Depuis 1993, le sous-marin nucléaire d’attaque Perle a passé l’équivalent de 12 années en plongée

En juin 2020, la proue de la Perle fut ravagée par un incendie, survenu alors que ce sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] de type Rubis était en cale sèche à Toulon, dans le cadre d’un arrêt technique majeur [ATM]. Au regard de l’importance des dégâts, ce bâtiment aurait pu ne plus jamais reprendre la mer. Pourtant, après une étude réalisée par le Service de soutien de la Flotte [SSF] et Naval Group, le ministère des Armées prit la décision de le réparer. L’opération s’annonçait très ambitieuse…

En effet, celle-ci consista à remplacer la proue de La Perle par celle du SNA Saphir, retiré du service un an plus tôt. Minutieusement préparé à l’aide de jumeaux numériques, ce défi technique fut donc relevé. Et le sous-marin, allongé d’un mètre et plus lourd de 68 tonnes, put entamer sa remontée en puissance en novembre 2022, puis reprendre son cycle opérationnel quelques mois plus tard.

Seulement, via un arrêté publié en décembre dernier dans les pages du Journal officiel, le ministère des Armées fit savoir que la Perle allait être désarmée dans le courant de l’année 2026, ses équipages «bleu» et «rouge» devant être dissous.

Cette annonce pouvait sembler surprenante dans la mesure où, selon les plans initiaux de la Marine nationale, la Perle aurait dû être le dernier SNA de la classe Rubis à être retiré du service. Finalement, ce sera l’Améthyste qui aura ce «privilège».

Quoi qu’il en soit, la Perle a appareillé de la base navale de Toulon pour rallier Cherbourg, en vue de son retrait du service actif et de son démantèlement. Cette information a été confirmée lors du dernier point presse du ministère des Armées, le 21 mai.

«Après trente-trois années de service, la Perle deviendra ainsi le cinquième SNA de classe Rubis à être désarmé. […] Au cours de sa longue carrière, elle aura parcouru près d’un million de nautiques, soit quarante-six fois le tour de la Terre, et aura passé l’équivalent de douze années en plongée», a résumé Olivia Penichou, la Déléguée à l’information et à la communication de défense [DICoD].

« Déployé sous toutes les mers du globe, le SNA Perle a parcouru plus d’un million de nautiques, effectué plus de 100 000 heures de plongée et contribué pendant plus de trois décennies aux missions stratégiques de la France : soutien à la dissuasion, protection du groupe aéronaval, lutte sous-marine et protection des forces navales », a rappelé, de son côté, la Marine nationale, via les résaux sociaux.

Durant ses années de service, la Perle aurait donc passé plus de 36 % de son temps en plongée, ce qui donne une idée de son taux de disponibilité… Taux qui aurait pu être encore plus élevé si elle n’avait pas dû être immobilisée pendant trois ans à cause de l’incendie survenu lors de son dernier ATM.

Avec le retrait de la Perle, la Marine nationale ne compte plus que quatre SNA opérationnels, à savoir trois de type Suffren et l’Améthyste. Cette situation devrait durer jusqu’à l’admission au service actif du SNA de Grasse, en 2027.

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38 contributions

  1. JeanS dit :

    Comment peut on retirer un SNA avant qu’il soit remplacé nombre pour nombre par un autre?
    Comment depuis tant et tant et tant d’années, nous ne soyons tjrs pas capables de prévoir à plus long terme?

    On va bien attendre que le nouveau PA soit opé pour retirer le Charles non? Me trompes-je?

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « Comment depuis tant et tant et tant d’années, nous ne soyons tjrs pas capables de prévoir à plus long terme? » Prévoir c’est bien, concrétiser c’est mieux, certainement là comme ailleurs un problème de « gros sous »!

      • Hébé! dit :

        Plus de 23 milliards de subventions publiques aux associations par an dont plus de 1,1 milliard d’euros aux associations “de soutien aux migrants”. Donc non, ce n’est pas qu’un problème de « gros sous ».

    • ORTH dit :

      @JeanS : Me trompé-je ?

      • Un éléphant, ça trompe énormément dit :

        Depuis 1990 on peut aussi l’écrire : Me trompè-je ?

    • La pompe à phynance dit :

      L’utilité d’un seul porte-avions est très limiteé: la Marine nationale a besoin de bateaux et de drones naval, pas d’un totem
      https://www.secretdefensev2.com/post/le-porte-avion-est-devenu-un-syst%C3%A8me-d-armes-d%C3%A9pass%C3%A9

      Il ne sert qu’à flatter l’ego.

      • Robato dit :

        Il faut à la MN plus de frégates, plus de munitions, probablement des drones navals, peut-être quelques sous-marins supplémentaires et évidemment un second porte-avions.

        L’accroissement sensible des budgets militaires depuis quelques années laisse espérer que cela devienne possible sans qu’il y ait, comme vous ne cessez de le préconiser, à sacrifier l’un pour avoir les autres.

    • vno dit :

      1 – Les équipages à payer ?

      2- La sur-utilisation sans tenir compte que l’atelier qui fournissait les coeurs des réacteurs de SNA est fermé depuis longtemps puisque ces bateaux auraient du être retirés du service à 30 ans ? Vous me direz, avec leur moteur électrique de secours et leur diesel ils pouvait faire des sous-marins classiques avec des performances au niveau de nos sous-marins du début du 20ème siècle ? Bon Ok avec la taxe CO2 à payer en plus.

      3 – un contrôle technique trop couteux prévu pour vérifier les réparations sur lesquelles, il n’y a pas d’antécédents ?

    • Vortex dit :

      Gestion des équipages, RH…
      Difficile et coûteux de gérer deux équipages pour deux types de soums.
      Et comme les Suffren entrent en service rapidement…

    • Robato dit :

      La production des SNA (et des SNE) est au contraire gérée à très long terme, afin d’éviter les trous capacitaires.

      Cependant cette programmation ne prévoit pas la construction d’un sous-marin « joker », stocké et capable d’intégrer rapidement la flotte en cas de disparition ou d’accident lourd d’un des sous-marins opérationnels.

      Le sous-marin Perle a été victime d’un grave incendie qui aurait dû le rendre inutilisable si on ne lui avait pas greffé, par un exploit technique inédit, l’avant d’un de ses sister-ships précédemment retiré.
      Cette opération, si elle a permis de le remettre en service, ne permet toutefois manifestement pas de le maintenir en flotte aussi longtemps qu’espéré.

      La solution « optimale » d’un point de vue opérationnel aurait probablement été d’avoir « sous la main » un tel navire « joker ».
      Cette solution serait peut-être techniquement possible mais coûterait une fortune. Elle ne serait raisonnablement envisageable que si on avait en permanence en bassin un sous-marin en attente de vente à l’export (les fameuses « coques blanches »), ce qui n’est pas le cas.

      La doctrine est plutôt d’avoir un nombre de sous-marins considéré comme suffisant pour pouvoir fonctionner en mode pas trop dégradé si on en perd un.
      C’est ce qui s’est passé pendant le chantier de réparation du Perle, et c’est ce qui va se passer suite à son retrait prématuré.

      La question serait plutôt de savoir si le format actuel de la flotte est réellement suffisant, y compris en mode dégradé.
      La réponse est peut-être non, mais la solution est avant tout budgétaire, pas programmatique.

  2. Lado dit :

    Si on tient compte du temps réellement disponible hors maintenance de routine (2 mois /an) et appofondie (2ans /10 ans) ,le SNA Perle a passé en plogée 56 % de sa dispo tehnique theorique, sachant qu’il accoste ,change d’équipagr,, navigue en surface et il aura donc eu une dispo operationnelle (par rapport aux specifications) tres élevée et sur une tres longue période

    • Frede6 dit :

      36% de disponibilité, point barre. C’est la capacité opérationnelle qui compte!
      C’est a la fois correct…et dérisoire.
      2 sous marins disponibles à la mer en permanence pour deux façades maritimes.
      Comme savent le dire nos amiraux pendant les auditions : une MN taillée au plus juste.

      • Soad dit :

        Vous lisez mal: c’est 36% en plongée…

        • Frede6 dit :

          Est ce qu’un sous marin est opérationnel en surface ? Par ailleurs les SNA plongent quasi immédiatement dès qu’ils quittent la rade de Toulon. Bref ca ne change rien. Mon propos n’est pas de dire que le taux de dispo est trop faible, il est correct, mais de dire que la flotte est sous dimensionnée par rapport aux missions confiées. On ne peut pas maintenir 4 SNAà la mer plus de quelques semaines sans avoir un trou capacitaire pendant les mois qui suivent. D’où le débat sur l’adéquation des moyens par rapport aux missions. Je ne parle même pas des ambitions…

          • Lado dit :

            Faux
            Un SM prêt a appareillé sous qq heure est operationnel..même en surface et même au port
            Sur 4 SNLE, 1 est en patruoille 1 se tient prêt au mini
            1 char « paré » (Carburant Optique Radio, Batteries, Armement..) dans un hangar, parfois chauffé, est « operationnel
            Voir les taux de dispo des autres marines .. Canadienne , Australienne, Allemande , Anglaise voire US…et commentez ensuite

          • Mappemonde dit :

            @Lado

            Des autres marines : canadienne, australienne, allemande, anglaise (ou plutôt britannique).

  3. AirTattoo dit :

    Il n’est pas toujours facile de comprendre certaines décisions politiques. Quoi qu’il en soit, je souhaite au Perle bon vent, ainsi qu’aux équipages Bleu et Rouge. Merci également pour votre engagement et pour avoir assuré notre sécurité. Force et honneur !!!

  4. Yvon dit :

    N’oublions jamais le courage et la disponibilité des équipages des SNLE et SNA. Ce sont des personnes exemplaires.

    • Gueux patriote dit :

      Vous avez bien raison, des héros discrets et muets, mais certainement pas sourds.

      • Torpille dit :

        Arrêtez avec ces histoires de héros balancées pour un oui ou pour un non !
        Cela est bon pour des chaines TV et le Ciné.
        Nos sous mariniers pourraient le devenir, si ils étaient confrontés à des situations extrêmes où ils auraient à faire preuve de technicité de savoir faire et………faire le sacrifice ultime.
        Pour le moment et en raison du service non imposé qu’ils acceptent, ils sont loin de chez eux et ne rentrent pas à la maison tous les soirs. Certes et peut-être, ils ont des manques et une vie vie privée décalée.
        Mais à ce point un seul mot ordinaire convient : Respect !

  5. baldin dit :

    Il est surprenant de désarmer le Perle avant l’entrée opérationnelle du De grasse, habituellement on fait le contraire. Meme si il est possible que les équipages du Perle soient transférés vers le De grasse, ce qui permettrait d’opérer la phase test sans probleme?

    • tehel dit :

      Je pense aussi que c’est la raison profonde de cette décision. Les équipages ne peuvent pas être à deux endroits à la fois, donc…

  6. lecoq dit :

    4 SNA Opérationnels. c’est peu, mais quand on regarde les grands brittons, on se console.

    Rien que « la perle » il a du passer plus de temps en plongée que tous les SNA UK réunis pendant son service actif 🙂

  7. Prof de Physique dit :

    Au point où ils en sont, vendons le aux Australiens.
    (Boutade)

  8. h d dit :

    « le sous-marin, allongé d’un mètre et plus lourd de 68 tonnes, put entamer sa remontée ». bon je reprends ce qui est écrit mais le prend au sens premier soit la remontée du Perle des profondeurs vers la surface…
    Ne serait-ce pas le REEL problème du Perle après sa modification? soit un surpoids de 68tonnes pas suffisamment compensable?? donc un Perle devenu dangereux… VA SAVOIR

    • lym dit :

      68T semble en effet beaucoup sachant que le type était donné pour ~2400T et ~74m, soit en moyenne 32T le mètre.
      Tout ce boulot pour même pas 4 ans de service derrière, je pense aussi qu’il y a eu un souci capacitaire ou de la greffe elle même…

    • Jarran dit :

      Une section de 1m pour un diamètre de 7,6m, ca représente déjà 45t d’eau. Donc niveau flottabilité, on n’a qu’un delta de 23t, soit 1% de la masse lège ou 10% de la masse de ballastage, globalement au milieu du navire.

      Il n’y a rien qui permette de remettre en cause la sécurité plongée après cette opération.

      Mais pour une question pas si innocente qui prend 1 minute à écrire, il faut 10 minutes pour y répondre… Vous auriez pu faire cet effort par vous même…

    • Prof de physique dit :

      Bien vu.
      Un calcul à la louche donne une moyenne d’environ 38 tonnes par mètre pour ce sous-marin.

      • Zaratoustra dit :

        Pour ma part, je me contente d’utiliser un algorithme bien connu et parfaitement maitrisé, le Shadock.
        Pour remonter, il faut pomper, pomper, pomper…

  9. LM dit :

    « Minutieusement préparé à l’aide de jumeaux numériques »

    Avoir réussi a remettre en service ce sous marin est une belle victoire des équipes de Naval Group.

    Mais pas de jumeau numérique dans cette affaire.
    Cela s’est limité au remontage 3D « classique ».
    Ce qui est déjà un énorme boulot avec des plans originaux des années 70/80.
    (Modalisation 3D de la section en interface du Perle, modélisation de la section suivante du Rubis, et conception de la section spéciale de jonction)

    Comme l’ « IA » le terme « jumeau numérique » est utilisé à tort et à travers par les équipes de communications.

  10. Titeuf dit :

    Les Collins Australien , combien de temps en plongée ???
    Sacré bestiaux la classe Rubis.
    Gloire et honneur à nos équipages !!!

  11. C'est si simple dit :

    Ne cherchons pas à comprendre. On ne prend pas de risques avec ce SNA « reconstruit » . C’est normal, la vie d’un équipage n’a pas de prix.

  12. Magic38 dit :

    Profitons de la commande des Pays-Bas pour commander des Barracuda diesels pour nous aussi, surtout si la Grèce nous en achète, le prix peut devenir intéressant. Faut se rendre à l’évidence, la France n’a pas les moyens d’avoir une grande flotte de sous-marins nucléaires. L’absence d’armes nucléaires et de SNA c’est la raison pour laquelle l’Italie peut se permettre d’avoir une flotte plus grande et mieux armée que la notre malgré un budget inférieur par exemple.
    Donc gardons nos SNA pour les déploiements lointains et l’escorte du groupe aéronaval et renforçons nos capacités sous-marines avec 3-4 sous-marins diesel-lithium. Au stade où on en est (on va fonctionner avec seulement 4 sous-marins bientôt et on ne retrouvera pas un format à 6 avant 2030), même des Scorpène feraient l’affaire pour les eaux proches.

  13. jean luc dit :

    La réparation de ce sous-marin montre la compétence de nos ingénieurs et techniciens , compétences qui sont bien utile en cas de conflit armé

  14. Lado dit :

    Non car la dispo c’est aussi être prêt sous qq heures a appareiller
    Comparer cette dispo avec toutes les sous marinades mondiales

  15. B.M. dit :

    Beaucoup de contributeurs ont émis un jugement sur la disponibilité de ce sous-marin et plus largement sur la disponibilité des navires de la classe Rubis.
    En fait cette disponibilité a été assez médiocre :
    – Les 4 premiers se sont avérés très bruyants (plus que les sous-marins soviétiques des années 70) et ont fait l’objet de multiples arrêts pour tenter de les améliorer jusqu’à la refonte AMETHISTE, ce qui a été très préjudiciable à leur disponibilité. A priori la Perle n’a pas été concernée puisque elle a été construite après.
    – Vers 2005 on a vu un effondrement de la disponibilité du à un total manque de méthodologie de la Marine Nationale dans l’organisation de la maintenance. Il faudra attendre environ 5 ans pour que la disponibilité remonte après que la DGA ait mis en place les contrats MCO auprès des industriels tels qu’on les connait aujuourd’hui.
    -Finalement, paradoxalement, les meilleures disponibilités de ces bâtiments auront été enregistrées dans les 10 dernières années de leur vie.