La Suède se dote de son premier satellite militaire d’observation

Le 12 janvier, l’Administration suédoise du matériel de défense [Försvarets materielverk – FMV] fit savoir qu’elle venait de signer des accords avec le finlandais ICEYE et l’américain Planet Labs afin de se procurer une dizaine de satellites dotés d’un radar à synthèse d’ouverture [SAR] et de capteurs électro-optiques. Et de préciser que le premier système lui serait livré en 2026.

«De l’idée à la signature du contrat, il a fallu six mois, ce qui représente une avancée majeure pour les capacités spatiales des forces armées suédoises», fit valoir la FMV, avant de souligner que le «domaine spatial était un domaine relativement nouveau» pour ces dernières. «Cet achat s’inscrit dans le cadre de leur réarmement historique et de la stratégie de défense et de sécurité spatiale de la Suède à partir de 2024», avait-elle ajouté.

Il n’aura fallu que quatre mois pour que le premier satellite de renseignement des forces armées suédoises soit mis en orbite.

En effet, le 3 mai, dans le cadre de la mission CAS500-2, un lanceur Falcon 9 de l’entreprise SpaceX a décollé de la base spatiale de Vandenberg [Californie] pour placer sur une orbite terrestre basse [LEO] trois satellites d’observation optique «Pelican» conçus par Planet Labs, dont un pour le compte de la Suède.

«À 9 h 00, heure suédoise, notre premier satellite de reconnaissance et de surveillance militaire a été lancé dans l’espace. Grâce à ce satellite, nous sommes désormais opérationnels dans le domaine spatial et disposons de nos propres capacités nationales de détection et d’analyse des menaces à l’échelle mondiale», a annoncé l’état-major suédois, via un communiqué diffusé le 3 mai.

Selon Planet Labs, offrant une résolution de 50 cm, le satellite Pelican acquis par les forces suédoises est doté d’une plateforme d’intelligence artificielle «Jetson», fournie par Nvidia, afin de traiter les données obtenues en orbite [edge computing].

«Planet Labs a fourni une capacité orbitale souveraine à la Suède à peine quatre mois après la signature du contrat. Cette mission fait de la Suède une puissance spatiale opérationnelle, assurant la surveillance globale à haute résolution nécessaire à la détection des menaces dans des régions stratégiques comme l’Arctique», a commenté l’entreprise américaine.

De son côté, le chef des opérations spatiales des forces armées suédoises, l’amiral Anders Sundeman, s’est réjoui de l’accélération de ce programme. Initialement, la mise en orbite d’un premier satellite dédié au renseignement était prévue en 2030.

«Notre expansion dans le domaine spatial a été d’une rapidité record. Nous disposons désormais d’une capacité nationale et de nos propres systèmes opérationnels dans l’espace. Cela nous offre une vision plus précise de notre zone d’opérations, y compris des zones difficiles à surveiller comme l’Arctique, et des zones que nous ne pouvions pas surveiller auparavant», a-t-il expliqué.

Cela étant, cette nouvelle capacité de renseignement spatial devrait également profiter à l’Otan, voire contribuer au concept de «dissuasion avancée» porté par le président Macron. Mais l’état-major suédois n’a pas évoqué ce point.

«Grâce à leur propre satellite de reconnaissance et de surveillance, les forces armées suédoises renforcent les capacités opérationnelles de l’Otan en contribuant à la connaissance globale de la situation et au recueil de renseignements de l’Alliance», a-t-il seulement affirmé.

Pour rappel, les forces armées suédoises ont accès aux images obtenues par les trois satellites militaires CSO [Composante spatiale optique], issus du programme MUSIS [multinational space-based imaging system], en échange de la mise à la disposition de la France d’une station polaire censée améliorer leur réactivité.

Photo : État-major des forces armées suédoises

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52 contributions

  1. Yvon dit :

    Chacun en Europe veut disposer de sa capacité propre en matière d’observation par satellite.
    Pourquoi pas !
    Mais c’est aussi l’affirmation que la notion même de défense européenne est une plaisanterie.

    • G dit :

      La notion de défense européenne ne signifie pas que tous les programmes doivent obligatoirement être mutualisés ou menés en coopération ; que tous les pays fassent un peu (et s’épaulent ou partagent si jamais le besoin s’enfait sentir) semble positif :

      Vu le retard européen et le manque de résilience dans ce domaine, chaque satellite supplémentaire là-haut est bon à prendre, *surtout* si c’est un système différent et redondant avec le nôtre.
      En cas de besoin, Français et Suédois pourront s’entraider et partager le renseignement.

    • sepecat dit :

      Pas forcément… Avoir plusieurs satellites nationaux n’est pas anti défense européenne s’ils intègrent des interfaces et protocoles permettant d’échanger entre eux. Vu le domaine, nous n’avons pas accès sur ce forum à la totalité du contexte par définition plutôt confidentiel. Autre avantage d’un engin national c’est de permettre de valider (ou non) ce que nous racontent nos « alliés » US. Sauf erreur de ma part, la France s’était aperçu durant le grand show US pour nous « inciter » à intervenir dans le Golfe que nos clichés et ceux qui nous étaient fournis ne racontaient pas la même histoire.

      • Carin dit :

        @sepecat……
        Exact, il s’agissait d’une colonne de chars irakiens. Nos amis américains avaient changé le nord, pour faire croire que ces chars se dirigeaient vers, alors qu’ils rentraient chez eux.

    • Nogoa dit :

      Certes, la stratégie nationale spatiale de 2025 qualifie la gouvernance européenne des affaires spatiales de « sous-optimale », mais elle n’est pas nulle !

      Les programmes Galileo (positionnement) et Copernicus (observation) sont en exploitation. Le programme Iris (connectivité) arrive. L’ESA est le maitre d’ouvrage des lanceurs, même si son modèle économique a besoin d’évoluer vers plus de concurrence commerciale. EOGS est un programme d’observation militaire actuellement au stade des études de faisabilité pour lequel Telespazio et OHB Systems sont en compétition.

      Par ailleurs, comme mentionné dans l’article, des accords bilatéraux permettent aux États de mutualiser leurs capacités d’observation.

      La vraie faille, absolument béante, est l’alerte avancée, pour laquelle la dépendance des Européens aux États-Unis d’Amérique est totale.

    • rainbowknight dit :

      Vous ne seriez pas Français, feriez-vous confiance à la France ? For sure…..it’s a joke.

    • dolgan dit :

      La logique c est compliqué pour vous.

    • Jack dit :

      C’est l’affirmation de… rien du tout. Si on suit votre logique. Toutes les nations européennes devraient supprimer leurs armées au profit d’une armée européenne (qui n’existe pas, pour votre info 😉 ).

    • jean luc dit :

      Il s’agit d’indépendance nationale chère à la France. L’Allemagne va lancer 30 satellites avec le finlandais ICEYE, 70 avec OHB Rheinmetal, Airbus, soit une constellation de 100 satellites, chacun veut maîtriser l’espace. maintenant la France pourra partager les images avec la Suède . IRIS2 en prend un coup

      • Math dit :

        Le lien entre Iris2 dédié à la communication spatiale et un satellite d’observation ne me vient pas directement à l’esprit. Overdose de Schnaps? PS: j’aime le Schnaps! Buvons un coup qu’on rigole!

      • L'Or du Rhin dit :

        Rheinmetall (avec deux L).

      • Pascal, (l'autre) dit :

        « Il s’agit d’indépendance nationale chère à la France. » Question de ……..souveraineté tout simplement mais cela vous a sans doute échappé! Je n’aimerais pas d’être obligé de faire la danse du ventre devant l’Allemagne pour quémander un renseignement! D’aileurs avez vous seulement entendu parler des « fives eyes »?
        Quand vous possédez des infos vous pouvez en faire bénéficier vos alliés en totalité, partiellement ou……….pas (selon vos propres intérêts!)

    • ADC dit :

      Si par malheur, les valets de poutine ou de chavez arrivaient au pouvoir en France, les suédois seraient bien content d’avoir leurs satellites.
      C’est aussi l’affirmation que la notion même de coopération européenne n’est pas une plaisanterie.

      • G. Orwell dit :

        Vous parlez du RN et de leur banquier russe? Parce que le Venezuela ne fait d’emmerdes à personne contrairement à nombre de pays occidentaux. Répéter la pensée unique de la droite libéral ne fait pas de vous un penseur de la liberté mais un chien de garde de la tyrannie.

        • ji_louis dit :

          Vous oubliez que le Vénézuéla menace le Guyana voisin d’envahir la région de l’Esequibo, soit les 2/3 de son territoire. Quel est votre problème, Mémoire sélective ou honte ?

        • Mèbiençurh dit :

          Dites ça aux millions de Vénézuéliens qui ont dû émigrer pour échapper à la tyrannie politique et économique du régime chaviste.

        • Relents dit :

          Il parle des deux extrêmes, droite comme gauche, l’une ne valant pas mieux que l’autre.

        • Pascal, (l'autre) dit :

          L’enfer c’est les autres, c’est bien connu!
          « un chien de garde de la tyrannie. » Qui vaut bien autant que la « démocratie », la liberté à la Chavez ou à la Maduro comme celle à la sauce Poutine ou XI!

      • Pluriel dit :

        Les Suédois seraient bien contents.

    • Pascal, (l'autre) dit :

      « la notion même de défense européenne est une plaisanterie. » Pour qu’une défense européennne puisse exister il faudrait déjà qu’une diplomatie européenne existe àà savoir que les membres de l’U.E. parlent d’une seule et même voix, c’est pas………..gagné!

      • Yvon dit :

        @Pascal
        Pour qu’une diplomatie et une défense européenne existe, il faudrait qu’un état européen, confédéral ou fédéral, existe. A échéance prévisible, ce n’est guère envisageable.

        • La capitale de l'État, l'état de la capitale. dit :

          Les expressions « état européen » et « État européen » ont un sens différent.

          https://dictionnaire.lerobert.com/guide/etat-majuscule-ou-minuscule

          En l’occurrence, c’est « il faudrait qu’un État européen, confédéral ou fédéral, existe ».

        • Pour qu’une diplomatie et une défense européenne existent.

        • Pascal, (l'autre) dit :

          « qu’un état européen, confédéral ou fédéral, existe. » Trop de particularisme, d’égoïsme, de tropisme vis à vis de puissances étangères! Aujourd’hui l’U.E. c’est une association de boutiquiers qui défendent farouchement leur étal en lorgnant sur celui du voisin!

  2. Fralipolipi dit :

    « en échange de la mise à la disposition de la France d’une station polaire censée améliorer leur réactivité. »
    … c’est l’autre volet (plus terrestre) du militaire spatial : les stations sols !!! et notamment la fiabilité, la pérennité et la sécurité de leur accès.
    .
    Exemple parmi tant d’autres : en cas de conflit avec les US, faudrait pas trop que la Chine compte trop longtemps sur la Station-Sol de son réseau « GNSS BeiDou » basée au … Groënland …
    .
    Sur ce sujet, avec ses nombreux territoires, notamment en hémisphère Sud (ce qui fait défaut à nombre de pays de l’hémisphère nord), la France a de sacrés atouts, même si elle n’est justement pas totalement « auto-suffisante », par exemple en zone polaire Nord (d’où l’intérêt de la station Kiruna au Nord de la Suède) … Mais, cela étant, absolument aucun pays ne l’est, pas même les US.

  3. JEAN-MARC BOURGNEUF dit :

    Pour l’Europe, un satellite américain, ce n’est pas un peu discutable puisque les suédois pouvaient attendre jusqu’en 2030?

  4. Mouarff dit :

    « Son » satellite ? Souveraineté au sein de l’UE et de l’OTAN ? On se moque encore de nous. Ce satellite a certes été payé par la Suède, et il servira bien entendu les intérêts de l’OTAN donc des USA.

    C’est comme ça, les rapports de vassal à suzerain, les mêmes que protégé d’un mafieux, il faut payer.

    Pas convaincu ? Relisez l’article, je cite : « Mais l’état-major suédois n’a pas évoqué ce point. «Grâce à son propre satellite de reconnaissance et de surveillance, les forces armées suédoises renforcent les capacités opérationnelles de l’Otan en contribuant à la connaissance globale de la situation et au recueil de renseignements de l’Alliance», a-t-il seulement affirmé. »

    • Math dit :

      lol… des problèmes avec le concept de flotte…

    • Baratinovitch dit :

      Da, tovaritch Mouarfov, excellente analyse, parfaitement recopiée de celle faite par Vladimir Vladimirovitch.

      • Mouarff dit :

        Vous faites le clown parce que vous n’avez rien à répondre.

        • Baratinovitch dit :

          Parfait, tovaritch Mouarfov, quand on t’interpelle, tu appliques à la lettre la procédure de réponse préconisée par le manuel.

        • Pascal, (l'autre) dit :

          O.T.A.N., O.T.A.N., O.T.A.N. « vasslité et suzerain………….c’est quand même le même style de musique joué par les « bardes » moscovites, non?

    • Les équipements sensibles américains sont souvent soumis à des restrictions (ITAR). Est-ce le cas ici ?
      Elles limitent ce que l’acheteur peut faire avec le matériel. Certaines fonctions peuvent être désactivées ou limitées dès la conception.
      Certains systèmes critiques utilisent des logiciels propriétaires. Les mises à jour, clés de chiffrement ou accès peuvent rester sous contrôle du fournisseur.

  5. Le Cyprès dit :

    On peut se demander pourquoi la Suède n’a pas fait appel à des sociétés exclusivement européennes pour faire fabriquer leurs satellites et également utiliser un lanceur européen (Ariane ou Vega)

    • Mouarf dit :

      On peut aussi trouver des réponses en cessant d’être naïf deux minutes : c’est QUI, le boss de l’alliance ? Les US, n’est-ce pas ? Alors ?

      • Mouais dit :

        Alors ceux qui dénoncent le plus fort la naïveté chez les autres sont souvent les plus endoctrinés.

    • Véhicule utilitaire dit :

      La Suède n’a pas fait appel […] ni non plus utilisé un lanceur.

    • C'est l'heure dit :

      « pourquoi la Suède n’a pas fait appel à des sociétés exclusivement européennes pour faire fabriquer ‘leurs’ satellites »

      Pourquoi la Suède n’a pas fait appel à des sociétés exclusivement européennes pour faire fabriquer ses satellites.

      Pourquoi les Suédois n’ont pas fait appel à des sociétés exclusivement européennes pour faire fabriquer leurs satellites.

  6. Rogger dit :

    Bonjour. bon ils semblerait que la préférence européenne n’est pas toujours a l’ordre du jour …
    Regrettable, car nous avons de vrais savoir faire sur le sujets… nous fabriquons des fusée et des satellites de tres bonne qualité…
    important de le dire…

    • GHOST dit :

      La philosophie des pays Nordiques est si simple, ils recherchent ce qui est bon et pratique. Ils ne se perdent pas dans des considerations nationalistes. Pour la Suède, l´UE est avant un marché, une zone économique et pas une alliance militaire.

      • La guerre est un racket dit :

        C’est bien ce qu’est l’UE: un grand marché.

        L’alliance militaire est l’OTANpour f2ire face àl’URSS disparue en 1991, qui est dirigée par les États-Unis d’Amérique.

    • HOLST Gustav dit :

      C’est en effet regrettable.

    • Satellite dit :

      Il est bien certain qu’en France, il y a abondance de Capacités Orbitales Nettement Stables.

      https://www.youtube.com/watch?v=q_JzNL7-618

      • Arf ! dit :

        Les C.O.N.S. ?
        Oui, même que quelqu’un ici avait suggéré de les exporter pour améliorer les chiffres du commerce extérieur.

    • Singulier dit :

      Il semblerait.
      Le sujet.