Otan : La Roumanie pourrait invoquer l’article 4 après la chute d’un drone russe sur un immeuble à Galați

En septembre 2025, plusieurs drones russes égarés au-dessus de la Pologne avaient mis les forces aériennes polonaises ainsi que celles de l’Otan en alerte. Ceux qui représentaient une «menace directe» furent abattus, notamment par des chasseurs-bombardiers F-35A néerlandais, alors basés à Malbork.
«Il s’agit d’un moment sans précédent dans l’histoire de l’Otan et dans l’histoire moderne de la Pologne. Nous devons tirer toutes les conséquences de ce qui s’est passé», avait estimé Karol Nawrocki, le président polonais. «C’est la première fois dans l’histoire que des drones russes ont été abattus sur le territoire d’un pays de l’Otan», avait relevé Donald Tusk, son Premier ministre.
Puis, en raison de la gravité de cet incident, Varsovie invoqua l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord, ce qui n’avait été fait qu’à neuf reprises depuis la création de l’Otan, en 1949. Pour rappel, celui-ci stipule que «les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée».
La Roumanie va-t-elle en faire de même, après qu’un drone russe – a priori un Geran-2 [version russe du Shahed 136 iranien, ndlr] – s’est écrasé sur un immeuble résidentiel de GalaÈ›i, ville portuaire située sur la rive gauche du Danube ? Selon les autorités roumaines, deux personnes ont été blessées dans ce qu’elles ont qualifié de «grave et irresponsable escalade».
«Dans la nuit du 28 au 29 mai, la Russie a repris ses attaques de drones contre des cibles civiles et des infrastructures en Ukraine, près de la frontière fluviale avec la Roumanie. L’un de ces drones a pénétré dans l’espace aérien roumain, a été suivi par radar jusqu’à la partie sud de la ville de Galați, puis s’est écrasé sur le toit d’un immeuble d’habitation, provoquant un incendie lors de l’impact», a en effet rapporté le ministère roumain de la Défense, via un communiqué.
BREAKING:
A Russian suicide drone has struck an apartment building in Galați, Romania.
Several Romanian civilians are wounded, with some reportedly being in serious condition.
Romania is a NATO member state ���� pic.twitter.com/8UCJxHDekT
— Visegrád 24 (@visegrad24) May 29, 2026
Deux chasseurs-bombardiers F-16 ont décollé de la base de Fetești, [est du pays], avec «l’autorisation d’engager le combat avec les cibles pendant toute la durée de l’alerte». Et cela avec l’appui d’un hélicoptère IAR 330 SOCAT [ou Puma].
Selon le porte-parole du ministère roumain de la Défense, le drone Geran-2 a été repéré à 1 h 54, en provenance de Reni. Puis, il aurait «plongé depuis une altitude de 600 mètres et a effectué des virages dont nous tentons de comprendre la raison. Il a ensuite disparu des radars et un incendie a été déclaré sur le toit d’un immeuble quelques minutes plus tard», a-t-il expliqué. L’appareil ne serait resté que quatre minutes dans l’espace aérien roumain avant de s’écraser.
Cela étant, depuis septembre 2023, plusieurs drones d’attaque russes lancés contre les ports ukrainiens de Reni et d’Ismail, situés dans les bouches du Danube, se sont écrasés sur le territoire roumain. Au moins quarante sept cas ont depuis été documentés, dont déjà douze en 2026.
Si elles ont régulièrement condamné les frappes russes contre les ports ukrainiens car «injustifiées et en profonde contradiction avec les règles du droit humanitaire international», les autorités roumaines ont aussi minimisé les menaces que celles-ci étaient susceptibles de faire peser sur leur territoire, afin, sans doute, de ne pas se laisser entraîner dans un conflit direct ou pour éviter des complications diplomatiques.
Quoi qu’il en soit, l’incident survenu à Galați va sans doute conduite Bucarest à hausser le ton.
«Cet incident constitue une grave et irresponsable escalade de la part de la Fédération de Russie. […] La Roumanie a informé ses alliés et le secrétaire général de l’Otan de la situation et a demandé que des mesures soient prises pour accélérer le transfert de moyens de lutte contre les drones», a fait savoir le ministère roumain des Affaires étrangères.
Celui-ci a par ailleurs convoqué l’ambassadeur russe en poste à Bucarest. «Nous communiquerons officiellement les conséquences que ce manque de responsabilité de la part de la Russie aura sur les relations diplomatiques entre nos deux pays, ainsi que les prochaines étapes au niveau européen concernant les paquets de sanctions», a précisé Oana Toiu, la cheffe de la diplomatie roumaine, via le réseau social X.
Dans le même temps, le président roumain, Nicusor Dan, a convoqué le Conseil suprême national de Défense pour «discuter des implications de l’incident le plus grave» ayant touché la Roumanie depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022.
En attendant les décisions que prendra Bucarest, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a assuré la «solidarité absolue» de l’Alliance envers la Roumanie, lors d’un entretien avec le président Dan.
À cette occasion, a-t-il ajouté, «j’ai réaffirmé que l’Otan est prête à défendre chaque pouce du territoire des Alliés» et que «nous continuerons à renforcer notre préparation pour dissuader et nous défendre contre toute menace, y compris celles provenant de drones».




