Le drone MALE américain MQ-9B SkyGuardian pourra bientôt emporter le missile de croisière à longue portée JSM

Incontournable lors des opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection menées dans les années 2000/10, le drone MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance], comme le MQ-9 Reaper, ne paraît pas être l’aéronef le plus approprié pour le combat dit de haute intensité à cause de sa trop grande vulnérabilité.

Cela étant, lors de l’opération «Fureur épique», menée par les États-Unis contre le régime iranien, l’US Air Force a engagé massivement ses drones Reaper. Et, selon son chef d’état-major, le général Kenneth S. Wilsbach, ils se sont révélés «très précieux», même s’ils ont subi une forte attrition, comme on pouvait d’ailleurs s’y attendre.

«Aucune autre plateforme n’arrive à la cheville du MQ-9 en termes de nombre de frappes», a-t-il fait valoir. Qui plus est, sa capacité à survoler une zone donnée pendant un longue période a permis de détecter des cibles «dynamiques» et de transmettre des renseignements aux autres plateformes [chasseurs-bombardiers, lanceurs de missiles, etc.].

Aussi, l’US Air Force entend conserver des drones MALE dans son inventaire… Mais sous réserve, toutefois, qu’ils soient beaucoup moins coûteux qu’un MQ-9, dont le prix avoisine les 30 millions de dollars. D’où l’appel d’offres «Massed Modular Aircraft», qu’elle a récemment émis afin de se procurer des appareils «consommables» affichant des performances assez proches de celles dont elle dispose actuellement.

Reste que le drone MALE peut être utilisé pour d’autres tâches que celles liées aux frappes, au recueil de renseignement ou encore à la patrouille maritime. Du moins, tel est le pari de General Atomics, le fabricant du Reaper et du SkyGuardian. L’une des missions envisagées concerne la détection et le commandement aéroporté [AEW&C, pour Airborne Early Warning & Control].

Ainsi, en mai dernier, l’industriel américain a fait voler l’un de ses MQ-9B SkyGuardian équipé de nacelles de détection et de contrôle aéroporté fournies par le suédois Saab. Mais une autre mission se dessine pour ce type de drone : la frappe à longue portée.

En effet, ce 20 juillet, à l’occasion de l’ouverture du salon aéronautique international de Farnborough [Royaume-Uni], General Atomics a annoncé que, dans le cadre d’un partenariat scellé avec le groupe norvégien Kongsberg, un examen des exigences système [SRR] et un étude préliminaire de conception [PDR] venaient d’être finalisés en vue d’intégrer le missile de croisière JSM [Joint Strike Missile] sur le MQ-9B SkyGuardian.

«Ce projet de conception et d’intégration, financé conjointement par les deux entreprises, vise à doter le MQ-9B et ses clients d’une capacité de frappe à longue portée. Ces examens ont été menés à bien en Norvège, le 30 juin», ont fait savoir les deux industriels, via un communiqué.

Cette capacité est susceptible d’intéresser le Japon, l’Allemagne et le Canada, ces pays ayant commandé des MQ-9B ainsi que des JSM pour leurs chasseurs-bombardiers F-35A.

Pour rappel, dérivé du missile antinavire NSM [pour Naval Strike Missile], le JSM a une portée d’au-moins 275 km. Emportant une charge militaire de 120 kg, ce qui représente plus de 25 % de sa masse totale, il est doté d’une centrale inertielle, d’un dispositif GPS, d’un système de navigation de type TERCOM [TERrain COntour Matching] et d’un autodirecteur à imagerie infrarouge associé à une base de données recensant des cibles potentielles.

«Nous reconnaissons la valeur ajoutée du JSM pour notre plateforme MQ-9B», a commenté Niki Johnson, responsable des acquisitions internationales et des affaires gouvernementales chez le groupe américain. «Cet effort d’intégration illustre comment l’industrie peut collaborer efficacement pour intégrer de nouvelles capacités et les mettre rapidement à la disposition de nos forces armées», a-t-elle ajouté.

Selon Jens Gjesrvang, le directeur de la division «Missiles et Aérostructures» chez Kongsberg, la capacité d’un drone MALE à tirer des missiles de croisière à longue portée susciterait un «intérêt croissant dans l’ensemble du secteur de la défense».

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15 contributions

  1. HMX dit :

    Le drone MALE « classique » est devenu trop vulnérable pour les théâtre d’opérations de moyenne ou haute intensité, où ils constituent des cibles faciles. Il faut donc soit y renoncer… soit revoir leur concept d’emploi.

    Parmi les nouvelles missions susceptibles de leur être confiées, on trouve donc la frappe à longue portée (>100km) pour tirer sur coordonnées en restant à distance de sécurité. Un simple rôle de « camion à bombes » pas nécessairement très glorieux, mais néanmoins très intéressant pour économiser le potentiel des avions de combat. Outre de lourds et coûteux missiles comme le JSM ou le Scalp, la future munition AASM XLR (140km de portée) pourrait s’avérer plus économique et adaptée à cet usage.

    Plus prometteur, on peut les transformer en plateforme de tir de munitions rôdeuses (MTO). Le drone MALE sert alors de relais radio, restant lui même hors de portée des défenses antiaériennes adverses, tout en contrôlant le travail des munitions rôdeuses chargées de « fureter » le secteur à la recherche de cibles potentielles pendant plusieurs heures à plusieurs dizaines ou centaines de km. Concrètement, en imaginant l’usage simultané de plusieurs MTO, cela démultiplie les capacités de recueil de renseignements et les capacités de frappe du drone MALE. C’est sans conteste la piste d’utilisation la plus intéressante des drones MALE à l’heure actuelle.

    • NORAD dit :

      @HMX. »Outre de lourds et coûteux missiles comme le JSM ou le Scalp, la future munition AASM XLR (140km de portée) pourrait s’avérer plus économique et adaptée à cet usage. ». Le choix de la munition dépend de la mission, du contexte, de la cible etc… On pourrait aussi citer la nouvelle GBU-75, une JDAM-LR propulsée d’environ 500km de portée https://www.twz.com/air/jet-powered-jdam-tested-from-navy-super-hornet . Ou les petits missiles de croisière AGM-188, AGM-189, AGM-190 eux aussi de portée dépassant plusieurs centaines de kilomètres https://www.twz.com/air/usaf-plans-to-buy-28000-low-cost-cruise-missiles-in-five-years-advance-with-new-deals https://defence-blog.com/russia-says-ukraine-used-new-agm-188-missiles-in-voronezh-strike/
      Bref, la liste est longue. Le but étant de proposer le plus d’options possibles aux opérationnels.

      • HMX dit :

        @NORAD
        Tout à fait. Outre les bombes guidées propulsées, les missiles de croisière légers sont des options très prometteuses pour armer nos futurs drones MALE. Nous n’avons hélas, à l’heure actuelle, aucun programme en ce sens…

    • Contresens dit :

      « cela « démultiplie » les capacités de recueil de renseignements et les capacités de frappe du drone MALE. »

      Vous voulez probablement dire que cela multiplie, voire surmultiplie les capacités.

      https://www.academie-francaise.fr/demultiplier-pour-multiplier

    • Malazgirt1071 dit :

      Et dire que le drone BAYRAKTAR AKINCI a toute ces capacités et bien d’autres depuis un moment déjà comme les missiles de croisière ROKETSAN ÇAKIR et SOM , missile aéro balistique IHA – 122 et IHA -230 , MTO ou RCE subsonique élevé TAİ SUPER ŞİMÅžEK etc etc .

      • Vortex dit :

        Ah ! Revoilà le représentant de commerce de chez Leader Price !

      • Senta 1697 dit :

        Notre nouveau produit le « tuvalet uçurtma » ou « chiotte volant » permet depuis des années de bombarder en toute discrétion et nous nous en servons depuis 1905 contre les grecs, depuis 1915 contre les arméniens et depuis très longtemps contre les kurdes. La nouvelle version possède un trou au centre et un nouveau viseur, en option l’éclairage peut-être fourni pour des interventions nocturnes.

    • dolgan dit :

      Retex 2026 des drones en haute intensité:

      – Utilisés par l Ukraine.
      -Utilisés par la russie, les Orions font l objet actuellement d une campagne de destruction minutieuse. Signe qu ils sont pas du tout jugé obsolètes par la l Ukraine.
      – Utilisés en masse par les USA contre l Iran.

      A un moment donné, il faudra sortir la tête du sable.

      • HMX dit :

        @dolgan
        – L’Ukraine a utilisé ses drones TB2 très efficacement en 2022… jusqu’à ce que les russes se décident à structurer leurs défenses antiaériennes et leurs systèmes de guerre électronique. L’ukraine a depuis perdu près de la moitié de sa flotte de TB2 (26 destructions confirmées, sur 50-60 livrés) et leur emploi est dès lors devenu anecdotique.
        – La Russie a perdu au moins 10 Orion (dont beaucoup au sol), sur une flotte de l’ordre d’une trentaine d’exemplaires. Les pertes ne semblent pas pouvoir être remplacées, ou très lentement. Depuis, l’engin se fait très rare sur le front…
        – Les USA ont (pour l’instant) perdu entre 26 et 30 MQ-9 Reaper au-dessus de l’Iran, à 40-50 M$ l’unité armement compris (la moitié du prix d’un Rafale !). C’est 10 à 20% du parc, et ce n’est pas fini, des MQ-9 sont perdus chaque semaine et ne peuvent pas être remplacés à ce rythme, sans même parler du coût. Même pour les USA, un tel niveau d’attrition n’est pas soutenable sur la durée, ce qui amène le Pentagone a travailler sur d’autres concepts de drones moins chers ou « jetables », comme le programme LUCAS (par exemple). Et ce qui les amène aussi à envisager d’autres armes, et d’autres modes opératoires, comme le tir à distance de sécurité (objet de l’article).

        Bref, sous leur forme, avec leur mode opératoire et leur armement actuel, les drones MALE à turbopropulseur type MQ-9/Orion et équivalents, ne semblent pas avoir d’avenir dans les conflits de haute intensité, leur vulnérabilité étant beaucoup trop importante. Raison pour laquelle il faut réfléchir à leur évolution.

        • dolgan dit :

          – Depuis, les TB2 servent dans leur mission principale et ne sont donc plus médiatisés.
          – Les Orions sont rares, mais les ukrainiens en tapent régulièrement et pas loin d une dizaine sur plusieurs site en Crimée ces 2 derniers mois.
          – Les USA les ont utilisés massivement. Vous ne comprenez juste pas l attrition et vivez dans une bulle du zéro morts poussé à l extrême. Perdre un MALE, c est normal. C est même son rôle, sinon on enverait un monomoteur habité pour une portion de la valeur.

  2. jean luc dit :

    cela va intéresser la Deutchmarine qui justement des MQ-9B SkyGuardian.

  3. G dit :

    Qui n’a pas les moyens de s’acheter un chien à cause de son obsession pour les éléphants blancs les accuse tous d’avoir la rage.

    Le MQ-9 est une excellente plate-forme, que les jaloux taxent d’obsolescence depuis longtemps, mais qui va continuer plus longtemps encore à rendre de fiers services à ses opérateurs.

    Il « suffit » en effet d’accepter d’investir davantage dans des munitions modernes et des pods de mission, qui ont cependant le tort d’être moins cinégéniques, que dans les plate-formes en elles-mêmes.

  4. Robmac dit :

    Cela va permettre de détruire plus d’infrastructures civiles en prenant moins de risque.