Lettonie : Un colonel a été nommé ministre de la Défense pour renforcer la lutte antidrone

Les frappes effectuées par l’Ukraine contre des objectifs militaires, des sites industriels et des infrastructures critiques situés en Russie mettent les pays baltes en porte-à-faux. D’une part, Moscou les accuse de permettre aux drones d’attaque ukrainiens de traverser leur espace aérien pour se diriger vers leurs cibles. D’autre part, il est arrivé, à plusieurs reprises, que certains de ces engins, désorientés par le brouillage électronique russe, s’écrasent sur leur territoire. Ainsi, en mars, l’un d’eux a endommagé la cheminée d’une centrale électrique en Estonie.

Le 7 mai, en Lettonie, deux drones ont apparemment dévié de leur trajectoire et endommagé des réservoirs de carburant – heureusement vides – à RÄ“zekne, localité située à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe. Les pompiers locaux sont alors intervenus pour éteindre un début d’incendie tandis que les écoles de la commune ont été fermées. En outre, alors qu’une alerte aérienne avait aussi été déclenchée dans les localités de Ludza, Balvi et AlÅ«ksne, des habitants ont affirmé avoir entendu des «explosions». Des avions de combat de la mission Baltic Air Policing de l’Otan ont été déployés.

«Les forces armées nationales, en collaboration avec leurs alliés de l’Otan, surveillent en permanence l’espace aérien afin de garantir leur capacité à réagir immédiatement aux menaces potentielles. Elles ont renforcé leurs capacités de défense aérienne le long de la frontière orientale par le déploiement d’unités supplémentaires», a alors assuré le ministère letton de la Défense.

Plus tard, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a expliqué que ces engins s’étaient écrasés sur le territoire letton à cause de la «guerre électronique russe». Reste à voir s’ils ont été sciemment détournés vers le site de stockage pétrolier de RÄ“zekne ou si leur chute à cet endroit était le fruit du hasard…

Quoi qu’il en soit, cette affaire ne sera pas restée sans conséquence. En effet, trois jours plus tard, mis sous pression, le ministre letton de la Défense, Andris Sprūds, a été contraint de remettre sa démission. Il devrait être remplacé par le colonel Raivis Melnis, la cheffe du gouvernement letton, Evika Silin, ayant estimé que le ministère devait être «dirigé par un professionnel».

«L’incident ayant impliqué des drones cette semaine a clairement montré que la direction politique du secteur de la Défense n’a pas tenu sa promesse de garantir un ciel sûr au-dessus de notre pays», a fait valoir Mme Silina, le 10 mai, via le réseau social X. «C’est une responsabilité immense qui exige des résultats clairs», a-t-elle insisté.

Lors d’un entretien à la presse, Mme Silina a justifié la nomination du colonel Melnis en expliquant que la Défense avait besoin «d’un leadership professionnel, déterminé et fondé sur la réalité du combat». Et d’ajouter : «Actuellement, le plus important est la sécurité et le renforcement de nos capacités de défense, en intégrant systématiquement l’expérience ukrainienne. […] Nous devons être capables de réagir rapidement, clairement et sans hésitation».

Diplômé du King’s College de Londres, le colonel Melnis a participé à plusieurs opérations extérieures, notamment en Afghanistan, avant de prendre le commandement du 1er bataillon de l’armée lettone. Un temps représentant du ministère de la Défense en Ukraine, il a ensuite été nommé chef du département de la planification opérationnelle de l’état-major interarmées puis, récemment, «conseiller extérieur» pour les questions de coopération militaire.

De son côté, M. Sprūds a dit assumer ses responsabilités et vouloir «protéger l’armée de toute instrumentalisation politique».

Quoi qu’il en soit, ce changement à la tête du ministère letton de la Défense ne changera probablement pas grand chose… du moins tant que les règles d’engagement n’auront pas évolué. Et il n’y a aucune raison pour que ce soit le cas.

«On entend souvent des critiques quant à l’absence d’interception systématique des drones à la frontière. Cependant, les tactiques des forces armées en temps de paix diffèrent sensiblement de celles employées en zone de guerre. […] En temps de paix, la responsabilité est immense : tout projectile ou objet intercepté finira par retomber quelque part, et il existe un risque que cela se produise en zone habitée», explique en effet l’état-major letton.

Selon lui, les forces armées ont démontré leur capacité à détecter et à identifier des drones. Seulement, les neutraliser en «toute sécurité» suppose de prédéfinir des positions de tir, «à l’abri des menaces pesant sur les populations civiles et les infrastructures». En outre, poursuit-il, en temps de paix, «il n’est donc ni possible ni utile de déployer des artilleurs antiaériens en alerte permanente sur chaque mètre le long de la frontière».

Photo : Ministère letton de la Défense

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17 contributions

  1. jean luc dit :

    je ne vois pas ce qui va changer avec la nomination d’un colonel pour la lutte anti-drone, sur le même sujet 2 articles de harpunkt , le 1er indique comment une entreprise comme Deutsche Telekom peut aider à la défense du pays, le 2ème comment les détruire avec un véhicule léger de défense aérienne https://www.hartpunkt.de/rheinmetall-und-telekom-arbeiten-an-drohnen-schutzschild/ https://www.hartpunkt.de/drohnenabwehr-acs-integriert-diehls-garmr-auf-die-g-klasse-mit-verlaengertem-radstand/ .
    concernant les accusations russes de survol des drones des pays baltes pour atteindre des objectifs en Russie, cela me fait marrer car ils doivent survoler la Biélorussie, preuve que la DCA russe est en dessous , en plus celas rallonge le temps de parcourt , enfin bref, les Russes ne sont pas à un mensonge prêt . par contre, il est vraisemblable que les Russes arrivent à détourner certains drones volontairement sur des zones habitées dans les pays baltes . Poutine cherche la provocation

    • aleksandar dit :

      Il n’est pas nécessaire de survoler la Biélorussie.
      On peut passer par la Pologne.

      • Marine dit :

        Les drones ukrainiens ne passent pas par la Pologne. Mais même s’ils le faisaient, ce serait de bonne guerre, puisque les drones Shahed/Geran et autres missiles de croisière russes ne se gênent pas de passer par la Biélorussie (qui elle aussi ne participe officiellement pas au conflit). Mais bon, Poutine, c’est « faites comme je dis, pas comme je fais ». Toujours la même histoire de l’hôpital et de la charité…

        • aleksandar dit :

          Il semble que nous avons là un spécialiste de la navigation des drones.
          Il connaît même la trajectoire des drones ukrainiens !

    • Clavier dit :

      A la guerre tous les coups bas sont permis….et on est mal placé pour donner des leçons

    • Prestataire dit :

      Les Russes ne sont pas à un mensonge près.

      Prêt : préparé, disposé.
      Près : proche (ici, dans le sens de « de plus ou de moins »), imminent.

    • Ceci cela dit :

      Le pronom démonstratif « cela » s’écrit sans « s ».

      Cela rallonge le temps de parcours.

    • Quand on parcourt, on fait un parcours.

  2. Gauthier dit :

    les généraux lettons ont du être ravis d apprendre qu ils n étaient pas « professionnels « ….

    • Minou danois dit :

      @Gauthier. C’est le ministre de la défense qui est remplacé, un civil sans expérience militaire… Et c’est un militaire qui le remplace.. Quel rapport avec les « généraux « ?..

      • Oui mais non dit :

        Certes, la fonction prime le grade, mais les généraux prendront potentiellement plus mal d’avoir à obéir à un colonel, qui est théoriquement leur subordonné, que d’avoir à obéir à un ministre civil, qui ne l’est pas.

        • Minou danois dit :

          Oui, bon on parle de la minuscule armée Lettone, dont le chef est juste un Général de brigade.. Et vu l’effectif un Colonel y suffirait… Ensuite, il me semble que ce Colonel aura maintenant un statut civil….

        • Nimbus - parfois cumulo dit :

          S’il est ministre, il ne va pas attendre bien longtemps ses étoiles, et comme cela plus personne ne sera gêné ! 🙂 Il a été vraisemblablement choisi sur son cursus, avec ses récentes responsabilités en Ukraine.
          Chez nous le dernier militaire ministre des Armées était colonel de réserve ( Pierre Messmer 1960 à 1968 ) car le général Bigeard par la suite ne fut que Secrétaire d’Etat à la Défense durant 18 mois, au début du ministère d’Yvon Bourges.

          • Oui mais non dit :

            Sébastien Lecornu est colonel de la réserve opérationnelle de la gendarmerie (quoi qu’on puisse penser de sa nomination à ce grade).

            Et avant Pierre Mesmer,
            – Robert Galley était lieutenant dans les FFL (engagé dès 1940, compagnon de la Libération).
            – Jacques Soufflet était lieutenant-colonel de l’armée de l’Air.
            – Michel Debré était officier de réserve de Cavalerie et ancien combattant de la 2e GM (prisonnier et évadé).

            Et je n’ai pas cité tous ceux qui ont été EOR pendant leur service militaire mais n’ont pas combattu.

    • Diacritique dit :

      Ils ont dû être ravis
      Ils ont certainement ressenti du ravissement.

    • Nimbus - parfois cumulo dit :

      Compte-tenu des effectifs des forces armées lettones ( environ 10 000 personnes toutes armées confondues y compris le plus gros contingent, celui de la garde nationale ) je pense que les généraux en activité doivent être très peu nombreux et donc un colonel peut être choisi de manière préférentielle…

  3. Ouf ouf dit :

    Un sujet annexe de la guerre en Ukraine qui fait seulement 15 posts…
    Les intérêts changent… il y a quelques mois, cela en aurait fait une centaine
    C’est un retour au calme… comme sans doute avant 2022, mais je n’étais pas encore présent