La Russie menace d’arraisonner des navires européens en réponse aux sanctions visant sa flotte «fantôme»

Le 23 juin, en Méditerranée centrale, la Marine nationale a arraisonné le Deliver, un cargo-pétrolier soupçonné d’appartenir à une «flotte fantôme» exploitée par la Russie pour contourner les sanctions prises par l’Union européenne, les États-Unis et la Grande-Bretagne contre ses exportations d’hydrocarbures.
Cela étant, tant que le pétrole russe n’est pas soumis à un embargo international, la Marine nationale s’appuie sur l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer [CNUDM ou UNCLOS], lequel permet d’arraisonner un navire en cas d’une suspicion de fraude au pavillon. Ce qui a été le cas pour le Deliver comme pour les quatre autres pétroliers précédemment contrôlés par les autorités françaises. Tous ont pu ensuite repartir après le paiement d’une amende par leur propriétaire.
La France n’est évidemment pas la seule à traquer les pétroliers de cette «flotte fantôme». En mars, la Grande-Bretagne a prévenu qu’elle arraisonnerait tout navire suspect «transitant par ses eaux», l’objectif étant de contraindre les armateurs à suivre des routes plus longues et financièrement plus coûteuses. En juin, le M/V Smyrtos, s’est risqué à naviguer en Manche : il a été intercepté par la Royal Navy.
La semaine passée, la Suède a décidé de remettre à l’Ukraine le cargo Caffa, arraisonné le 6 mars alors qu’il se dirigeait vers Saint-Pétersbourg. Et cela après que la justice a rejeté un recours déposé par la société Caffa Shipping Ltd.
En outre, ayant récemment autorisé ses États membres à confisquer et à revendre la cargaison des navires de cette flotte fantôme, l’Union européenne [UE] a donné mandat à ses deux opérations navales en cours, à savoir EUNAVFOR Irini [Méditerranée centrale] et EUNAVFOR Atalanta [océan Indien], d’arraisonner tout pétrolier soupçonné de naviguer sous un faux pavillon. Deux ont d’ailleurs été interceptés par la Marina Militare, l’un le 20 juillet, l’autre le 2 août, pour des «vérifications».
N’ayant pas les moyens d’escorter chaque navire de cette flotte fantôme, la Russie a cependant l’intention de répondre aux nouvelles sanctions prises par l’UE.
«Nous constatons que les autorités de certains pays tentent, en violation du droit maritime international, de restreindre la circulation des navires exploités par nos entreprises. Et récemment, ils sont allés jusqu’à envisager de saisir nos navires et de vendre les biens qu’ils nous ont pillés. Il s’agit là , bien sûr, ni plus ni moins, de piraterie et de vol», a d’abord relevé Vladimir Poutine, le président russe, alors qu’il se trouvait à bord du croiseur Varyag, déployé au large de l’île de Sakhaline pour des exercices, ce 12 août.
«Si cela se concrétisait, nous devrions répondre de manière symétrique», a poursuivi le chef du Kremlin. «Nous n’interviendrons pas nécessairement dans les eaux où des attaques contre nos navires sont planifiées, mais partout où nous le jugerons nécessaire et approprié. Partout, y compris dans la zone de responsabilité de la flotte du Pacifique», a-t-il ensuite prévenu, avant de préciser que le ministère russe de la Défense avait déjà reçu des instructions allant dans ce sens.




