La Direction générale de l’armement s’intéresse au drone tactique d’aérocombat S301, développé par Schiebel et Thales

Dans un entretien accordé à La Tribune, en marge du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory 26, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a réaffirmé que l’hélicoptère, qu’il soit de manœuvre ou d’attaque, demeurera essentiel au combat de haute intensité. Et cela alors que certains se sont risqués à prophétiser le contraire en mettant en avant la prolifération des drones aériens sur le champ de bataille.
Mais il faut se garder de tout avis définitif dans les affaires militaires. Tel est, en tout cas, la mise en garde faite par le général Fabien Mandon, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition au Sénat, fin avril.
«J’encourage, bien sûr, le ‘penser autrement’, ce qui est parfois dur à mettre en Å“uvre au sein de l’institution militaire, qui est assez conservatrice. Sa force est néanmoins d’échapper aux phénomènes de mode», avait-il d’abord dit, avant d’enchaîner sur une anecdote.
«J’ai participé il y a cinq ans à une discussion au cours de laquelle quelqu’un a affirmé que l’artillerie ne servait plus à rien, car prochainement tout serait numérique. Or il s’agissait d’un conseiller éminent !», a-t-il relaté. Alors, a poursuivi le CEMA, «nous ne sommes peut-être pas assez agiles, mais cet aspect inertiel évite des coups de barre radicaux susceptibles de nous faire rater un virage important». Et d’insister : «Les armées peuvent paraître conservatrices, mais c’est la rançon de la robustesse. Des questions peuvent effectivement se poser».
Cela étant, pour le général Schill, ce n’est pas parce que l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] est «l’une de nos forces» qu’il faut «s’aveugler». Si l’hélicoptère de manÅ“uvre ne donne pas matière à débat [il est «tranché», a-t-il dit] au regard des missions qu’il permet d’accomplir [transport, évacuation sanitaire, recherche et sauvetage au combat, infiltration, opérations spéciales, etc.], il en va autrement pour celui de reconnaissance et d’attaque, même si, depuis peu, l’EC-665 Tigre a ajouté une nouvelle corde à son arc avec la lutte antidrone.
«La dronisation pourrait être suffisamment efficace pour que l’on achète des hélicoptères [d’attaque] moins chers et moins armés. La question est ouverte», a dit le général Schill.
Justement, l’ALAT se la pose depuis maintenant quelques années, via le concept de «dronisation de l’aérocombat».
Celui-ci repose sur trois axes de travail : les Engins lancés depuis des aéronefs [ELA], les drones tactiques d’aérocombat [DTA], pouvant évoluer en mode semi-autonome ou autonome pour accompagner les hélicoptères, et l’emploi de ces mêmes drones en coordination avec ceux mis en œuvre par les «autres composantes du combat interarmées».
En 2024, dans un «podcast» du Commandement du combat futur de l’armée de Terre [CCFAT], le général David Cruzille, le commandant de l’ALAT, avait expliqué que ce drone tactique d’aérocombat devrait être «performant au juste niveau» et abordable en termes de prix, l’objectif étant de gagner de la «masse».
Un tel drone existe sans doute déjà . Lors d’EuroSatory, l’entreprise autrichienne Schiebel, associée à Thales, a en effet présenté le Camcopter S301, un appareil de 700 kg pouvant voler à la vitesse maximale de 120 nœuds et, surtout, emporter une charge utile de 250 à 300 kg.
Outre les capteurs et les moyens de guerre électronique [comme la nacelle CURCO], fournis par Thales, cette dernière pourrait se composer de dix missiles légers Martlet, des roquettes à guidage laser de 68 mm ou de 70 mm, voire des munitions téléopérées [MTO] Toutatis.
Par ailleurs, ce S301 bénéficiera des travaux menés par CortAIx, l’unité de Thales spécialisée dans l’intelligence artificielle [IA].
Le ministère britannique de la Défense [MoD] a pris un peu d’avance dans le domaine de la dronisation de l’aérocombat. En mai, il a retenu quatre industriels, à savoir Anduril UK, BAE Systems, Tekever et Thales UK [sur la base du S301], pour le programme NYX, lequel vise à développer un drone de combat collaboratif censé accompagner les hélicoptères d’attaque AH-64E Apache de la British Army.
En attendant, assure Schiebel, la Direction générale de l’armement, par l’entremise de son directeur adjoint, l’ingénieur général de classe exceptionnelle [IGCEA] Alexandre Lahousse, a marqué un «vif intérêt» pour le S301.
«Fort de notre expertise reconnue, le Camcopter S301 offre des performances inédites, sa production en France contribuant au développement technologique national», a commenté l’industriel autrichien.
Selon Flight Global, le S301 a été proposé par Schiebel et Thales à l’appel d’offres ADAPT, émis par la DGA en avril pour remplacer le drone tactique Patroller, dont le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 a confirmé la fin.
Photo : Schiebel





la Marine à un drone du même type le VSR700 made in France qui va équiper certains navires
La marine utilise aussi des S200 qui sont le petit frère du S301.
Difficiel de ne pas comparer le VSR700 avec le S301 : les deux boxent dans la même catégorie, et sont conçus d’emblée pour être embarqués sur des navires.
Le VSR700 a pour lui son antériorité, puisqu’il est déjà en service dans la Marine Nationale. Mais le nouveau venu a de sérieux arguments à faire valoir :
– Le S301 dipose visiblement d’une bonne capacité de charge utile, et est nativement conçu pour embarquer de l’armement (missiles Martlet, roquettes guidées, MTO…). Là où le VSR 700 est très typé « mission ISR », l’emport d’armement étant au mieux optionnel, car pas expréssément prévu dans le cahier des charges initial. Le VSR 700 n’a donc clairement pas été conçu pour pouvoir emporter de lourdes charges utiles (notamment de l’armement), la réserve de puissance disponible semble très limitée, ce qui oblige à « bricoler » avec de l’armement le plus léger possible. C’est possiblement la conséquence de la réutilisation d’une cellule civile (Cabri G2), là où Schiebel est parti d’une feuille blanche pour concevoir un drone.
– L’autonomie : le S301 est donné pour une endurance de 24h en configuration légère avec 50kg de charge (8h avec 250kg de charge utile), contre 8h pour le VSR 700 en configuration ISR… et sans doute beaucoup moins si on lui ajoute de l’armement ou des capteurs supplémentaires. Une sacré différence sur le plan opérationnel. D’autant que le S301 est également plus rapide : 220km/h de vitesse max, contre environ 185km/h sur le VSR700.
– Le prix : peu de données disponibles, mais le S301 est annoncé comme « low cost »… ce que n’est assurément pas le VSR700 qui assume un positionnement plus « haut de gamme ». La comparaison risque de faire mal…
– La compacité : le S301 est nettement plus compact que le VSR 700. Conséquence probable : là où 1 seul VSR700 peut être embarqué aux côté d’un hélico sur la FDI, il devrait être tout à fait concevable d’embarquer 2 Schiebel S301 et leur station de contrôle + 1 H160 dans le hangar d’une FDI. Et peut être même 1 NH90 + 2 S301 (plus délicat dans cette hypothèse sur FDI… peut être plutôt sur FREMM ! à vérifier !). Ce n’est quand même pas rien… outre une appréciable redondance/résilience liée à la présence de 2 appareils au lieu d’un seul, cela ouvre notamment la possibilité de maintenir une situation tactique H24 à distance de la frégate : un atout important.
Bref, la comparaison tourne rapidement au jeu de massacre. A court terme, Airbus aurait sans doute grand intérêt à travailler sur une version remotorisée et plus « musclée » de son VSR700, avec davantage d’autonomie et davantage de capacités d’emport en armements pour justifier le positionnement « haut de gamme ». Mais on peut prédire que le S301 est appelé à connaître d’importants développements, à la fois dans la Marine (vivement une version typée ASM !), mais aussi dans une possible version terrestre, qui pourrait fortement intéresser l’ALAT.
Il faut arrêter de s’acharner avec les hélicoptères d’attaque, ils ont fait leur temps. Les hélicoptère de transport eux ont de l’intérêt dans une certaine mesures mais leur dronisation risque d’arriver vite.
Le seul cas où un hélicoptère d’attaque serait pertinent c’est face à des munitions propulsées type Shahed qui emporteraient de puissant moyens de brouillage.
Ils sont pourtant sur tous les fronts en Ukraine….
Combien d’heures de vol à 15m/sol pour un avis aussi définitif ?
Parce que Mat49, ça remonte à la Banane et au Siko !
Rappelons une Xème fois que les hélicos ukrainiens volent tous les jours, comme ceux des Israéliens
Sinon, dès que le drone HM que vous anticipez est certifié et admis en service, on vous appelle pour le premier poser d’assaut, sans équipage et sans HA, en Ukraine ou ailleurs.
Quand ça vole Baygon vert..
https://theatrum-belli.com/guerre-en-ukraine-2025-2026-analyse-des-taux-dinterception-des-vecteurs-aeriens/
Lorsque l’on assène de telles affirmations, il serait bien de donner quelques éléments factuels. Otez moi d’un doute: vous n’avez pas la moindre idée du niveau de maturité réel des drones, ni des concept d’emplois des hélicos d’attaque?
Les hélicos d’attaques vont évoluer (et surtout leur concept d’emplois) avec la « dronisation » probablement vers quelque chose de similaire au défunt SCAF. Cette approche est saine (gain de masse, multiplication des effecteurs/senseurs, protection pour l’aéronef habité, etc.) et permet de garder l’humain dans la boucle y compris pour les décisions tordues, improbables, quasi vouées à l’échec mais nécessaire (un IA en est intrasèquement incapable pour l’instant). On parle de conflits, pas de jeux vidéos.
Cela a du sens mais pour des munitions plus lourdes qui ne sont pas deployables par les drones. En tout cas, les Tigres existent et ce qui serait idiot serait de s’en debarasser trop vite.
Bon ça avance un peu
La DGA a développé le VSR700 avec Airbus pour la Marine, qui en achète très peu car les frégates seront équipées du Camcopter S-100, plus petit. Et quand l’Armée de Terre souhaite un drone de taille comparable au VSR700 elle semble s’orienter vers Shiebel
Pourquoi avoir développé le VSR700 ? Depuis le début on a l’impression que les militaires y vont à reculons avec ce drone à base du Cabri G2 , et qu’ils préfèrent Shiebel. Bon au moins c’est Thales.
Si la solution ne correspond pas au besoin utilisateur (je parle de l’utilisateur final, pas du client ou du politique), cette sale bête d’utilisateur fera tout ce qu’il peut pour contourner la solution… Après le pourquoi du comment, je ne sais pas.
@François01
Pour répondre à votre question, il suffit de comparer les fiches techniques des deux appareils (cf. mon post plus haut). Comme on dit, il n’y a pas photo ! d’autant que le prix du Schiebel S301 est annoncé comme très compétitif (marketé comme « low cost ») ce qui n’est pas le cas du VSR700.
Bref, Airbus va devoir réagir très vite, pour rester dans le match.
A court terme, il devrait être possible à moindre coût de « muscler » la motorisation, donc l’endurance et la capacité d’emport du VSR-700. Un « VSR-700 mk2 » permettrait sans doute de relever la tête face à Schiebel.
A moyen terme, Airbus pourrait aussi faire le choix de la montée en gamme. Le VSR-700 est conçu sur la base du Cabri G2 de la société Guimbal, dont la masse maximale est de 700kg. Or, Guimbal vient d’annoncer le programme « GrandCabri G5 », version 4+1 place du G2, avec un moteur Arrius 2D de 450 ch. La masse maximale devrait s’établir entre 1 000 et 1 300 kg, avec une charge utile de 400-600kg (carburant inclus). En réréutilisant l’avionique et les liaisons de données conçues pour le VSR-700, on peut imaginer qu’Airbus aurait une excellente carte à jouer, l’essentiel du travail ayant déjà été réalisé avec le VSR-700.
bonjour. bon un drone de type hélicoptères a un prix acceptable me semblent d’une grande importance… ( nous ne somme pas des américains).
Reste que nous somme dans un domaine précurseur pour les hélicoptères de grande taille…( plus de 500kg )
le points le plus important est que cela dois etre abordable financièrement…
=EC145 choisi par l Allemagne pour remplacer le Tigre et en passe d etre dronisé aux US pour les besoins de l US Army
Ce n’est qu’à titre expérimental, il n’y a pas de « programm of record » pour l’instant.. Cela pourrait être une » deuxième  » vie pour le LH-72 car l’US Army veut le remplacer.. Elle le juge trop coûteux pour sa mission de formation de base..
1/ L’ALAT c’est 70% des coûts de MCO de l’armée de terre française.
2/ Cela fleure le sable chaud et les climats tropicaux, avec la chasse à l’homme… so XXème siècle.
3/ Le petit personnel coûte cher à former et en OPEX et puis il faut aller les chercher en cas de pépin.
Alors que le pilotage peut être fait en télé-travail, en attendant Skynet.
L’hélicoptère d’attaque est « une danseuse » qui cherche un riche mécène.
On a un deuxième volontaire pour faire fonction de sous-munition dans un HM sans équipage et sans HA d’appui.
NB: « Le petit personnel coûte cher à former et en OPEX et puis il faut aller les chercher en cas de pépin.. » : tout prêt pour comparer le nombre de pax pris en charge en OPEX par l’ALAT avec celui des équipages en difficultés.
@Totem : 1/ L’ALAT c’est 70% des coûts de MCO de l’armée de terre française.
et pourquoi pas 100% !
https://defense-zone.com/blogs/dossiers-premium/maintien-en-condition-operationnelle-mco-maintenance-armees-francaises?srsltid=AfmBOory6HY-7DnaG4xou15t-s3QKbwNIiwXJ8bTRiKwL9SlRsZStib7
Bonne continuation a tous !
Si on pouvait en acquérir juste quelques un pour explorer en profondeur le concept 1 Tigre + X « remote carriers », cela permettrait à l’AT de progresser sur la future utilisation de ses moyens d’attaques aéro sans pour autant partir sur des plans à X milliards.
@HMX
Concernant le Cabri G4, il n’y a absolument aucune échéance d’annoncée par Guimbal. Quand on connaît la longueur des délais de certification des hélicoptères, (5 à 7 ans pour Airbus ) on peut s’attendre à un délais de 10 ans avant mise sur le marché. Il y a d’autres appareils dronisables du même gabarit déjà présents sur le marché.
@HMX
Concernant la remotorisation du Cabri ce n’est pas si simple. Airbus et Guimbal on mis quasiment trois ans pour intégrer un moteur diesel sur le VSR700 ( et encore il ne s’agit pas une certification civile)
Et pour l’intégration d’un moteur plus puissant il faudrait changer la boîte de transmission principale, afin qu’elle puisse supporter le guain de puissance., et peut-être également le rotor principal. C’est quasiment un nouvel appareil, comme si vous passez du Puma au Cougar ou du Cougar au Caracal. ( trois boîtes de transmission et trois rotors différents pour passer l’augmentation de puissance à chaque fois)