L’US Army va installer des microréacteurs nucléaires dans cinq de ses bases pour 2,2 milliards de dollars

En 2020, afin de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et de renforcer la résilience de ses emprises militaires, notamment celles à l’étranger, le Pentagone notifia des contrats à BMX Technologies, X-energy et Westinghouse Governement Services pour développer un microréacteur nucléaire d’une puissance comprise entre 1 et 5 mégawatts et affichant une masse inférieure à 40 tonnes pour faciliter son transport par la route, le rail, la mer ou les airs.

L’objectif de ce programme, appelé PELE, «est de permettre aux unités de disposer d’une alimentation électrique propre, presque illimitée, afin qu’elles puissent étendre ou consolider leurs opérations pendant des périodes prolongées partout sur la planète», avait-il expliqué, à l’époque.

Trois ans plus tard, l’US Air Force fit savoir qu’elle avait retenu le groupe Oklo Inc. pour concevoir et exploiter, pendant trente ans, un microréacteur nucléaire, «autorisé par la Commission de réglementation nucléaire» sur la base aérienne d’Eielson, en Alaska.

«Les microréacteurs sont capables de produire de l’énergie décarbonée. Ils sont équipés de dispositifs de sécurité intégrés qui s’ajustent automatiquement aux conditions et à la demande pour éviter la surchauffe. La capacité de cette technologie à fonctionner indépendamment du réseau commercial et à réduire les émissions de gaz à effet de serre en fait une source d’énergie prometteuse pour les infrastructures critiques de sécurité nationale», fit-elle alors valoir.

Puis, l’an passé, le président Trump a amplifié ce mouvement en signant un décret exigeant l’accélération du déploiement de «technologies de réacteurs nucléaires avancées» au sein des forces américaines pour des impératifs de «sécurité nationale».

«L’infrastructure informatique de pointe nécessaire aux capacités d’intelligence artificielle et aux autres ressources essentielles aux missions, au sein des installations militaires […] et des laboratoires nationaux, exige des sources d’énergie fiables […] à l’abri des menaces extérieures et des pannes de réseau. La vulnérabilité de ces installations […] aux interruptions d’approvisionnement énergétique représente un risque stratégique qu’il convient de prendre en compte», était-il avancé dans ce texte.

L’US Army emboîta donc le pas de l’US Air Force en lançant le programme JANUS, via un appel à projet émis en novembre dernier par la Defense Innovation Unit [DIU]. Et de préciser que neuf emprises avaient été préselectionnées pour recevoir un microréacteur nucléaire modulaire [SMR]. Finalement, il n’y en aura que cinq pour le moment.

En effet, le 26 août, l’US Army a annoncé qu’elle venait de notifier des contrats pour un montant total de 2,2 milliards de dollars pour la «construction, l’acquisition et l’exploitation de microréacteurs nucléaires» pour cinq de ses bases, à savoir celles de Fort Bragg [Caroline du Sud], de Fort Campbell [Kentucky], de Fort Hood [Texas], de Fort Benning [Géorgie] et de Fort Drum [New York].

Ces microréacteurs seront fournis par Antares Nuclear Inc., BWXT Advanced Technologies, General Atomics Electromagnetics Systems, Radiant Industries et Westinghouse Government Services.

«L’attribution de ces contrats accélère notre capacité à fournir une alimentation électrique de base sûre et fiable directement à nos installations. […] Nous renforçons la résilience énergétique nécessaire pour projeter notre puissance de combat à l’échelle mondiale, sans dépendre de réseaux électriques externes potentiellement vulnérables», a commenté Dan Driscoll, le secrétaire à l’US Army, dans un communiqué.

Photo : General Atomics Electromagnetics Systems

Voir aussi...

 

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. [Voir les règles de confidentialité]

46 contributions

  1. G dit :

    Ça fait un gros tas de sous pour peu de megawatts… connaît-on la durée de ces contrats ?

    • Ouf ouf dit :

      Ça fait surtout un gros tas de merd.. radioactif
      Si une attaque saturante de missiles tombe dessus…
      Houston, we have a big problème…

  2. Robmac dit :

    Si cette solution technique est viable, elle est valable. Les Russes ont fait de même avec des bases pétrolières dans le nord de la Sibérie, et ce pourrait être une solution pour les très grands centres industriels … si l’on sait quelles sont les sources de refroidissement !

    Une remarque : l’énergie nucléaire est décarbonée certes, mais elle produit des déchets mortels pendant des décennies, voire pour certains pendant des dizaines ou des centaines de milliers d’années, ce qui est un détail !!!

      • Robmac dit :

        La transmutation des déchets a été le rêve des ingénieurs nucléaires depuis l’origine ; ils étaient sûrs que ce sera réalisé un jour, d’où une fuite en avant.

        L’article date de 2021 ; je n’ai jamais entendu parlé d’une quelconque réalisation …

        • Czar dit :

          un peu comme la pet dans le monde de ta génération aérophagiquement bavarde ?

          • Robmac dit :

            Ah mais voilà le Césarion nain ! Dans un récent message vous parliez des ‘Vietnamiens rouges’, et je n’ai pas pu vous répondre car les commentaires étaient bloqués.

            Les ‘Vietnamiens rouges’ ont vaincu les Français, les Américains, les Sud-Vietnamiens, les Khmers rouges et les Chinois … Et vous ?

          • Czar dit :

            les vietnamiens rouges n’ont pas « vaincu » ni les français, ni les américains.

            jamais giap n’aurait été capable de mettre dehors l’armée française si nous avions réellement voulu conserver l’indochine à tout prix. pareil pour les américains.

            dien bien phu est survenu APRES que le gouvernement français ait décidé de ne pas poursuivre l’effort en Indo, et il est d’ailleurs survenu pour cette raison : négocier notre départ en position de force.

            un conflit dans un territoire périphérique dont les objectifs politiques ont constamment changé durant le conflit, n’est en rien comparable avec la victoire ou la défaite lors d’une guerre totale où se joue le destin d’un pays.

            c’est d’ailleurs l’un des problèmes centraux des armées occidentales depuis la fin de la 2ème GM

            ironiquement on a conservé la problématique jusqu’à barkhane

            comme toute ta génération de moutons bavards, auto-fasciné par le son de ta parlotte et les slogans qui ont constitué toute ta pauvre pensée, tu emploies des termes vides dont tu ne saisis pas la signification : tu penses dire, tu as l’air de dire, sans jamais vraiment coller au fond du sujet

            bref de l’aérophagie argumentative comme je le soulignais précédemment.

        • Alternative dit :

          Réutiliser des déchets pour produire de l’énergie, il y a plusieurs technologies nucléaire qui sont en production sur ce principe, notamment pour le plutonium. Aucune n’est pas à base de laser, mais le MOX des centrales française fait partie de ces technologies, même si cc’est sous optimal par rapport à ce qui pourrait être fait.

    • AntonioD pcc Christovam BeZZon dit :

      C’est à Ust-Kuyga .
      Sur la base d’un réacteur naval RITM-200 mais c’est un SMR .

  3. farragut dit :

    Et l’Allemagne, elle en dit quoi, si Trump décide d’installer des « micro-réacteurs » nucléaires dans la base de l’USAFE et du US Space Command de Ramstein ?
    Alors, Angela, heureuse ? 😉

    « Welcome to Ramstein » ! 😉
    https://www.ramstein.af.mil/PCS-Info/Newcomers-Info/
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Base_a%C3%A9rienne_de_Ramstein
    https://www.spaceforce.mil/About-Us/-Space-Force-Components/US-Space-Forces-Europe-Africa/
    https://ac.nato.int/missions/we-coordinate-nato-space-matters
    https://spacenews.com/u-s-space-force-activates-new-unit-to-support-operations-in-europe-and-africa/

    A moins que Trump décide de « relocaliser » le commandement de la Space Force in Europe sur le territoire continental des USA, il paraitrait logique que cette base « aérienne » (US) devienne le prototype d’une véritable base autonome en énergie (propre, non carbonée).
    Reste la question du retraitement des (micro-)déchets radioactifs: à la charge de l’Allemagne, avec retraitement et extraction du Pu à la Hague ?

    A noter qu’il y a eu un « précédent » dans les années 1960, avec un réacteur nucléaire américain enfoui sous la glace, sur un territoire européen (danois), du temps de Camp Century, au Groenland…
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_Century
    Autre temps, autre mœurs !

    • Alternative dit :

      « Fort Bragg [Caroline du Sud], de Fort Campbell [Kentucky], de Fort Hood [Texas], de Fort Benning [Géorgie] et de Fort Drum [New York]. »
      .
      Laquelle est sur le territoire allemand ?

  4. prof de physique dit :

    Si le réacteur est assez puissant, il peut même contribuer à alimenter le réseau civil local, ce qui peut améliorer l’intégration de la base (si elle n’est pas dans un lieu désertique).
    La récupération de la chaleur est un enjeu et un avantage important dans des régions comme l’Alaska. Un réacteur nucléaire ne dépasse généralement pas 35 % de rendement. Il reste donc 65 % de chaleur dont on doit pouvoir récupérer une bonne partie, surtout si c’est pour du chauffage de locaux ou de serres à 18 °C.
    (Plus c’est chaud moins c’est rentable).

    Il reste toujours le même problème.
    Il n’y a pas de solution acceptable et réaliste actuellement pour les déchets nucléaires, et je n’en vois pas arriver.
    Mais je ne suis plus dans ce secteur depuis longtemps. peut-être il y a-t-il des progrès que j’ignore.
    Les réacteurs à neutrons rapide ne sont une solution que pour les noyaux lourds (lantanides), et comme ce sont des réacteur à fissions, ils produisent toujours une ribambelle de noyaux fissionnés déséquilibrés, donc radio-actif, avec des filiations sur de très très nombreuses années.

    • Raphaël dit :

      35% de rendement ? pas plus qu’un vulgaire moteur a combustion interne de dacia ?

      • Prof de physique dit :

        Le rendement dépend de la différence de température entre source chaude, le réacteur, et la source froide, la tour de refroidissement, les chauffage urbain, etc..
        Il ne faut pas oublier qu’une centrale nucléaire est d’abord une machine à vapeur.
        On ne peut pas trop chauffer le coeur nucléaire pour plusieurs raisons, dont une baisse d’efficacité de capture des neutrons, si je me souviens bien.
        Donc oui, pas plus qu’une Dacia.

      • Fabien Tremm dit :

        Vous venez d’apprendre la thermodynamique?
        Oui, le nucléaire a un « mauvais » rendement du thermique vers l’électrique. A cause des lois de la thermodynamique, avec les températures de chauffe dans les centrales nucléaires, le maximum d’efficacité de la conversion du thermique vers l’électrique théorique est de 45 à 50% (dépend des températures en place, avec du 300°C chauffé, et 27°C à froid, le cycle de Carnot a une limite d’efficacité théorique de 47.6%.
        Autrement dit, les 35% d’efficacité, c’est entre 70 et 75% de la limite d’efficacité.
        Hé oui, transformer de la chaleur en travail, c’est compliqué.

      • Mouarf dit :

        Oui les lois de la physique sont les mêmes, pour les moteurs automobiles et pour les réacteurs nucléaires.

      • Ouf ouf dit :

        Qu’est ce que vous avez contre Dacia…
        Pour leurs prix, c’est des très bonnes voitures
        Vous seriez pas du genre m’as Tu Vu… avec une audi poli lustré à l’extrême

    • farragut dit :

      D’où l’intérêt d’étudier de plus près la transmutation et le modèle Alpha+ de feu Roberto Monti.
      Le sujet a pour sigle LENR, pour « Low Energy Nuclear Reaction » , et il y a des sites web pour exposer les résultats d’expérience de telles transmutations (cf. les exposés du MIT).
      Comme elles produisent aussi de l’énergie sans production de neutrons, pas de radioactivité à craindre…

    • HMX dit :

      Ce type de réacteur serait particulièrement intéressant pour les îles, et je pense particulièrement à nos outremers, en lieu et place des projets d’éoliennes/centrales solaires par nature très mal adaptés pour résister au climat et tempêtes tropicales…

      Des versions mobiles des SMR, sur remorque ou container standard de 6 mètres (Radiant kaleidos, Westinghouse eVinci, Deployable Energy- Unity Nuclear Battery…), sont également des projets particulièrement intéressants pour l’alimentation temporaire (quelques mois à quelques années) de bases militaires en opération, ou de façon plus pacifique pour fournir de l’énergie aux populations suite à une catastrophe naturelle.

      • AntonioD pcc Christovam BeZZon dit :

        Des  » SMR mobiles  » cela se nomme  » micro-réacteur  » !
        C’est d’ailleurs comme cela que ces développeurs les nomment eux-mêmes …
        Je fais comme le Secutor Orthographix..

  5. Lionel Terray dit :

    Tout ira bien jusqu’au jour ou ils seront tapés par des drones et alors, il ne faudra pas pleurer

  6. Fralipolipi dit :

    « celles de Fort Bragg [Caroline du Sud], de Fort Campbell [Kentucky], de Fort Hood [Texas], de Fort Benning [Géorgie] et de Fort Drum [New York]. »
    Bizarre tout de même … Toutes ces bases, situées dans des zones urbanisées (à l’échelle des USA) pourraient tout aussi bien consommer de l’électricité d’origine nucléaire … civil (car il y a des dizaines de centrales nuke aux US, et alimentant la majorité des zones d’implantations de ces bases là), et ils pourraient alors se contenter d’avoir en sécurité un système de production d’électricité autonome plus traditionnel, sur ces sites là.
    .
    De ce que j’en avais compris, ces miniréacteurs nucléaires étaient plutôt développés pour des bases vraiment isolées (Alaska, Groenland, etc …).
    Bizarre de commencer par des bases qui sont dans des zones où l’appro en énergie n’a jamais été un problème.

    • farragut dit :

      A mon avis, l’implantation de SMR sur une base de l’armée américaine a pour but de réduire les risques liés à une cyberattaquaque des centrales énergétiques civiles ou ceux induits par des sabotages de lignes de transport d’énergie électrique, comme on l’a vu en France récemment.
      Le but n’est pas tellement d’alimenter une base en temps de paix, mais d’être en capacité de réagir à une attaque surprise, en toute autonomie, et sans ajouter du chaos quand il se produit un évènement catastrophique.
      J’espère que nos propres bases, en métropole ou en outremer seront ainsi résilientes en cas de perte de l’alimentation énergétique d’origine civile (cyclones, tremblements de terre, tsunamis, crise climatique, etc) …
      Mais le problème commun à toutes les production d’energie est surtout de conserver la « source froide » en état !!!
      Un « système » est toujours dépendant de son environnement !!! D’où l’intérêt de le conserver.

      • Fralipolipi dit :

        @farragut
        Vous avez totalement raison.
        Maintenant, le Kentucky ou la Georgie, ce n’est quand même pas aussi facile à atteindre pour un quelconque Russe ou Nord Coréen ou Chinois que ne le sont les sites des installations énergétiques ukrainiennes ou baltes …
        .
        S’il y a territoire pas mal sanctuarisé (militairement parlant) dans le monde de part sa géographie et son voisinage, ce sont bien les US … hors Hawaii et Alaska.
        .
        Du coup, faudrait peut-être aussi de tels SMR à Hawaii et en Alaska.
        .
        …. et à Ramstein of course !!!!!!… Non poussez pas, c’est vendredi, et je suis déjà parti –> [ ] 😉

        • Par pare pares parent pars part parts dit :

          On écrit « de part en part » et « de part et d’autre », mais c’est la préposition « par » qui doit être employée dans « de par sa géographie et son voisinage ».

          Toutefois, l’Académie nous rappelle que, dans la mesure où le sens premier de « de par » est « par la volonté de » (« de par le roi »), cette locution ne devrait pas être utilisée au sens de « en raison de ».

          Du fait de sa géographie et son voisinage.

      • AntonioD pcc Christovam BeZZon dit :

        Oui , cela s’appelle un  » microgrid  » ou  » micro-réseau »
        L’ îlotage ne sera peut-être pas le mode de fonctionnement principal mais uniquement en cas de
        problèmes sur les autres sources . C’est un de des principes.
        La production locale peut permettre une réinjection de l’énergie produite sur le réseau et donc de la monnayer !
        Le spécialiste en France c’est Schneider Electric .

    • Thorgal dit :

      Recherche de la résilience pour ces sites, conçus de plus en plus comme des bases autonomes, avec leur propre écosystème.
      Bientôt des exploitations agricoles sur ces bases ? Ca peut faire sourire, mais ce serait logique.

  7. Lado dit :

    Attention autour du « systeme mobile dans un container » il y a des travaux de terrassement et beaucoup de beton armé

    Avec la même techno (HGTR, particules UO2 ou ceramique,Triso ,dans du graphite comme moderateur et refroidi à l’Helium,) il y a pas mal de projets dans le monde.En France un reacteur Jimmy est en projet pour fournir la vapeur d’une des plus grande sucrerie de France à Bazancourt (Marne) (les anti N ont déjà fait part de leur opposition)
    L’interet de ce projet militaire US serait d’amorcer la pompe industielle de ces reacteurs et de la filiétre TRISO ,reduction des risques economiques
    Sur le papier il a pas mal d’avantage en particulier dans la sureté

  8. Rogger dit :

    bon le déploiement de troups dans une base conduits a réglé plusieurs problèmes…
    apporter d’eaux douces et énergies électriques…
    les groups électrogène apportent une solution, mais pour les fortes puissance et une fiabilité dans le temps , ils faut passer a autre chose… l’installation et l’emplois de reacteur nucléaires mobile est une piste a envisager… Reste qu’ils faut un système mobile ( fardeau de 40 tonnes ) . particulier fiable et avec une multitude de systèmes de sécurité…
    Pas simple a réaliser….

  9. tow dit :

    -Ryan, aujourd’hui tu es de TIG de la centrale nucléaire.
    -Non mais c’est tout le temps moi…
    -Ne discute pas!
    -Je ne suis pas bien en ce moment, je ne sais pas pourquoi…
    -Pas d’excuses, tu obéis et cache moi ce troisième téton qui pousse sur ton front.