depuis des lustres… L’USMC , elle, faisant figure d’exception car elle remplit ses quotas depuis plus de 10 ans..