Guerre en Ukraine : La Russie fait monter la pression sur la Lettonie

Dans un récent entretien accordé au journal Süddeutsche Zeitung, et à l’unisson de la plupart de ses homologues européens, le chef d’état-major des forces armées fédérales allemandes [Bundeswehr], le général Carsten Breuer, a estimé que la Russie pourrait «tester militairement l’Otan» dans un avenir très proche. «Les différents indicateurs – réarmement, augmentation des effectifs, évolution économique et politique – convergent tous vers un seul point : 2029. Cela pourrait-il arriver plus tôt ? Oui», a-t-il en effet affirmé. «Notre problème se situe à Moscou et nulle part ailleurs», a-t-il insisté.

En avril, lors d’une audition à l’Assemblée nationale pour évoquer l’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Fabien Mandon, avait lui aussi fait part de ses préoccupations face au développement des capacités militaires russes. «Quand on parle de la Russie, c’est quelque chose qui n’est absolument pas dogmatique, c’est quelque chose de renseigné», avait-il souligné.

Dans son dernier rapport annuel, le renseignement militaire néerlandais [MIVD] a avancé que la Russie pourrait disposer des capacités suffisantes pour défier l’Otan «un an après la fin des combats en Ukraine». Et de préciser que l’objectif du Kremlin ne serait pas de «vaincre militairement» l’Alliance mais de la «diviser par des gains territoriaux limités, si nécessaire sous la menace d’un recours à l’arme nucléaire».

En outre, le MIVD a également estimé que les «forces russes étaient non seulement devenues plus importantes mais aussi plus efficaces qu’avant la guerre en Ukraine».

En attendant, Moscou fait monter la pression sur les pays baltes, et plus particulièrement sur la Lettonie, qui connaît actuellement une crise politique, engendrée par la chute de drones d’attaques ukrainiens sur un dépôt pétrolier située près de la localité de Rēzekne, à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec la Russie.

Pour rappel, le ministre letton de la Défense, Andris Sprūds, a été contraint à la démission, ce qui a fait imploser la majorité du gouvernement alors en place.

En avril, la Russie avait accusé les États baltes de permettre aux drones d’attaque ukrainiens de traverser leur espace aérien avant d’aller frapper son territoire. «Si les régimes de ces pays ont assez de bon sens, ils écouteront. Sinon, ils devront faire face à une réponse», avait prévenu Maria Zakharova, la porte-parole de la diplomatie russe.

Quelques jours plus tard, le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Sergueï Choïgou, revint à la charge en suggérant que les États baltes et la Finlande étaient «complices d’une agression contre la Russie» en ne faisant rien contre les drones ukrainiens transitant par leur territoire. Dans ce cas, «l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui stipule le droit inhérent des États à la légitime défense en cas d’attaque armée, entre en vigueur, en vertu du droit international», avait-il ajouté.

Depuis, la pression va crescendo, en particulier celle mise par Moscou sur Riga. Via un communiqué publié le 19 mai, le SVR, le renseignement extérieur russe, a affirmé que la Lettonie avait autorisé l’Ukraine à lancer des drones d’attaques vers la Russie depuis son sol.

«D’après les informations reçues, Kiev n’entend pas se limiter à l’utilisation des couloirs aériens mis à la disposition des forces armées ukrainiennes par les pays baltes. Il est également prévu de lancer des drones depuis ces pays. L’objectif est de réduire considérablement les temps de vol vers les cibles et d’accroître l’efficacité des attaques» ukrainiennes, a d’abord affirmé le SVR.

Puis il a ensuite soutenu que du personnel militaire ukrainien avait été déployé sur plusieurs bases lettones, dont celles «d’Adazi, de Selija, de Lielvarde, de Daugavpils et de Jekabpils». Aussi, a-t-il prévenu, la «Lettonie pourrait subir les conséquences d’une telle décision».

Dans le même temps, le représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, Vassili Nebenzia, a repris les affirmations du SVR à son compte, lors d’une réunion du Conseil de sécurité. «L’appartenance de la Lettonie à l’Otan ne la met pas à l’abri de représailles», a-t-il dit.

Quoi qu’il en soit, la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze, a immédiatement démenti les allégations du SVR. «La Lettonie ne fournit PAS d’espace aérien pour des attaques contre la Russie. Cela a été expliqué à plusieurs reprises aux représentants russes», a-t-elle réagi, via le média social X, avant de dénoncer une campagne de désinformation contre Riga.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui, en vertu des traités actuels, n’a pas de rôle en matière de défense [mais elle n’en a visiblement cure], a dénoncé des menaces russes «totalement inacceptables» à l’endroit des pays baltes. «Qu’il n’y ait aucun doute : une menace contre un État membre est une menace contre l’ensemble de notre Union. […] L’Europe répondra avec unité et force. Nous continuerons à renforcer la sécurité de notre flanc oriental grâce à une défense collective solide et à une préparation renforcée à tous les niveaux», a-t-elle dit.

Au passage, l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne prévoit seulement une assistance des États membres à l’un des leurs visé par une agression armée. La défense collective relève uniquement de l’Otan [article 5 du Traité de l’Atlantique nord].

Enfin, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a balayé les accusations du SVR d’un revers de manche. «Les affirmations russes sont absolument ridicules. La Russie le sait», a-t-il dit à la presse.

Photo : Ministère letton de la Défense

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