Le Royaume-Uni va investir 345 milliards d’euros dans sa défense en quatre ans

Les militaires britanniques ont failli attendre : ce 29 juin, le Plan d’investissement de la défense [DIP – Defence Investment Plan] a enfin été dévoilé par Londres, après des discussions âpres entre le ministère de la Défense [MoD] et celui du Trésor.

«Nous devons faire le nécessaire pour affronter résolument ce nouveau monde, assurer la sécurité de notre pays et saisir les opportunités découlant de l’investissement dans notre puissance souveraine», a fait valoir Keir Starmer, le Premier ministre britannique démissionnaire.

Ce DIP valait-il le coup d’attendre ? Le montant de l’enveloppe allouée au MoD devrait s’élever à 297,7 milliards de livres sterling [soit 345 milliards d’euros] entre les exercices fiscaux 2026/27 et 2029/30. Ce qui permettra de porter l’annuité 2029 du budget militaire britannique à 79,1 milliards de livres sterling [2,7 % du PIB].

À titre de comparaison, en France, le projet d’actualisation de Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 prévoit un effort de 436 milliards d’euros de crédits budgétaires [+ 36 milliards par rapport à la copie initiale]. Effort qui, pour le Sénat, reste insuffisant. Et il devrait en aller de même pour les forces britanniques… qui, d’ailleurs, devront réaliser 10,7 milliards «d’économies d’efficacité» pour financer d’autres priorités.

Ainsi, la British Army devra se séparer de ses trente-quatre récents hélicoptères AW 159 Wildcat [ils ont environ dix ans de service, ndlr], le MoD ayant considéré que ces appareils pourraient très bien être remplacés par des drones de reconnaissance. L’annulation du programme de destroyer de Type 83, au profit de navires dédiés à la mise en œuvre de drones navals, relève de la même logique. Selon The Telegraph, il serait aussi question de retirer les missiles de croisière air-sol Storm Shadow [du moins, les derniers en dotation] et de renoncer au nouveau système de communications militaires sécurisées Skynet 6.

Cela étant, un temps sur la sellette, le projet d’acquérir douze chasseurs-bombardiers F-35A afin de permettre à la Royal Air Force de participer aux missions nucléaires de l’Otan a finalement été maintenu. Mais, a priori, il n’est pas question d’aller au-delà des quarante-huit F-35B déjà livrés aux forces britanniques [RAF et Fleet Air Arm]. En tout cas, le DIP ne l’indique pas explicitement.

Mais l’investissement le plus important concerne les futurs sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de la classe Dreadnought, les sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] de type SSN-Aukus et le développement d’une nouvelle ogive nucléaire. Avec l’achat des F-35A, cette ligne de crédit s’élève à 63 milliards de livres sterling pour les quatre prochains exercices.

À quoi vient s’ajouter le plan «Royal Oak». Doté de 26 milliards d’euros, il vise à moderniser les principales bases navales du Royaume-Uni [comme Faslane, Devonport et Portsmouth]. L’enjeu sera de permettre à la Royal Navy d’assurer le maintien en condition opérationnelle de ses navires dans les meilleures conditions possibles. Ce qui est loin d’être le cas actuellement, comme le montre l’indisponibilité quasiment chronique de ses SNA de type Astute.

Par ailleurs, le DIP conforte le Global Combat Air Progamme [GCAP], un projet d’avion de combat de 6e génération mené avec l’Italie et le Japon. Ainsi, il prévoit le déblocage de 8 milliards de livres sterling d’ici 2030.

Les munitions ne sont pas oubliées : elles bénéficieront d’une enveloppe de 11 milliards de livres sterling. Il s’agit de regarnir les stocks et d’acquérir des capacités de frappe à longue portée, des missiles de croisière à bas coût et des «effecteurs unidirectionnels».

Enfin, sujet incontournable, le DIP prévoit 5 milliards de livres sterling pour développer et acquérir des drones de tout type [aérien, terrestre, naval].

«La nature de la guerre évolue rapidement. En Ukraine et au Moyen-Orient, les systèmes sans pilote jouent un rôle déterminant dans les conflits. Cet investissement sans précédent dans ces technologies émergentes permettra à nos forces armées de conserver l’avantage sur nos adversaires, grâce au soutien de notre industrie de défense de pointe. Nous fournissons à nos soldats d’exception l’équipement nécessaire pour combattre et vaincre», a justifié Dan Jarvis, le secrétaire britannique à la Défense.

Photo : Royal Navy

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20 contributions

  1. Yvon dit :

    Le DIP britannique ressemble un peu à la LMP française : un catalogue sans perspective géostratégique.
    On reste par ailleurs pour ce qui est l’essentiel, à savoir le nucléaire , sous la dépendance américaine dont la fiabilité relève du sacerdoce.
    Le prochain gouvernement britannique devra reprendre l’ouvrage.

    • pandacruel dit :

      Yvon : « un catalogue sans perspective géostratégique » Oh que non ! Oh qu’ils en ont une, de perspective stratégique ! c’est même leur obsession unique depuis 1917 ! les anglais ont une frénésie antisoviétique qui a muté en frénésie antirusse, jamais démentie et qui motive toute l’organisation de leurs forces armées..
      Ils sont les plus fervents partisans d’une attaque contre la Russie, au plus vite ! qui n’a d’équivalent que l’état de délabrement de leurs armées et globalement, de leur pays! leur faillite les pousse à la guerre, c’est un classique, et c’est à peu près la même situation que la nôtre , d’ailleurs .

      • Bench dit :

        @pandablabla, tu peux, stp, nous expliquer, arguments sérieux à l’appui (lectures, presse, films, documentaires, etc…) d’où tu sors cette idée récurrente comme quoi le Royaume Uni a cette obsession d’attaquer la Russie depuis 1917?
        Parce que, sans vouloir te vexer, je pense assez bien connaitre l’histoire récente du royaume, et je ne vois vraiment aucune info là-dessus.

      • Pleinlec dit :

        À propos d obsession unique, vous savez que vous êtes lassant au possible ?

      • Mouais dit :

        « leur faillite les pousse à la guerre »
        Excellente analyse de la situation de la Russie.
        Vous êtes sûr que vous ne travaillez pas pour l’Ouest ?

      • Vortex dit :

        Décidément, « L’idée fixe d’un fou est de se croire sage  » !
        Toujours les mêmes obsessions, le vieux bouc …
        Quelques antidépresseurs et une psychothérapie devraient, peut-être, atténuer ses troubles.
        Bon par contre, dans un souci d’efficacité, interdiction totale d’accès aux organes de propagande russe !
        Il y est trop sensible.

      • rainbowknight dit :

        « La même situation que la nôtre » c’est bien de reconnaitre qu’en Russie c’est un sacré bardak…. par la faute d’un seul.

  2. ji_louis dit :

    Pas de précipitation, le nouveau premier ministre a ses propres priorités (Manchester plutôt que Londres, décentralisation), et ces prévisions ont laâAÂAâargement le temps d’être modifiées avant (ou bien « au lieu ») d’être mises en Å“uvre, d’autant qu’il y aura d’autres élections d’ici là et que Nigel Farage, celui qui a poussé au brexit, est au plus haut dans les sondages devant tous les autres.

  3. Mat49 dit :

    « Ainsi, il prévoit le déblocage de 8 milliards de livres sterling d’ici 2030. » L’Allemagne a peu de chances de monter à bord.

  4. dolgan dit :

    Si ils n achetent pas de F35b, comment arrivent ils a justifier le maintien des 2 éléphants blancs? Leur déploiement dans le Pacifique a pourtant clairement démontré l insuffisance de leur format actuel.

    L abandon des hélicos au profit de drones est symptomatique. Ils continuent dans le WTF et la destruction des capacités britaniques.

    Ils prévoient quoi pour remplacer l Ajax?

    • Mad dit :

      Ils ont deux projets en cours pour ca, le Terra et le St Marc. (Ne jetez pas de tomates, je suis déjà sorti ===>[]).

  5. Candide dit :

    Ca fait trois F35 ca à peine non ?

  6. Hadrien dit :

    la mainmise de quelques entreprises privées sans contrôle, voila ce que ça donne!!! quelques obscures bureaux d’études avec 3 ingénieurs qui bricolent, des frais monstrueux et en plus on dégage l’ensemble de l’appareil industriel en se disant que si un jour il faut faire ou entretenir un truc, on fera appel à des sous traitants…..on se retrouve avec le cas d’école de RU, pertes de compétences basiques en industrie, dépendance à des chaines de sous traitants qui se détourne du militaire car pas de plan de charge et avec des prix ultra serrés (ben oui les gros veulent empocher mais pas payer) et à la fin on se retrouve avec des bateaux merdiques, qui sont en mer 1j sur 10 mais ne vous inquitez pas BAE et Badcock vivent très bien la situation à tel point qu’on ne les mets jamais en cause

  7. Kardaillac dit :

    Le DIP d’un cabinet en partance n’a qu’une valeur de brouillon. Sir Keir l’avait promis, il le laisse sur le pupitre.

  8. Le Chouan dit :

    Parfois, mieux repartir sur une page blanche, tout en prenant des mesures drastiques pour reconstruire la Royal Navy, cependant, il aurait été préférable que le Royaume-uni s’y attaque plus tôt, vu la conjoncture internationale actuelle…
    Souhaitons à nos amis de Grands-Bretons de pouvoir régler leurs problèmes et de retrouver leur place parmis nous.
    Cela ne sert à rien de les accabler, ni de les moquer…
    Même si nos armées et les prélèvements d’impôts sont encore les seules choses qui fonctionnent à ce jour en France, commençons par balayer devant notre porte car l’état de notre pays oscille entre désordre, ruine et désastre dans tous les domaines, ce qui n’est guère enviable.

  9. Marty dit :

    Les 4.7mds£ manquants viens de monter à 15 mds£ car les économies à trouver dans les autres ministères n’ont pas été identifiés. Avoue de no°10 Downing Street le 1er juillet. Bonne chance Andy Burnham.