Armement : Sa valorisation revue à la baisse, le groupe franco-allemand KNDS reporte son introduction en Bourse

Il y a dix jours à peine, Paris et Berlin ont dit s’être mis d’accord sur la «stratégie et la gouvernance» du groupe franco-allemand KNDS, ouvrant ainsi la voie à l’introduction en Bourse de ce dernier, créé en 2015 par le rapprochement de l’entreprise publique Nexter System et de Krauss-Maffei Wegmann, contrôlé par la famille Bode-Wegmann.

Selon les termes de cet accord, l’État fédéral allemand doit racheter 40 % des parts détenues par la famille Bode-Wegmann tandis que le gouvernement français s’est engagé à ramener sa participation de 50 à 40 %.
Du moins est-ce l’arrangement qui a été trouvé pour le moment car, selon le communiqué publié par l’Élysée, la France et l’Allemagne «sont convenues de revoir régulièrement leur niveau de détention actionnariale et son évolution possible». L’objectif est qu’il y ait une stricte parité entre les deux principaux actionnaires.

Seulement, cette introduction en Bourse n’arrive pas au moment opportun. Selon l’adage boursier, un investisseur avisé doit «acheter au son du canon et vendre au son du clairon».

Or, ces derniers jours, les valeurs liées au secteur de l’armement dévissent, dans le sillage de Rheinmetall, dont le cours de l’action a dégringolé de 25 % depuis la décision de Berlin d’annuler son programme de frégates F-126, lequel devait être confié à NVL, la filiale du groupe de Düsseldorf.

Même si celui-ci a retrouvé quelques couleurs depuis, cette tendance baissière peut faire les affaires d’investisseurs à l’affût… donc celles du gouvernement allemand… En revanche, la famille Bode-Wegmann et l’État français n’y trouveraient pas leur compte. D’où la décision de reporter l’introduction en Bourse [IPO] du groupe franco-allemand.

«Compte tenu de la volatilité actuelle du marché dans le secteur européen de la défense, KNDS annonce que ses actionnaires lui ont fait part de leur intention de reprendre le processus d’introduction en Bourse dès le retour de conditions de marché plus favorables», a en effet annoncé l’industriel, via un communiqué publié le 1er juillet. En clair, il s’agit d’attendre une remontée des cours avant d’envisager une IPO.

Ayant réalisé 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 [+ 15,9 % sur un an] pour un résultat net de 996 millions d’euros et un carnet de commandes s’établissant à 33,1 milliards d’euros, la valeur du groupe KNDS était estimée à 18 ou 20 milliards d’euros en mai dernier. Selon le Financial Times, certains analystes l’évaluent désormais à moins de 12 milliards d’euros.

En attendant de meilleures conditions, KNDS et ses actionnaires disent rester «complètement alignés sur leurs priorités : satisfaire ses clients, étendre sa présence en Europe et accélérer le développement de solutions innovantes […] qui renforceront les capacités de défense européennes».

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24 contributions

  1. GotoRaptor dit :

    Le secteur militaire européen dévisse ? L’article ne parle que d’entreprises allemandes qui dévissent, le reste a l’air de plutôt bien se porter

  2. MEDEF dit :

    Pourquoi pas germano-francais??

  3. tschok dit :

    Oups, la tuile.

    Bon, deux hypothèses :
    – Soit le marché est en tendance baissière et tout le monde trinque (c’est le motif officiel),
    – Soit la mariée n’est pas aussi belle qu’elle en a l’air et les investisseurs émettent des messages pour dire que le prix est trop haut pour ce que ça vaut, et ça c’est plus embêtant parce que ça ouvre une commode avec plein de tiroirs, et dans chaque tiroir il peut y avoir des emmerdes.

    Notamment, la pertinence du modèle économique d’un groupe constitué de deux entreprises, désormais filiales, qui passe pour n’avoir développé aucune synergie. Les deux filiales nagent dans leur couloir sans s’épauler = c’est pas une équipe, mais deux équipes. Ça, les investisseurs n’aiment pas trop. Or, il se trouve que le mot « synergie » est perçu de façon traumatisante par les syndicats, parce que ça signifie plan social : on licencie pour élaguer les doublons. C’est ça que ça veut dire « synergie » dans le vocabulaire financier.

    Et puis il y a la question de la modernité des produits du catalogue : les canons et les blindés, c’est ok, mais pour gagner la guerre de demain, KNDS a quoi au juste dans son catalogue ? Genre drones, IA, tout le bordel qui émoustille un peu l’investisseur.

    Une introduction en bourse, ça se conçoit comme un acte sexuel, une gigantesque partouze un peu putassière : faut faire bander l’investisseur, sinon il ne monte pas. Si l’investisseur commence à vous dire que la pipe à 50 euros, c’est trop cher, et qu’il la négocie entre 30 ou 25 euros, ben il va pas monter le gars. Va falloir trouver un subterfuge.

    • VieDesign dit :

      Parfaitement résumé… et j’ai bien rigolé 🙂

      Au delà des gesticulations des industriels, la réalité au regard de ces sommes colossales siffle la fin de la récréation.
      1) OVNI politico-industriel et 2) visions conceptuelles tièdes, KNDS reste une bonne entreprise, pourvoyeuse d’emplois, socle indispensable pour, du moins pour la France, de la BITD terrestre mais pas une pépite qui peut nous surprendre.
      Ils font le job … mais de là à s’estimer valoir 18 milliards !!!

    • P4b dit :

      C’est bien tchok, vous êtes très terre à terre mais si le CAPINT a une once de potentiel pour équiper d’autres pays que le nôtre une partie des Allemands s’opposeront à cctte introduction en bourse et à un groupe intégré.

      L’Ascalon et le CAPINT ne sont potentiellement pas les seules surprises de KNDS Fr alors mieux vaut ne pas remettre le pied à l’étrier d’un concurrent.

      En Allemagne cette opération s’envisage certainement comme une acquisition maquillée et pas comme une fusion entre égaux.

    • toufik dit :

      @tschok : on peut aussi se dire que les 18 Mds d’€ de valorisation s’appuyaient sur la prise en compte du résultat net de quasi 1 Md d’€, comme ordre de grandeur des futurs dividendes, pour un rendement annuel proche de 5% ; pas mal. Sauf qu’il est probable que ce niveau de résultat net est peu susceptible de se maintenir à ce niveau, avec la baisse de la menace russe et également les besoins d’investissements industriels pour rester au niveau d’autres concurrents dans le monde, très dynamiques.
      Et effectivement aussi le petit aléa sur l’interventionnisme probable des investisseurs étatiques, France en tête, dans les choix de gestion, dont les niveaux de dividendes reversés aux actionnaires.

  4. lxm dit :

    Cela ne m’étonnerait guère que l’état français ai déjà inscrit à l’avance dans ses comptes le produit, les bénéfices de l’introduction en bourse de KNDS, et se retrouve bloqué. Il fait souvent cela pour réduire artificiellement le déficit, en ajoutant aujourd’hui des bénéfices futurs et décalant des dépenses d’aujourd’hui dans l’avenir, françois Hollande avait ainsi décalé de plusieurs années les engagements d’investissements dans l’armée, aboutissant à un budget plus bas historique vers 2013 ce qui fait que quand Macron est arrivé, bien des gens ont cru que c’était lui qui avait augmenté les budgets alors que c’était prévu, qu’importe ai gagné en 2017.
    J’aimerai un peu plus de la rigueur militaire dans la comptabilité publique, le monde entier perd la confiance dans notre pays si mal géré, et quand cela sera de notoriété publique, donc trop tard, il faudra des générations entières pour retrouver la confiance et en réparer les dégâts.

    • dolgan dit :

      Vous subodorez mais vous parlez de rigueur…

      « le monde entier perd la confiance dans notre pays »
      C est factuellement faux. Si il y a bien un domaine qui va bien, c est au contraire celui là.

      La seule ombre sur notre influence et sérieux international, c est la menace des partis antinationalistes que sont LFI et FN .

      • Thorgal dit :

        Mais bien sûr, tout va très bien Mme la Marquise au royaume de Macronia…
        LFI et RN (le FN n ‘existe plus, mais c’est tellement confortable de faire comme si) sont les symptômes et non les causes d’une crise profonde engendrée par des lendemains qui déchantent et qui font suite à des promesses idylliques non tenues (mondialisation, construction européenne, économie de services, hédonisme et paresse érigés en religion au lieu de l’effort et du dépassement de soi, combat permanent contre l’identité et la culture nationales, jugées ringardes, multiculturalisme assumé au nom de l’ouverture à l’autre sans garde-fou). Et j’en oublie.

    • ji_louis dit :

      La situation est nettement pire chez l’oncle Sam, et les conséquences sont potentiellement cataclysmiques :
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/02/l-economiste-gita-gopinath-la-montee-des-desequilibres-entre-grandes-puissances-menace-la-croissance-et-favorise-le-protectionnisme_6717819_3234.html
      https://www.bfmtv.com/economie/un-scenario-fictif-cauchemar-en-guise-d-avertissement-des-experts-imaginent-une-terrible-crise-de-la-dette-aux-etats-unis-en-2028-le-pays-s-endette-de-1-000-milliards-de-dollars-en-5-mois_AN-202605030042.html
      https://www.challenges.fr/economie/dette-americaine-epargne-chinoise-sous-investissement-europeen-le-monde-face-a-ses-desequilibres_644596
      Nous ne sommes que de petits joueurs par rapport aux dettes américaines et chinoises, ce sont elles qui inquiètent vraiment les investisseurs.
      Quant à KNDS, il ne faut pas être pressé de voir son introduction en bourse parce que les allemands (les investisseurs institutionnels) vont se précipiter sur les 20% mis en bourse, réduisant le gouvernement français à une minorité de blocage et conduisant à la disparition de KNDS au profit de Rheinmetall, ce qui est le but de cette dernière depuis la création de la coentreprise.

      • lxm dit :

        L’oncle Sam possède encore sa propre monnaie( Trump tente même de dévaluer le dollar) ainsi qu’une marge élevée de taxation. Quand on emprunte de la dette américaine c’est pour être remboursé en dollars, là aucun risque. Aux USA, la pression fiscale théorique de 33% baisse jusqu’à 25% avec les énormes crédits d’impôts.

        Alors qu’en France, il n’y a plus rien en marges, pression fiscale de 50 à 60% selon qui est concerné, même bien pire à la marge. La TVA est déjà au max, Hollande l’avait rabaissé après qu’elle rapporte moins( effet Laffer), les nouvelles recettes théoriques fondent face à la réalité( en dernier la taxe sur les petits colis censée rapporte 40 fois moins que prévu dans la loi des finances), l’état est obèse et empêche la croissance et appauvrit la population( et au passage la rend dépressive), le pouvoir refuse de réformer car l’argent qu’on pourrait taxer sans grever le niveau de vie, se trouve dans son électorat, l’état semble s’orienter vers une fiscalité confiscatoire pour les successions.

        La France est aussi le pays au monde avec la dette la plus diversifiée( et une notation en baisse constante) pour attirer le plus de gens et la dette la plus mondialisée( la planète entière en a et donc peut la rejeter d’un coup), le pouvoir offre ainsi avec Hollande et Macron tout à l’Allemagne dans l’espoir d’accrocher la dette à l’Allemagne ou à l’UE. Sans l’euro la France serait déjà en faillite. Actuellement le pays en 2026 va emprunter 10% de son PIB pour son déficit et la prorogation de la dette existante. Le but de la construction européenne n’est plus la paix, mais de fourguer la dette française et d’en amoindrir le taux. L’AFD en Allemagne s’est construit en premier sur le refus de soutenir la dette de la France et des pays du sud et exigeant une rigueur budgétaire, de fait il est devenu ennemi de l’intérêt français.

        Quand un pays comme le Japon ou l’Italie voit sa dette possédé par son propre peuple cela permet de préserver la circulation de ma monnaie donc le PIB dans le pays, ce n’est pas le cas de la France où la dette est incontrôlable, le déficit entraine le déficit.
        Le PIB/hab des USA est deux fois supérieur à celui d’un français, on était devant les américains avant l’arrivée de Miterrand. Le niveau de vie d’un chinois est supérieur à celui d’un français, la dette chinoise est la dette d’une dictature avec de fortes capacité de marge de taxation( pression fiscale de 20%) et possédée par son propre peuple, donc aucun problème.

        La dernière idée à la mode de nos élites( Christine Lagarde à la BCE) est l’euro numérique pour forcer les épargnants d’europe à transférer leurs avoirs financiers liquides vers les dettes des états européens, forcément la France pousse. Depuis quelques jours pousse aussi au pouvoir la volonté d’une europe fédérale( appelée E6) de 6 pays, pour espérer ainsi mutualiser la dette.
        Pour autant cela ne change rien au problème de fond, cela va juste générer la faillite des habitants( qui perdront leurs comptes en banque) en même temps que l’état, on reste dans une cavalerie, grossir ou mourir, exact même principe que dans une pyramide de Ponzi, problème de financement exponentiel, et le résultat est connu d’avance, chaque année est une bataille pour éviter la faillite globale comme en 2008. En terme de géopolitique Russie et Chine n’ont qu’à attendre la faillite pour agir, pas avant, par contre on a intérêt à la guerre, pour forcer la création d’une dette de guerre européenne( la dette de guerre américaine avait favorisé sa fédéralisation), et apurer par hyperinflation. La dette dirige directement notre politique étrangère depuis au moins f. Hollande.

  5. Magic38 dit :

    l’arrivée du gouvernement allemand trop rigide dans le capital doit faire peur aux investisseurs.

    • UE dit :

      Pas plus que la présence du gouvernement français… Les investisseurs sont de toute façon généralement réticents avec les entreprises à forte présence étatique. La réalité, c’est qu’actuellement le marché est très volatile…

  6. Georges Frérot dit :

    Cette nouvelle pose d’emblée le problème des capacités d’investissement de KNDS dans son outil de production.
    Le choix français de la solution CAPINT repose sur un châssis de Léopard 2A8.
    La chaîne de production des Léopards 2A8 est plus qu’en tension.
    Les délais de production du châssis resteront-ils compatibles avec les échéances de l’Armée de Terre ?

  7. jean luc dit :

    Depuis 2015, la valorisation de KNDS a augmenté de 400%, celle de Rheinmetall de 36,40 € est montée à 2008€ en octobre 2025 avant de redescendre à 900€. La valeur aujourd’hui est de 1 115 60 €, soit 3000% depuis 2014 , et cela reste valable pour tout le secteur de la défense . Tales a perdu 50€ depuis le 16-4-2026 , 279€ à 229€. Deux principes en bourse : acheter au son du canon, vendre au son du clairon. Les actions ne montent jamais jusqu’au ciel, mais ne descendent jamais en enfer. Tout cela fait partie de la bourse. Concernant KNDS, le fait que l’État allemand va rentrer dans le capital à hauteur de 40%, a aussi découragé les spéculateurs. car tout le monde pensait avoir la part du lion

    • tschok dit :

      Décourager les spéculateurs n’est fondamentalement pas une mauvaise nouvelle. Si l’annonce de l’entrée de l’Etat fédéral allemand a pu avoir cet effet, je serais même presque prêt à reconnaitre que le gouvernement allemand a fait au moins une bonne chose durant son mandat, ce qui, en matière militaire, relève du miracle pur et simple.

  8. Pascal, (l'autre) dit :

    Encore un coup de ces maudits Français!

  9. valerianf dit :

    C’est une bonne nouvelle que cette non introduction en bourse de KNDS: il est impossible pour Rheinmetall d’acheter les 20% flottants.
    Maintenant, KNDS doit se focaliser sur ce qu’elle sait faire: produire les chassis de chars, les canon Cesar et bien sûr continuer le CAPINT.

    • jean luc dit :

      pas vraiment une bonne nouvelle, car KNDS aurait pu lever des fonds pour investir, quant à Reinhmetall, ils savent que la société n’est pas opérable , quand la nouvelle date interviendras les droits de vote serons préservés á 50% pour chaque pays .

  10. JP75 dit :

    J’étais déjà très sceptique sur le projet Européen que nos Élites nous vendent du matin au soir, mais là, j’en ai la confirmation, cette fusion si elle a lieu fera disparaitre de notre paysage industriel un fleuron technologique.

  11. Poil à gratter dit :

    Pour le CAPINT, la matière grise est dans la tourelle. Pour le chassis, pas le choix pour le moment. On verra si les Allemands jouent le jeu pour d’éventuelles exportations.