L’Aviation légère de l’armée de Terre envisage de doter ses hélicoptères Tigre de munitions téléopérées Toutatis

Depuis que son commandant, le général David Cruzille, a développé le concept de dronisation de l’aérocombat lors d’un entretien [ou «podcast»] diffusé par le Commandement du combat futur [CCF] et les premières expérimentations menées par le 3e Régiment d’Hélicoptères de Combat [RHC] avec des drones à pilotage immersif [FPV] lancés depuis une Gazelle, l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] multiplie des projets capacitaires car elle n’entend pas perdre de temps.

«La dronisation de l’aérocombat est un domaine qui ne saurait se satisfaire d’une posture attentiste vis-à-vis du développement de nouvelles technologies», a ainsi justifié le colonel Guillaume Briançon-Rouge, chef de la division «études et prospectives» au sein du commandement de l’ALAT [COMALAT], dans le dernier numéro de la revue «Aérocombat».

D’ailleurs, dans un entretien publié par La Tribune, en juin, le général Cruzille avait insisté sur la nécessité d’accélérer cette dronisation. «Il n’est pas question de se dire qu’en 2040, nous aurons enfin une ALAT dronisée. Mon objectif est d’y aller dès maintenant», avait-il affirmé.

L’enjeu de la dronisation de l’aérocombat n’est pas de remplacer les hélicoptères par des drones mais de les associer afin d’augmenter les capacités opérationnelles de l’ALAT.

Ainsi, il est question d’engins lancés par aéronefs [ELA], comme les drones FPV, et de développer un drone tactique d’aérocombat [DTA], censé accompagner les hélicoptères d’attaque et/ou de manœuvre. Du moins était-ce l’idée de départ.

Le colonel Briançon-Rouge a fait état de plusieurs projets en cours. Ainsi, en lien avec l’entreprise ADROHA, le 5e RHC mène l’évaluation tactique «détection/reconnaissance/identification» [DRI], laquelle vise à mettre en Å“uvre un drone depuis un point avancé de ravitaillement pour les hélicoptères [FARP – Forward Area Refueling Point] ou un poste de commandement afin de «préciser le renseignement au profit de l’aérocombat».

Le Commandement des Actions Spéciales Terre [CAST], dont relève le 4e Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales [RHFS], a lancé PROMETHÉE, un projet de drone de type ELA devant atteindre sa pleine capacité opérationnelle en 2027. Le colonel Briançon-Rouge s’est gardé d’en dire davantage.

Déjà succinctement évoqué à l’occasion des manœuvres interarmées Orion 26 car expérimenté par le 1er RHC, le DEDAL [pour Drone Équipier Désignateur pour l’Aérocombat] est un quadricoptère de type Tundra [fourni par Hexadrone] qui, doté d’une boule optronique, est censé permettre à un hélicoptère Tigre d’effectuer des tirs de missiles Hellfire au-delà de la vue directe.

Autre projet de drone tactique d’aérocombat léger : le COLÉOPTÈRE. Porté par le CAST, il pourrait profiter à la 4e Brigade d’Aérocombat [BAC]. Mais, là encore, le chef de la division «études et prospective» du COMALAT ne s’est pas attardé sur les détails.

Enfin, suivi par le 3e RHC, JANUS vise à développer un DTA lui-même doté de la capacité à lancer des drones intercepteurs.

Toutes des initiatives ont en commun de venir des régiments, c’est-à-dire de la «base». Pour autant, le COMALAT suit évidemment de près les innovations proposées par les industriels. Trois d’entre elles font désormais partie de ses projets en cours.

Alors que le prototype du Tigre porté au standard RMV [pour «rénovation à mi-vie» ou MK3] doit prendre son envol bientôt, Airbus Helicopters a développé le concept CAT’S AI [Cockpit Augmented Tactical Suite with AI], qui vise à transformer le cockpit de cet hélicoptère en «poste de commandement volant» grâce à l’apport de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée.

«L’objectif consiste à améliorer la conscience situationnelle, réduire la charge cognitive de l’équipage et optimiser la prise de décision en temps réel», résume le colonel Briançon-Rouge. L’intelligence artificielle permettra d’analyser en temps réel les données provenant des capteurs et des drones pour «fournir des recommandations tactiques, anticiper les menaces et automatiser certaines tâches répétitives, libérant le pilote pour les décisions majeures», complète-t-il.

La première phase d’expérimentation de CAT’S AI a été validée par la sous-chefferie plans/programmes en décembre 2025.

Le second projet concerne encore le Tigre. Il vise à lui permettre d’emporter la munition téléopérée [MTO] Toutatis, développée par Thales. Celle-ci serait «propulsée depuis le bras d’emport» de l’hélicoptère, augmentant ainsi le «rayon de sa capacité d’agression».

Effectivement, la MTO Toutatis a une portée de 30 km, pour une autonomie de 30 minutes. Dotée d’une charge militaire interchangeable selon l’effet recherché [destruction de blindés légers ou de chars lourds], elle peut évoluer en essaim tout en étant résiliente face au brouillage électronique.

Dans un registre similaire, le dernier projet évoqué par le colonel Briançon-Rouge vise à associer l’hélicoptère de manœuvre NH90 Caïman TTH au Flexrotor, un drone de type VTOL, commercialisé par Airbus Helicopters depuis le rachat de l’entreprise américaine Aerovel. Appelé «Hteaming NH90/FLEXROTOR», il doit faire l’objet d’une expérimentation en septembre prochain. Une telle capacité permettrait, par exemple de reconnaître une zone avant de s’y poser.

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27 contributions

  1. Video Killed the Radio Star dit :

    « CAT’S AI »… Fallait oser.

  2. Rogger dit :

    bien. le Tigre a retrouvé une nouvelle vie opérationnelle… Hélicoptères d’appuis et de soutien. ils a retrouvé une nouvelle vie opérationnelle avec de nouveaux équipements…
    roquettes guidée et missile a longue portée..
    Avec de nouveaux enjeux. nos force armées resterons soumis a de forte tension opérationnelle dans les années avenirs….

  3. Frede6 dit :

    Un hélicoptère à 30 millions pour lancer une MTO qui peut l’être par un fantassin. Qu’est ce qui ne faut pas faire pour protéger l’Arme

    • rafale1383 dit :

      Bonjour

      Un hélicoptère n’est-il pas plus rapide qu’un fantassin, même dans un véhicule? Les 30 millions d’euros sont déjà dépensés, alors pourquoi ne pas utiliser le TIGRE pour lancer des MTO?

    • HMX dit :

      A court terme, c’est une décision logique. On « fait avec ce qu’on a » : un hélicoptère Tigre en cours de modernisation, et des munitions téléopérées. Cela donne au Tigre une allonge désormais indispensable dans les conflits modernes, pour tirer de loin en restant (plus ou moins…) à l’abri. C’est donc une excellente décision, par ailleurs propbablement peu coûteuse. On pourrait d’ailleurs aller plus loin, en réfléchissant à intégrer des MTO avec une plus grande allonge/autonomie, et en creusant la possibilité d’utiliser depuis le Tigre des MTO filoguidées, insensibles au brouillage : l’intérêt opérationnel pourrait justifier la contrainte sur le domaine de vol de l’hélico pendant la durée du guidage (nécessiter d’éviter les manoeuvres brutales ou de rester en stationnaire, pour ne pas casser la fibre).

      Reste que cette intégration ne fait que reculer l’inéluctable. L’apparition de drones/MTO adverses autonomes, optimisés pour la recherche et destruction de cibles aériennes, rend l’emploi des hélicoptères de plus en plus hypothétique dans les prochaines années. La parade consisterait à équiper les hélicos d’un système de protection active, équivalent à ceux qui équipent les blindés. Mais un tel système n’existe pas à ce jour, et s’il était créé, son coût serait sans doute trop élevé, condamnant le rapport coût/efficacité de l’hélico. La logique économique joue contre l’hélicoptère de combat. L’équation semble insoluble.

      La prochaine étape, c’est l’intégration d’hélidrones armés type « loyal wingman », qui pourront par exemple être basés sur le VSR700 qui équipe déjà la Marine. Cela permettra au Tigre de rester encore plus loin, contrôlant à distance l’action de cette « meute » d’hélidrones. L’ultime étape, c’est la disparition de l’hélico de combat lui-même, quand on s’apercevra que les hélidrones, de plus en plus performants et autonomes, pourront tout aussi bien être contrôlés depuis le sol ou tout autre aéronef, piloté ou non.

      • Mat49 dit :

        @HMX « ou tout autre aéronef, piloté ou non » depuis un hélicoptère de transport qu’on pourrait reconfigurer à la demande rapidement pour servir de plateforme de pilotage d’hélidrones tireurs de munitions rodeuses? Le tout avec une taille de l’engin permettant de monter dans la cabine arrière des dispositifs des défense rapproché anti drone intercepteur?

        Cela permettrait un seul et unique modèle d’hélicoptère pour l’ALAT.

        Elle pourrait en outre soyons fou utiliser des drones CCA type Kratos XQ-58A Valkyrie pour de l’appui aérien rapproché à distance via du tir de munition rodeuse ou des bombes planantes, ou assurer des missions de chasse basique au dessus du front et les arrières. L’AAE se concentrant sur le spatial et la frappe dans la profondeur.

    • mike dit :

      La lecture de l’article donne effectivement le sentiment d’une multitude d’expérimentation au niveau de chaque régiment sans réelle coordination . Est ce un signe d’une prise d’initiatives tout azimut qui va déboucher sur un réel accroissement capacitaire au financement effectif jusqu’à la mise en opérations OU une suractivité pour  » protéger l’arme » centrée autour d’un hélicoptère cher et sans avenir sur le plan industriel ; la quasi totalité des pays ayant choisi l’EC145M moins cher à l’exploitation , plus évolutif à moindre coût mais moins bien protégé. L’avenir de l’ALAT le dira

      • HMX dit :

        @mike
        Sujet de fond. On peut en effet avoir l’impression que l’ALAT s’attache à robotiser « en périphérie », dans le but non avoué de conserver l’hélicoptère de combat comme le cÅ“ur du sujet. Les drones étant perçus au mieux comme des « accessoires » autour du Tigre. Cette vision est sans doute encore prédominante à l’heure actuelle dans l’ALAT. Sauf qu’elle va devoir évoluer, sous la double contrainte du coût, et de la logique opérationnelle.

        On préfèrerait voir l’ALAT passer rapidement à l’étape suivante, en expérimentant des hélidrones armés de grandes dimensions, qui pourraient jouer dans un premier temps un rôle de « loyal wingman » auprès du Tigre. Puis progressivement, remplacer le Tigre.

        Le piège principal, c’est le calendrier de ce « passage de relais » entre hélico de combat piloté et hélidrone : les technologies évoluent très rapidement, et des hélidrones de combat performants sont attendus dès le début de la décennie 2030. Ce type d’appareil devrait logiquement être très répandu sur les champ de bataille vers 2035/2040. Or, le Tigre français est censé rester en service jusqu’en 2050/2060 avec la modernisation en cours !

        Le danger, c’est que l’ALAT concentre ses moyens et son budget sur le Tigre, au détriment des drones qui seront de fait marginalisés, en temps qu’accessoires.

        • mike dit :

          HMX: je partage votre analyse.l helidrone arrivera avant 2035; Airbus US va tres bientot faire voler un EC 145 dronisé pour etre proposé à k US Army. En France pas d’ argent = décision à court terme avec peut etre une arriere pensee de proteger son pré carré

      • ji_louis dit :

        Rappelez vous que ce foisonnement d’initiatives dans les régiments a permis durant la guerre de 14 l’apparition d’armes adaptées (tel le chassepot) qui n’existaient pas au début de la guerre et n’étaient même pas envisagées auparavant. C »est ensuite aux état-majors de favoriser ou pas leur diffusion.

      • Jack dit :

        @mike : « la quasi totalité des pays ayant choisi l’EC145M moins cher à l’exploitation , plus évolutif à moindre coût mais moins bien protégé »
        .
        Je pense que vous voulez plutôt parler du H145M et de son kit HForce. Le cas échéant, vous oubliez un peu vite les autres hélicoptères d’attaques actuellement en service :
        – Boeing AH-64 Apache construit à 2700 exemplaires et exportés dans 16 pays
        – Bell AWH1 Cobra… 1116 exemplaires… 14 pays
        .
        … et à un niveau moindre les Augusta A-129.

    • Dodo dit :

      oui mais l’hélicoptère peut amener une allonge que le fantassin ne peut pas réaliser.
      Un Tigre peut faire 300km et balancer cette munition à 20km de distance,le fantassin reste sur une position fixe.

      On pourrait plutôt se poser la question sur la pertinence de le faire depuis un Tigre et non pas depuis un drone porteur, là je suis d’accord.
      Maintenant ces hélicoptères sont là, nous ne sommes pas à les acheter mais à devoir les utiliser, donc entre 30 millions qui ne sert à rien et 30 millions qui sert, le choix est fait.

      • Math dit :

        Pas trop sur du raisonnement. Entre une machine assez cher à opérer et plus d’équipements parce que moins de MCO…

      • HMX dit :

        @Dodo
        Tout à fait d’accord. Dans l’immédiat, on utilise le Tigre parce qu’il est en service dans nos forces, et qu’il est d’ailleurs en cours de modernisation. C’est logique. Quand on ne possède qu’une Ferrari, on va faire ses courses au supermarché avec : c’est « overkill », et même ridicule, mais ça fonctionne…

        Mais à plus long terme, compte tenu du coût d’un hélicoptère de combat, du nombre (très) limité d’exemplaires disponibles, et de sa vulnérabilité croissante face aux réalités du champ de bataille moderne, il semble évident qu’on va devoir se tourner vers d’autres vecteurs, et notamment de grands hélidrones armés qu’on pourra acquérir en bien plus grand nombre que les hélicos de combat actuels, et qu’on hésitera également moins à exposer au danger.

  4. Rotule de Rotor. dit :

    On cherche on cherche tous les régiments cherchent.
    Pour le bilan et les choix qui sont à faire, rendez-vous dans 20 mois ?

    • Simlabeng dit :

      Toujours mieux chercher que de rien faire…

      • Mère Denis dit :

        Cela « C’est ben vrai » @Simlabeng et « y faut-pas gâcher ».

    • Math dit :

      Ça dépend du théâtre, mais bon… L’hélicoptère à 50m€ sur la ligne de contact ne semble pas être la meilleure manière de gagner une guerre. La Gazelle avait ses propres dangers, mais au moins on en avait plein et elle coûtait bien moins cher. Maintenant que la distance d’engagement augmente… l’investissement sur le porteur va baisser. Si on a toujours besoin de porteur…

  5. olivier dit :

    A voir le concept d’emploi derrère, l’intérêt ne me saute pas aux yeux (mais 1) je ne suis pas sachant 2) c’est en explorant x possibilité que l’on arrivera à en tirer quelques unes de pertinentes). On pourrait tout de même imaginer la mécanique suivante:
    1) Arkeron et Hellfire lorsque la cible est à portée (8km) et clairement identifiée/localisée (vu le prix du tir)
    2) les MTO pour « fouiller » une zone (si on peut rediriger depuis le Tigre), traiter des blindés légers, en cas de doute (tir moins onéreux) ou encore pour donner l’allonge que les missiles n’ont pas. Tout en bénéficiant d’être tiré en hauteur (donc gain d’élongation?).

    A voir combien peuvent être embarquée sous un « bras » et la capacité de la MTO à être tirée « en l’air ». Concept plus bancale et illusoire: utiliser les bras d’emport du Tigre pour mettre en oeuvre un grand nombre de MTO simultanément au plus proche de la ligne (8 par Tigre)… en attendant d’avoir un porteur drone…

    • Ulysse dit :

      cela pourrait être intéressant avec des MTO ayant une plus grande distance franchissable, de l’idée de 100 kms pour taper l artillerie adverse ,les défenses AA ou les centres de commandement, tout en restant derrière la ligne de front. l’intérêt dans ce cas de l hélicoptère serait t de pouvoir se déplacer très rapidement en parallèle de la ligne de front et de multiplier ainsi les objectifs.

  6. Yvon dit :

    Il ressort de tout ceci que la révolution des drones n’est pas assimilée partout dans les états majors.
    On cherche à adapter les drones aux outils existants et non pas à les utiliser pour leur apport spécifique.
    Changer de paradigme est vraiment une épreuve inaccessible à certains.

  7. Mat49 dit :

    @HMX * « type Kratos XQ-58A Valkyrie » ou des modèles souverains sur le même principe

  8. QUENTIN dit :

    J’adore les commentaires , souvent d’ailleurs venant de personnes maîtrisant parfaitement le sujet, en l’occurrence les drones qui seront utilisés par l’ALAT . Arme dont un des termes est « légère ». Ce qui correspond à ce qu’elle représente réellement. Autrement dit, pas grand chose dans un contexte disons opérationnel. Je suppose que les lecteurs assidus de cette revue que j’aime bien malgré tout, savent qu’une seule divisions de Marines américaine DISPOSE DE PLUS D’APPAREILS, hélicoptères, que notre ALAT. La conclusion est simple: à quant la création d’une véritable force de combat aéromobile crédible et existant en réalité et non sur le papier. Voilà la seule chose importante actuellement. Le reste c’est du discours d’état-major qui ne peuvent rien dire de nos forces lilliputiennes. A méditer. Je ne parle même de l’état famélique de notre aviation, de la marine ni encore moins de l’armée de Terre.