Le ministère des Armées cherche des moyens innovants pour détecter et suivre des drones sans radar

Lors de l’édition 2024 du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory, le ministère des Armées avait présenté le système Deeplomatics, dont le développement avait été soutenu par l’Agence de l’innovation de défense [AID] au titre de la lutte antidrone. Dans le détail, il s’agissait de déployer un réseau de capteurs passifs acoustiques et optroniques reposant sur des algorithmes d’intelligence artificielle [IA] pour détecter, identifier et suivre un drone dans un rayon de plusieurs centaines de mètres.

Les mini-drones et les munitions téléopérées ayant une surface équivalente radar [SER] faible [voire très faible], il est quasiment impossible de les détecter en utilisant des moyens «traditionnels» comme le radar. D’où l’intérêt de Deeplomatics… ou encore celui de la solution «Orange Drone Guardian», présentée en mars par la division «Défense & Sécurité» de l’opérateur Orange Business.

Cette dernière permet en effet de détecter, d’identifier et de classer les «drones intrusifs» évoluant à basse altitude en s’appuyant sur les «infrastructures souveraines d’Orange Business».

«Le réseau national de 19 700 sites TOTEM, la TowerCo d’Orange, qui met à disposition ses points hauts [tours passives qui supportent les antennes] comme supports stratégiques pour les capteurs de détection. Cette capillarité territoriale permet d’étendre la portée de la surveillance et d’améliorer la qualité de la détection, sans que chaque client ait à déployer et à maintenir ses propres infrastructures», explique l’opérateur.

Et d’ajouter : Orange Drone Guardian «répond aux besoins de sécurisation des infrastructures critiques des opérateurs d’importance vitale [OIV], des opérateurs de services essentiels [OSE], des organisateurs de grands événements et des institutions publiques».

Cela étant, le ministère des Armées est en quête d’une solution encore plus aboutie afin d’être en mesure de détecter et de suivre des engins susceptibles de voler à une vitesse pouvant atteindre les 300 m/s [soit au seuil supersonique] sans recourir à un radar.

En effet, relevant de la Direction générale de l’armement [DGA] et de l’AID, le pôle d’innovation de défense INNOVATER a émis son premier appel à manifestation d’intérêt [AMI] en vue «d’acquérir un moyen de localisation et de trajectographie dans l’espace d’objets en vol à basse vitesse et basse altitude tels que des drones, des munitions téléopérées [MTO] ou des munitions guidées» dans le cadre du projet LOCDRONE.

«Afin d’assurer la protection des sites sensibles et des forces en déploiement, et face à l’omniprésence des drones et des MTO, il est recherché un moyen permettant leur détection et leur suivi qui s’avère très difficile par radar, faute d’élément mobile et compte tenu de leur très faible SER», détaille INNOVATER, dont cet appel à manifestation d’intérêt vise à répondre à un besoin exprimé par l’École du Train et de la Logistique opérationnelle de l’armée de Terre, la base aérienne 702 de Bourges Avord et DGA Techniques Terrestres.

Mais si l’accent est mis sur la détection d’appareils évoluant à basse vitesse, la technologie recherchée doit aussi permettre de localiser et de suivre plusieurs engins en vol [en clair : un essaim de drones] dans un rayon de 20 km et éventuellement de «suivre des objets en vol supersonique», indique INNOVATER. En outre, ajoute-t-il, «les candidats pourront proposer une solution d’effecteur associé au moyen, pour neutraliser [détruire, brouiller, etc.] la menace».

Selon les précisions apportées par l’AID, via le réseau social LinkedIn, le «dispositif devra également assurer la sécurité des phases d’essais et d’entraînement» impliquant des drones, «intégrer des capacités de visualisation et/ou d’enregistrement en temps réel» et «fournir des données de positionnement et de vitesse en vol».

Les entreprises et les laboratoires intéressés par cet AMI ont jusqu’au 10 juillet pour remettre leurs proposition à INNOVATER.

Photo : Le système Deeplomatics – AID

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40 contributions

  1. Emile dit :

    Et les soi-disant expert ukrainien ? Ils en disent quoi de cette détection de drone ?

  2. Nico From UK dit :

    Avec ca si on ne détecte pas d’OVNI ou de UAP je serai decu.

    • Tintouin dit :

      J’espère que les OVNIS attendront encore quelques dizaines/centaines d’années d’évolution humaine vers l’élévation spirituelle et morale, que le bazar mondial se soit calmé avant de nous visiter. S’ils viennent aujourd’hui, ils nous prendront pour des êtres violents animés par leur seul ego, et nous fuiront comme la peste 🙂

      • Lémurien officiel dit :

        Mais non, vous êtes au contraire très réjouissants, mes petits hominidés rigolos.
        Et comestibles, avec ça !

    • Patrico dit :

      Comme vous dites! Passionné d Astronomie je dit bien amateur mais aussi de l observation du ciel en général (je ne suis pas le seul sûrement) dès que la météo le permet, je peut vous dire et assurer que des UAP traversent le ciel à des vitesses ~~hypersonique? dans la ~~stratosphère? filmé à main levé 34s. Ou d autres qui s allument stationnaire subitement comme une etoile led et clic pas le temps de matos photos. Alors pour revenir aux Armées qui recherchent des moyens de détections ultra performants de Drones en 2026! il est bien temps.
      Salut Merci à vous !

  3. fred131 dit :

    Les ukrainiens disent les détecter avec des micros. C’est du vent?
    .
    Sinon l’irstv du Rafale qui détecte un avion à 100km à travers plusieurs types de capteurs devrait faire le boulot ? Le futur PASEO qui doit arriver dans un an ou deux ?
    .
    On a quand même des solutions sous le coude.

    • Parapluie anti'drone pour véhicules en goguette dit :

      Vous voulez dire le VIGEO sur les SERVVAL LAD…
      https://blablachars.blogspot.com/2026/03/safran-embarque-sur-les-futurs-serval.html

    • Mat49 dit :

      @fred131 « Sinon l’irstv du Rafale qui détecte un avion à 100km à travers plusieurs types de capteurs devrait faire le boulot » Beaucoup trop cher et suppose pas d’obstacles devant lui… oui au niveau du sol il n’y a pas de que des nuages.

    • HMX dit :

      Les solutions les plus connues et évidentes pour la détection des drones sont les suivantes :

      – détection acoustique : des micros et un système d’écoute (algorithmes, ou IA entraînée à la reconnaissance acoustique des drones). Plusieurs micros permettent de trianguler, donc d’affiner la précision de la localisation de la menace. La précision reste approximative (insuffisante pour assurer avec précision le pointage d’une arme à tir directe, par exemple). Mais c’est globalement efficace jour et nuit, très peu coûteux, et cela fonctionne même si la menace est totalement ou partiellement masquée à la vue directe. Cerise sur le gâteau, outre la détection des drones, le système acoustique peut aussi alerter et localiser les départs de tirs.

      – détection optique : des caméras disposées à 360°, reliées à un système de reconnaissance optique des drones, qui donne l’alerte et informe en temps réel sur la direction et la distance estimée de la menace. La précision de détection est supérieure à celle d’un système acoustique, permettant par exemple d’envisager le pointage automatique d’une arme en direction de la menace. Le coût reste limité, les optiques doivent bien sûr être de qualité correcte, mais sans nécessiter pour autant d’être très performantes et coûteuses. Point négatif : un drone qui avance en se servant des masques de terrain (bâtiment, végétation, relief…) ne sera pas détecté par les caméras. La détection de nuit ou par conditions atmosphériques dégradées est également possible, mais moins efficace qu’en plein jour.

      – Combinaison de ce qui précède : système optique + acoustique (cf. image d’illustration de l’article). C’est de très loin la solution la plus performante et abordable du moment. Un simple mât comportant des capteurs optiques et acoustiques se transforme en station de détection et d’alerte drones, pour un coût de quelques dizaines de milliers d’euros. Reliés à des système d’interception (quelle qu’en soit la nature), la généralisation de tels systèmes d’alerte, notamment embarqués sur des véhicules blindés ou non, est souhaitable dans les années à venir.

      – Plus high tech, plus précis et donc plus cher : radar d’acquisition et de surveillance terrestre (type MURIN go12 ou équivalent). Par effet Doppler, ce type de radar peut détecter jusqu’à 12km par tous les temps des véhicules, des piétons, des aéronefs à basse altitude… et donc aussi des drones, avec une précision excellente, même face à des cibles multiples (essaim de drones). Coût estimé d’environ 1.5 à 2 M€ par radar, ce qui limite pour l’instant leur usage à des sites et installations sensibles. Une soixantaine de radars MURIN bientôt en service en France. Une version « low cost » du MURIN, de taille et de portée plus réduite, avec un coût de l’ordre de 100K€, présenterait un avantage opérationnel évident.

  4. Armes miraculeuses dit :

    Les drones peuvent être abattus, encore faut-il que ce soit financièrement faisable, sans donner les clés de sa sécurité à quelqu’un d’autre ( État ou multinationale du numérique ou de l’armement bientôt fusionnées):
    https://theatrum-belli.com/drones-langle-mort-de-la-survivabilite/

  5. Le problème des nuées de drones dit :

    Les ukrainiens sont loin devant pour cette expertise anti-drone ( les entreprises françaises ont ont fait l’objet d’approche pour EUROSATORY 2026):
    https://www.latribune.fr/article/economie/international/1181517612013514/ukraine-comment-le-drone-est-devenu-latout-maitre-de-la-diplomatie-de-zelensky

    Car le drone est « lent » et peut être intercepté.
    https://www.capital.fr/economie-politique/plus-de-33-000-drones-shahed-detruits-en-ukraine-comment-le-pays-est-devenu-un-specialiste-anti-drones-1525450

    Cependant, en l’état actuelde l’art, c’est toujours l’attaquant qui marquent les esprits surtout à l’heure des chaînes d’informations continues…
    https://www.rfi.fr/fr/europe/20260504-guerre-en-ukraine-les-attaques-massives-de-drones-russes-se-multiplient-jour-et-nuit

  6. Drone et moustique, il faut les abattre our avoir la paix dit :

    Sesame acoustics est dans la partie où pas ?
    http://mars-attaque.blogspot.com/2025/05/sesame-acoustics-acoustique-scorpion-bitd-innovation.html

    L’anti-drone était le parent pauvre d’un domaine où nous sommes en retard, mais au moins nous le savons et essayons d’y remedier:
    https://opexnews.fr/guerre-des-drones-france-retard-course-mondiale/

  7. Roland DESPARTE dit :

    Des outils et applications existent déjà pour transformer son téléphone portable en outil de détection de drones, et voir en temps réel tout ce qui vole à proximité, et même avoir une visibilité aérienne. L’un d’entre-deux détecte les drones jusqu’à 5 km avec son antenne par défaut et jusqu’à 10 km avec une antenne directionnelle. Dans et autour des centres de détention, certains agents de la pénitentiaire se servent de ces applications pour prévenir et lutter contre les livraisons par drones…

    • dolgan dit :

      Version civile et tres inférieure au système « basique » de guerre elec qui équipe nativement chaque véhicule scorpion.

      Cela ne remplace pas de vrais systèmes de guerre élec couvrant presque toutes les fréquences

      • Roland DESPARTE dit :

        @dolgan,
        C’est vrai, mais juste pour dire que localiser des drones n’est pas une innovation.

  8. Bastan dit :

    La majorité des drones ont les performances et caractéristiques des avions de 1918. Le différentiel de vitesse est un avantage, …..ou inconvénient. Un PC21, voire un Epsilon ou un Alphabet sont souvent plus adaptés qu’un Rafale et ses armements couteux. Sans oublier le potentiel avion et maintenances.

  9. rational dit :

    Je propose de mettre en place un programme de CDIsation des « choufs » de quartiers. On les places aux sommets des immeubles toute la journée et même en soirée, ils crient « raaaa » lorsqu’ils aperçoivent un drone.
    Cela réduit le narcotrafic tout en apportant une nouvelle solution de radar biologique !
    Une pierre deux coups….

  10. jo666 dit :

    système rapid fire sur le jaguar ……

  11. Jeanot dit :

    jusqu’au 10 juillet pour répondre ?
    c’est pas un peu court comme délai non?

    • dolgan dit :

      Nos industriels ont plusieurs solutions sur étagère pour ce type de demandes. C est pas un truc nouveau.

  12. Mouarf dit :

    Oui j’ai du mal à comprendre pourquoi c’est si difficile avec des moyens acoustiques : plusieurs micros, une triangulation peut se faire à la vitesse de l’électronique, ou est le problème ? …

    • dolgan dit :

      qui vous a dit que c est si difficile et qu il y avait un problème?

      • Mouarff dit :

        bin si ce n’est pas encore fait, c’est qu’on n’y ai pas arrivé, hé !

        • dolgan dit :

          Qui vous a dit que ce n était pas encore fait et qu on y était pas arrivé?

          Ce type de systèmes sont en service dans nos forces depuis plusieurs années.

    • albert dit :

      Le vent joue beaucoup. Il m’ai déja arrivée de ne pas entendre un avion à hélice parce que le vent allait dans l’autre sens.
      après, la difficulté des drones c’est qu’ils sont souvent en fibre de carbone ou plastique, ce qui les rend très difficile à détecter meme avec un moteur en métal. De plus, ils volent souvent la nuit pour éviter les tirs canons.
      Il va donc falloir développer des systemes qui synchronisent plusieurs capteurs, infrarouge, optique, radar, sonore. Probablement des postes multiples réparti sur une zones pour trianguler les données. après il faudra définir des moyens de destructions qui ne soient pas hors de couts (drones kamikaze, canon type Gathling Phalanx, brouillage, etc).
      On le voit avec les guerre en Ukraine et Iran, l’avenir de la guerre c’est les drones. C’estc facile à faire, peu couteux et très difficile à contrer. La saturation des sytemes défensifs sera un grand défi pour les forces armées de demain

      • jean luc dit :

        90% des drones russes sont abattus par les Ukrainiens, et il en faut beaucoup pour avoir un résultat, cela reste très cher à la fin .

      • dolgan dit :

        Les systemes de détection sonore sont (au présent) capable de détecter des nano drones dans des environnements très bruyants. Ils ont initialement été développés pour les environnement urbains.

  13. Radôme dit :

    Décidément, on entend tout et son contraire et réciproquement à ce sujet…
    https://www.forcesoperations.com/amp/le-nouveau-go20-mm-de-thales-un-seul-radar-pour-plusieurs-missions/

  14. jean luc dit :

    On appelle cela des hydrophones, appareil qui permet d’identifier un objet selon la direction du bruit, il faut 3 hydrophones pour localiser l’objet, le tout relié à un poste central qui détermine la position en fonction des relevés des hydrophones. L’idéal est d’avoir un appareil qui relève la direction du bruit et travaille en réseaux avec d’autres appareils pour localiser l’objet 2 appareils en 1, mais cela restera à courtes portées , je suis un ancien de la DCA brest

    • Pierrot dit :

      Un hydrophone c’est dans l’eau. Là, on appelle cela… un microphone.

    • ji_louis dit :

      Pour la lutte anti-sous-marine, 2 hydrophones suffisent en écoute passive parce qu’ils sont directifs, et 1 transducteur suffit en actif (principe du radar). Les bouées acoustiques modernes disposent des deux à la fois.

      La directivité s’obtient en convoluant (opération mathématique) le signal sonore avec le champs magnétique terrestre local. Cela existe depuis au moins 15 ans.