Otan : En Estonie, la British Army va remplacer son groupement tactique blindé par une force mobile antichar

Si la Lituanie a commandé 44 Leopard 2A8 et accueille une brigade blindée allemande sur son territoire, l’Estonie ne fait pas de l’acquisition de chars une priorité. Ayant augmenté significativement ses dépenses militaires depuis l’annexion de la Crimée par Moscou, ce pays balte a surtout renforcé ses unités d’artillerie avec des capacités de frappe dans la profondeur [lance-roquettes multiples M142 HIMARS et K239 Chunmoo] ainsi qu’avec l’achat de canons automoteurs CAESAr et K9 Thunder. En outre, en lien avec Riga et Vilnius, Tallinn est en train d’ériger une «ligne défensive», parallèle à sa frontière avec la Russie.

Cela étant, les Forces de défense estoniennes avaient pourtant envisagé d’acquérir des chars en 2010. Mais, les études réalisées à l’époque montrèrent que les coûts d’achat et de possession allaient être bien trop élevés par rapport à leurs ressources budgétaires. La question ne fut plus évoquée par la suite… parce qu’elle était devenue sans objet, un bataillon blindé devant être déployé en Estonie au titre des mesures de réassurance prises par l’Otan après l’affaire de la Crimée.

En effet, depuis maintenant près de dix ans, la British Army maintient sur le sol estonien un détachement fort de 800 soldats et doté de chars Challenger 2 et de véhicules de combat d’infanterie Warrior [opération Caprit]. Il est complété par le sous-groupement tactiques interarmes [S/GTIA] français «Lynx» qui, par le passé, a mis en œuvre des Leclerc.

Mais la contribution britannique à la présence avancée réhaussée [eFP] dans les pays baltes va bientôt changer de volume et, surtout, de nature. Et cette évolution pourrait influencer la composition du S/GTIA français.

Ainsi, selon un accord signé le 16 juillet par le secrétaire britannique à la Défense, Dan Jarvis, et son homologue estonien, Hanno Pevkur, la British Army va retirer son «groupement tactique blindé» du pays pour le remplacer par une «force mobile antichar» [MAAF, Mobile Anti-Armour Force] de 1 200 soldats.

Équipée de véhicules «très mobiles», d’armes de pointe et de drones de haute technologie, cette MAAF sera «spécialement adaptée à l’environnement opérationnel estonien», a souligné le ministère britannique de la Défense [MoD]. «Cette évolution s’appuie sur les leçons tirées de la guerre en Ukraine et garantit que notre partenariat militaire [avec l’Estonie] reflète les réalités des conflits modernes», a-t-il fait valoir.

Plus que le retour d’expérience de la guerre en Ukraine, c’est sans doute la leçon de l’exercice Hedgehog, effectué en Estonie l’an passé, qui explique cette évolution du dispositif britannique. Selon la presse américaine, deux bataillons de l’Otan auraient été mis en échec par une équipe légère de dronistes ukrainiens en l’espace de vingt-quatre heures. Cependant, selon le Figaro, l’état-major français a relativisé ce résultat, en faisant valoir que de telles manœuvres sont souvent «scénarisées».

En tout, s’il n’a pas explicitement évoqué Hedgehog 25, le MoD a expliqué que sa décision avait été prise «sur la base d’une analyse approfondie, les exercices de simulation de guerre complets avec l’Estonie ayant démontré que la nouvelle structure des forces permettrait d’obtenir un effet opérationnel supérieur à celui du dispositif blindé actuel».

Cette MAAF sera «en mesure de se déployer, de se disperser et de démontrer sa capacité opérationnelle plus rapidement qu’une formation blindée traditionnelle», a insisté le MoD. Outre sa grande mobilité, elle disposera d’une plus grande autonomie, grâce à au prépositionnement de stocks de matériel en Estonie, ainsi que d’une «létalité accrue» de par ses capacités ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] et de frappes dans la profondeur [avec des lance-roquettes multiples M270 modernisés, ndlr]. Enfin, elle utilisera le système numérique ASGARD, lequel permet de localiser et de frapper des cibles sur des distances plus longues, grâce à l’intelligence artificielle.

«Nous renforçons notre déploiement en Estonie afin de défendre le territoire de l’Otan et de dissuader toute agression russe. Cette nouvelle feuille de route reflète les réalités de la guerre actuelle et illustre la modernisation de nos forces pour faire face aux menaces qui pèsent sur nous. Plus d’effectifs, une meilleure mobilité et les technologies les plus récentes signifient une force plus meurtrière et efficace, prête à combattre et à vaincre aux côtés de ses alliés», a résumé M. Jarvis.

Photo : British Army

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37 contributions

  1. Ares en papier carton dit :

    c’est moi ou les anglais sont à poil ? Si demain les argentins débarquaient aux Malouines, pourrait il les reprendre ? (si i l le souhaitait ?)

    • dolgan dit :

      Vu l état des argentins, pas sur qu ils soient capables de submerger les forces qui défendent les Malouines.

      • Green dit :

        C’est aussi ce que je me disais en regardant l’état de la marine argentine. Des navires qui étaient pour la plupart déja en service lors de la guerre de 1982.

        Mais depuis l’election de Millei, le copain de trump, les argentins ont recommencé a investir dans leurs armées.

        Regardez la video, il y a d’autres moyen d’agir aujourd’hui.

        • dolgan dit :

          Millei, copain de trump …

          espérance de vie au pouvoir?

          • Green dit :

            On en sait rien et de toute façon cette revendication argentine est toujours vive et le restera a l’avenir. Voir le projet national d’Antarctique argentine.

            Si ce projet se concrétisait, et le réchauffemnt climatique le favorise, l’Argentine pourrait devenir une puissance majeure de l’hemisphère sud, égale du brésil.

    • Athene dit :

      Vous voulez qu’ils débarquent comment ? A la nage ou avec Lionel Messi sur un canoë ? Ils ont autant de problème voir plus que les anglais sur l’aspect maritime et aérien.

    • Frede6 dit :

      Ceci ne fait pas plaisir à nos amis cavaliers mais en l’occurence cela me semble répondre davantage au besoin si on part du principe de réalité que les ressources sont comptées.

      Combien de temps durerait au combat 18 challengers dans le bourbier estonien?

      Je ne suis pas expert mais je pense qu’après une semaine il ne serait plus possible d’organiser une action coordonnée.

      Une force légère orientée antichar peut ralentir une force adverse pendant des semaines voire des mois tout en économisant des moyens qui seraient en réserve pour une contre offensive. Bon, ça c’est la théorie 😉

    • Green dit :

      Cette vidéo propose des pistes de reflexion.

      https://www.youtube.com/watch?v=1jzDRrpUY9I

      Elle est pessimiste pour les britanniques, et même alarmiste.

    • Le Chouan dit :

      Nous nous avons encore une Marine, alors autant les soutenir contre l’Argentine…

    • Magic38 dit :

      Les Argentins n’ont aucun moyen de menacer les îles et les britanniques auraient de grosses difficultés à les reprendre si jamais les Argentins y parvenaient (avec de l’aide extérieure par exemple). Contrairement aux années 1980, les capacités de débarquement des Britanniques actuelles sont très limitées. Mais bon les Argentins n’ont pas les moyens de prendre possession de la base de Mount Pleasant de toute façon.

      En gros c’est le status quo actuel.

  2. dolgan dit :

    Sans chars et VCI, tu perds globalement toute capacité d agression.

    La défense en profondeur UKR, c est pas juste des drones et une posture d attente défensive passive. C est aussi un harcelement et une destruction des éléments avancés et/ou des offensives par des éléments blindés qui se portent à leur hauteur.

  3. Thorgal dit :

    Evolution très intéressante, laquelle sera étudiée attentivement sans aucun doute par le CEMAT et son EM.
    A noter que le terrain se prête admirablement bien au combat AC.

  4. Yvon dit :

    Les anglais commencent à remiser leurs chars lourds. Une étape sans doute .
    Difficile de ne pas voir que les temps ont changé : multiplication et diversité des drones, IA, missiles à longue portée, …
    Qu’en est-il des réflexions sur le sujet en France ?

  5. Jeanot dit :

    j’ai quand même l’impression que le niveau économique d’un tel déploiement pèse trop pour pouvoir le maintenir.
    je peux me tromper
    d’où le changement de cap

  6. Mat49 dit :

    Le char d’assaut n’a pas vraiment d’avenir même dronisé. Par rapport à la transparence du champ de bataille il est trop détectable et trop cher pour un apport discutable. Les canons, les drones et les munitions rodeuses remplissent le rôle d’appui qu’il occupe encore par défaut.

    In fine du modèle blindé/mécanisé de la guerre froide seul pourrait survivre à la dronisation/robotisation le… fantassin. Mais dans un rôle subalterne comme il l’était sous la guerre froide. Il accompagnerait les drones terrestres et aérien, ferait le gros du combat urbain avec des drones qu’il guide à faible distance.

    Le modèle dronisé/robotisé qui émerge risque d’être à base de munition rodeuses bon marchées et quelques mini missile de croisière couteux, de drone à pilotage immersif, d’intercepteur de drone et de drones terrestres légers appuyés par l’infanterie ou qui appuient l’infanterie.

    La bonne nouvelle comme les micro armées comme le France est que cela permet de rendre un peu moins inutile une micro force terrestre comme les deux brigades qu’on peut déployer… enfin qu’on est censé pouvoir déployer sous peu. Car elle pourra tenir plus de front.

    Les structures tactiques comme le GTIA sont à repenser. On assiste à des expérimentation d’unité régimentaires de frappe et d’appui ou de chasse selon les appellations. Mais dans les deux cas c’est une compagnie/escadron de drone à pilotage immersif autour duquel manÅ“uvrent des fantassins et véhicules (pour l’instant encore pilotés).

    Seul question: les véhicules transport de fantassin. Je verrais bien un véhicule pouvant servir de drone de combat terrestre mais avec un compartiment pour embarquer trois fantassins très bien protégés. Ces fantassins pouvant piloter si besoin le véhicule sur terrain difficile. Ce véhicule aurait comme armement une mitrailleuse et des petits drones intercepteurs de drones.

    • Au Bon Marché dit :

      À base de munitions rodeuses bon marché.

    • Gamberge dit :

      Pourquoi seulement trois fantassins dans ce véhicule ?

    • Mouarf dit :

      Poids de l’obus de char 120 mm, je parle de la partie qui vole vers l’enemi sans douille ni charge propulsive, = 23 kg.
      Poids transporté par drone FPV = moins de 1 kg.

      Certes, le temps des charges héroïques de colonnes de chars est terminé.
      Non, les drones ne remplacent PAS les chars ni l’artillerie.

      • Mat49 dit :

        La combinaison des drones et de l artillerie remplacent les chars qui sont relegues au rang de canon automoteur.

        • dolgan dit :

          uniquement dans vos rêves.

          Le retex Ukrainiens ne dit pas cela du tout.

          • Mat49 dit :

            @dolgan et quand en ukraine les chars ont ils conservé leur rôle pré 2022 sur la durée?

  7. Momo dit :

    « Cette MAAF sera «en mesure de se déployer, de se disperser et de démontrer sa capacité opérationnelle plus rapidement qu’une formation blindée traditionnelle», a insisté le MoD. … frapper des cibles sur des distances plus longues, grâce à l’intelligence artificielle.

    Voilà une déclaration qui rappelle furieusement celles de l’escroc boris johnson, bojo, qui avait décidé d’une armée plus petite et donc meilleure (!).
    Evidemment vous aller bondir en regardant l’effectif, +50%, ce qui semble contradictoire.
    Oui mais non, ce n’est pas seulement le nombre de pinpins qui fait l’affaire, les unités ne sont pas du tout les mêmes. Et rajouter ‘AI’ n’y suffit pas.
    Ce qui est possible et que l’on verra dans quelques semaines, c’est que la rétribution du Royaume sur le sujet soit revue à la hausse et peut-être justement du fait de cet effectif.

  8. Bricoleur dit :

     » Force mobile antichar » … c’est du copier-coller de Brossollet. Certainement plus efficace que les lourdeaux et repérables Challenger 2.

  9. guy dit :

    Si au début du conflit en Ukraine on a vu une petite mise en avant du char qui amena de nombreuses recherches ou commandes, faut tout de même admettre qu’aujourd’hui ce n’est plus le cas.
    On a et on aura encore beaucoup de monde qui par habitude, par tradition, placeront le char au sommet de la chaine alimentaire d’une force terrestre, un symbole de puissance d’une armée, mais les temps ont changés brusquement. et il faut s’adapter.
    Les britanniques cherchent à le faire, bien qu’il y ait d’autres éléments qui poussent vers cela (humaine, économique…), c’est un choix qu’ils assument quand d’autres vont par habitude s’évertuer à faire du « classique », donc du prévisible.

    L’Estonie a une géographie particulière qui lui permet une défense territoriale intéressante. Bien que sur le papier on se dit que la Russie en fera une bouchée rapidement, il y a un fleuve (Narva) avec des ponts qui pèteront vite et des lacs qui limitent fortement les options de la Russie. La frontière terrestre côté russe a des tendances marécageuses et les voies d’accès sont déjà prévues (le flux logistique et de renforts compromis) et du côté estonien ils barricadent (pour passer à un point les russes devront brècher, poser des traverses pour les véhicules, déminer. Vous ne faîtes pas ça en 5 minutes et vous ne le faîtes pas sur des dizaines d’endroits. Dans un monde du drone ou tout peut-être vu et frappé sur des dizaines de km, d’artillerie et d’aviation qui viennent vous balancer bombes et roquettes à précision métrique à 100km, ce n’est pas une entreprise aussi facile qu’on le pense et les russes peuvent vite se trouver fixés en donnant à l’Otan le temps d’amener des éléments complémentaires, notamment l’aviation qui reste son point fort.

    • pandacruel dit :

      Guy : qui, où et quand, a dit un jour que l’Estonie allait se faire envahir, et surtout , dans quel but ?
      Qui chercherait a avoir encore plus d’ennuis, qui chercherait à s’approprier ou à tenter de contrôler, des bouts ou la totalité d’une Europe occidentale elle-même déjà à moitié envahie volontairement, en panne, en déliquescence morale, en faillite éducative, sans grandes ressources naturelles ni industrielles, rongée par le wokisme et l’aveuglement guerrier de sa classe politique inepte ?

      • Un lecteur dit :

        Votre réponse illustre parfaitement le problème : vous ne répondez pas à l’analyse de Guy, vous changez simplement de sujet.
        Guy ne dit nulle part que la Russie va envahir l’Estonie demain matin. Il explique une chose beaucoup plus simple : dans l’hypothèse d’un affrontement, la géographie, les obstacles préparés, les drones, l’artillerie et les contraintes logistiques rendent une offensive terrestre bien plus complexe que certains veulent bien l’imaginer.
        À aucun moment vous ne répondez à ces éléments. Pas un mot sur le fleuve Narva, les zones marécageuses, les points de passage obligés, la difficulté des franchissements sous observation permanente ou les délais nécessaires pour une force mécanisée engagée contre une défense préparée.
        À la place, vous partez dans une longue tirade sur le « wokisme », la décadence morale de l’Europe et son prétendu déclin. C’est peut-être un sujet qui vous tient à cÅ“ur, mais cela ne constitue pas une réponse à une analyse militaire.
        C’est d’ailleurs un procédé qui revient régulièrement dans vos interventions : dès qu’un sujet demande de discuter de faits, de capacités ou de contraintes concrètes, vous déplacez le débat vers un terrain idéologique où il est plus facile d’affirmer que de démontrer.

        Une analyse militaire ne se construit pas avec des « qui ferait ça et pourquoi ? ». Elle se construit en étudiant ce que les acteurs peuvent faire, les conditions d’une opération et les difficultés qu’ils rencontreraient. Les armées ne préparent pas des scénarios parce qu’elles souhaitent qu’ils arrivent, mais parce que leur rôle est précisément d’éviter d’être prises au dépourvu.

        En résumé : vous n’avez pas réfuté Guy, vous avez simplement répondu à un autre sujet que celui qu’il abordait.

        • pandacruel dit :

          un lecteur : il n’y a pas à répondre point par point à une hypothèse inconsistante, de pure fiction idéologique, catastrophiste, irréaliste, qui est le fond de la question.
          Au lieu de pinailler sur des détails fictifs au ras du sol comme vous le faites systématiquement, , commençons donc par rappeler que l’ensemble de l’hypothèse, vue avec un minimum de hauteur, est de la pure fumisterie militante destinée à militariser le cerveau des français et à les transformer en petits agents d e la haine antirusse.

    • Charpentier-couvreur dit :

      « Vous ne faîtes pas ça en 5 minutes et vous ne le faîtes pas sur des dizaines d’endroits. »

      « Vous faîtes » n’est pas une forme du verbe faire.
      Avec un accent circonflexe, il ne peut s’agir que des faîtes des toits.

      Vous ne faites pas ça en 5 minutes et vous ne le faites pas à des dizaines d’endroits.

    • jean luc dit :

      les pays baltes construisent en commun une ligne de bunker de 935 km, avec mines, obstacles divers, donc une unité anti-char peut très résister , dans des lignes préparais á l’avance , il y as beaucoup de barriérer d’eau , donc c’est un terrain peu propice à la manoeuvre

  10. Tu m'étonnes ! dit :

    Avec environ 220 chars lourds (un peu comme nous), ils réfléchissent à deux fois avant de s’en priver pour une éventuelle opération.

    • Mat49 dit :

      Avec l evolution du champ de bataille ils sont peu utiles. Ensuite nous avons au mieux une centaine de char qui peuvent rouler avec des equipages sous entraines.

  11. pldem806 dit :

    Pas d’inquiétude, la France va envoyer ses Leclerc, il y en a à foison. Mais par voie maritime car ils sont trop lourds pour les routes allemandes !